<?xml version='1.0' encoding='UTF-8'?><?xml-stylesheet href="http://www.blogger.com/styles/atom.css" type="text/css"?><feed xmlns='http://www.w3.org/2005/Atom' xmlns:openSearch='http://a9.com/-/spec/opensearchrss/1.0/' xmlns:georss='http://www.georss.org/georss' xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'><id>tag:blogger.com,1999:blog-4548877961369105280</id><updated>2012-02-22T23:32:10.661-08:00</updated><category term='Publié en Presse Ecrite'/><category term='Carte Blanche'/><category term='Belgique'/><category term='Big-Brother'/><category term='Archive'/><category term='Contr&apos;info'/><title type='text'>Target E-zine</title><subtitle type='html'></subtitle><link rel='http://schemas.google.com/g/2005#feed' type='application/atom+xml' href='http://targetezine.blogspot.com/feeds/posts/default'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4548877961369105280/posts/default?max-results=100'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://targetezine.blogspot.com/'/><link rel='hub' href='http://pubsubhubbub.appspot.com/'/><author><name>X8X</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='22' height='32' src='http://4.bp.blogspot.com/-dWeIxybNlyQ/TZ5u76ew15I/AAAAAAAAATg/LnYJkidY-J8/s220/BigBrother1984_sml.gif'/></author><generator version='7.00' uri='http://www.blogger.com'>Blogger</generator><openSearch:totalResults>48</openSearch:totalResults><openSearch:startIndex>1</openSearch:startIndex><openSearch:itemsPerPage>100</openSearch:itemsPerPage><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4548877961369105280.post-4085864517934266759</id><published>2012-02-21T10:22:00.000-08:00</published><updated>2012-02-21T10:38:49.650-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Contr&apos;info'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Publié en Presse Ecrite'/><title type='text'>[Grèce : "Nous sommes les Cobayes. Les suivants, c'est vous!"]</title><content type='html'>&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;par &lt;b&gt;Hugo Franssen&lt;/b&gt;, publié par &lt;a href="http://www.ptb.be/weekblad/artikel/grece-nous-sommes-les-cobayes-les-suivants-cest-vous.html"&gt;Solidaire&lt;/a&gt; le 15 février 2012.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;La troïka aggrave la situation&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Ce que la troïka impose à la Grèce, c’est la logique qu’elle veut imposer à toute l’Europe. Nous sommes tous des Grecs.&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La troïka a imposé à la Grèce un nouveau diktat d’économie. Le gouvernement grec, sous la direction du Premier ministre et technocrate Lucas Papademos, a encore négocié quelques points et virgules avec la troïka, et a présenté le texte au Parlement. Dans la nuit du dimanche 12 au lundi 13 février, le plan d’austérité y a été accepté. Notez en passant que Papademos est le technocrate qui, en novembre 2011, a été parachuté en Grèce après avoir été... vice-président de la Banque centrale européenne. Le Parlement a approuvé un énième plan d’économies. Le peuple grec, lui, voit manifestement les choses tout autrement. &lt;br /&gt;&lt;span class="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Deux obsessions&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les nouvelles mesures équivalent à retirer trois mois de salaire annuel (22 %) à chaque travailleur, et jusqu’à quatre mois (32 %) pour les jeunes travailleurs ou ceux qui viennent d’être embauchés. Les trois précédentes fournées d’économies combinées ont réduit les salaires de moitié depuis 2009. Ceux-ci ne sont donc plus que de 489 euros par mois, et même de 440 euros pour les moins de 25 ans. Une petite partie des chômeurs recevra 330 euros par mois, les autres, rien du tout. Avec cela, de nouveaux impôts vont éroder le peu de pouvoir d’achat qui reste. Et, dans les services publics, entre aujourd’hui et 2015, quelque 150 000 personnes seront licenciées. &lt;br /&gt;Deux obsessions constituent le fil rouge des 60 pages du diktat : celles des économies et celle de la concurrence. Avec la baisse des salaires comme pierre angulaire. Ce qui ne fera qu’aggraver les choses. La Commission européenne et les experts de la BCE et du FMI vivent dans le déni. Avec leurs mesures, l’économie grecque ne peut qu’aller de mal en pis, mais ils refusent de voir cette vérité qui saute aux yeux. &lt;br /&gt;Les trains d’austérité ont non seulement déclenché de violentes réactions sociales, mais elles ont également étranglé l’économie grecque. En 2009, celle-ci a régressé de 2 %, en 2010, de 3,5 % et en 2011, de 6 %. L’éditorialiste du journal boursier De Tijd a écrit : « Cette spirale descendante – comparable à la Grande Dépression des années 30 du siècle dernier – ne sera pas rompue. (…) Il n’y a pas la moindre perspective d’amélioration. » Au début de la crise, la Grèce avait une dette de moins de 120 % de son PNB. Aujourd’hui, elle a grimpé à 198 %. De plus en plus, une annulation des dettes grecques par les banques européennes devient inévitable ; de la part des grandes banques allemandes, françaises, belges et ainsi de suite. Officiellement, il s’agit du sauvetage de la Grèce mais, en fait, il s’agit de celui des banques. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;« Nous sommes les cobayes »&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce cadre, la troïka veut l’imposer partout au sein de l’Union européenne. Au journal de la VRT, un manifestant grec expliquait que la secousse en Grèce nous concernait tous : « Dites à la population belge que nous sommes les cobayes. Les suivants, c’est vous. » &lt;br /&gt;Lors du tumultueux débat parlementaire à propos du diktat, la secrétaire générale du KKE (parti communiste de Grèce), Aleka Papariga, décrivait comme un enfer cette jungle de tous contre tous imposée par la troïka : « Même si la Grèce renforce sa compétitivité, d’autres pays développeront la leur encore plus. Dans le meilleur des cas, nous gagnerons deux ou trois places. Mais cette compétitivité aussi, les travailleurs vont devoir la payer horriblement cher. Notre pays va devoir vivre avec des dettes gigantesques, durant 150 ans, comme ce fut le cas pour les prêts lors de l’“indépendance”. »&lt;br /&gt;Nous ne pouvons tolérer que, comme le titre le quotidien allemand Handelsblatt, « les Grecs doivent céder leur dernière chemise ». Partout en Europe, nous vivons le démantèlement des salaires, des indemnités sociales et des pensions pour sauvegarder le profit des gros holdings financiers et des super-riches. Les circonstances diffèrent d’un pays à l’autre, mais le cadre reste le même. Le Parti communiste portugais écrit à ce propos : « Quoi que le Premier ministre portugais veuille nous faire croire, la situation en Grèce est la même que celle qui touche le Portugal. À la différence près qu’en Grèce, ils ont un an d’avance. » Oui, nous sommes tous des Grecs. Ne nous laissons pas monter les uns contre les autres. La solidarité est la principale arme dont nous disposons. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;« Ne pas rester immobile en attendant d’être écorchés vifs »&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Des marées de gens dans les rues, la résistance dans les usines et dans les quartiers. Voilà la vague de protestation qui fait rage dans toute la Grèce. Loin des cocktails Molotov et des incendies d’une poignée de vandales*.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’important combat en Grèce connaît ces jours-ci un nouveau point culminant. Les Grecs ont arrêté le travail en masse et, ce week-end, ont parcouru les rues pluvieuses des villes grecques : à Athènes, Thessalonique et Patras, mais aussi dans les campagnes, à Corfou, en Crète, à Rhodes. Les travailleurs, les jeunes, mais aussi des gens comme le compositeur Mikis Theodorakis, 86 ans, qui marchait aux tout premiers rangs. Avec parfois des marées de gens, comme dimanche après-midi, place Omonia à Athènes, où près de cent mille personnes  manifestaient sous les drapeaux du PAME, le Front militant des travailleurs.&lt;br /&gt;L’orateur du PAME, Katsiokis, y a déclaré : « Le peuple ne doit pas avoir peur, et il ne doit pas rester immobile en attendant d’être écorché vif. Le peuple doit prendre la décision de ne plus accepter d’autres sacrifices pour remplir les caisses des capitalistes. » Des heures durant, les manifestants sont restés dans les rues, les bras entrelacés. Et il en a été ainsi dans bien des villes et bien des îles. &lt;br /&gt;Aleka Papariga, secrétaire générale du Parti communiste de Grèce, le KKE : « Notre point de vue est celui-ci : seule la lutte peut empêcher le plus grave. Nous devons briser les chaînes qui nous lient à l’Union européenne. Nous devons remplacer le système politique actuel par un pouvoir populaire et annuler unilatéralement les dettes. » Le journal du KKE titre d’ailleurs de façon combative : « La colère du peuple mettra en pièces cette coalition gouvernementale. »&lt;br /&gt;« En Grèce, deux mondes s’entrechoquent », écrit Peter Mertens dans son livre Hoe durven ze ? (Comment osent-ils ?, qui paraîtra en français en mars 2012 aux éditions Aden). C’est le choc des petites gens, le peuple, contre le monde des grosses fortunes : une poignée d’armateurs, de millionnaires et de banques étrangères. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Masqués&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pourtant, ce n’est pas exactement l’image qu’on nous donne à voir ici. Nous avons surtout vu le vandalisme de quelques anarchistes* et de provocateurs qui incendiaient des bâtiments et balançaient des cocktails Molotov : le chaos. Helena Smith, correspondante en Grèce du journal britannique The Guardian depuis vingt ans, est atterrée : « On accorde ici autant d’attention au vandalisme qu’aux mesures d’économies que les Grecs vont devoir subir pendant une décennie au moins. Cela doit être dit : un certain nombre de jeunes masqués, non identifiables, ont kidnappé une manifestation pacifique contre l’austérité. Ce sont eux qui se trouvaient derrière la violence, et non les travailleurs Grecs, qui sont gravement touchés par les réductions des salaires et des pensions, et qui sont descendus dans la rue pour faire entendre leur voix. Ceux-ci sont tout autant en état de choc que les petits commerçants qui ont assisté à la destruction de leur boutique. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;L’appel à un régime plus fort&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Une junte pour l’État d’urgence », « Capituler », « Les économies ou la guerre civile » : Merkel et Sarkozy, les marchés financiers et le gouvernement grec recourent à un langage guerrier en guise de réponse à la résistance du peuple. Démocratie ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La désobéissance civile se répand comme une traînée de poudre à travers le pays. « Désobéissance ! » crient les militants contre la taxe routière en ouvrant les barrières des péages pour laisser passer les voitures. « Nous ne paierons pas ! » scandent les comités populaires à propos de la nouvelle taxe du logement. Manifestations de masse et grèves générales font le reste.&lt;br /&gt;Toutes sortes de mesures du gouvernement grec se heurtent à une résistance sur le terrain telle qu’elles ne peuvent être appliquées. La résistance dans les usines, dans les administrations publiques et dans les communes à jusqu’à présent empêché de nombreux licenciements, .&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Merkozy et les marchés financiers&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour faire passer le diktat, on recourt donc directement au langage de la guerre. « Proposition de capitulation », titrait le Financial Times Deutschland. Tout aussi agressifs étaient les propos tenus lors du sommet franco-allemand du 6 février à Paris. Les réformes exigées « doivent être appliquées sans condition », a déclaré Angela Merkel. Et Sarkozy d’ajouter à l’adresse des Grecs, dans son style de parrain mafieux : « Vous n’avez pas d’autre choix ! »&lt;br /&gt;Le duo a exigé qu’un compte à part soit établi pour toutes les rentrées de l’État grec. À partir de ce compte, toutes les obligations vis-à-vis de l’étranger devront être honorées. La Grèce elle-même n’aura aucun droit de regard dessus. Après le « commissaire aux économies » intronisé il y a quelques jours, voici le « compte des économies » ! La souveraineté nationale semble bien loin.&lt;br /&gt;Que Merkel et Sarkozy « perdent patience avec Athènes », comme on peut le lire dans les journaux boursiers, est dû aux travailleurs grecs qui refusent de se mettre à genoux. C’est pourquoi le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble (CDU, chrétiens démocrates), a annoncé, après le vote au Parlement grec : « Ces promesses des Grecs ne nous suffisent pas. Ils doivent les transformer en actes. »&lt;br /&gt;Aussi l’appel à un régime plus fort se fait-il entendre au sein de l’establishment européen. Il est question d’un « remaniement extrême du gouvernement grec, sur les traces de Mario Monti qui, dans le gouvernement italien, a installé des technocrates dans toutes les positions clés ». Le journal d’affaires allemand Handelsblatt suggère même comme « solution pragmatique » une « junte d’état d’urgence ». La politique d’économies de l’Union européenne est une politique de la main de fer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Papademos et Papandréou&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au sein des deux partis qui soutiennent encore le Premier ministre Lucas Papademos, le Pasok (social-démocrate) et le parti conservateur de droite Neia Dimokratia, respectivement 22 et 21 députés ont voté contre le diktat. Parmi eux, divers ministres ou secrétaires d’État actuels. Ils ont été renvoyés séance tenante de leur parti.&lt;br /&gt;Au Parlement grec, le Premier ministre Papademos et le ministre des Finances Evangelos Venizelos (Pasok) parlaient de « banqueroute », de « chaos » et de « guerre civile », si le peuple ne se soumettait pas aux mesures. Aleka Papariga (secrétaire générale du KKE, Parti communiste de Grèce) leur a répondu vertement : « Avec vos intimidations, vous essayez littéralement de soumettre les esprits des gens qui souffrent déjà : “Une grande banqueroute arrive”. À qui parlez-vous, en fait ? Au peuple, qui est déjà plongé dans la banqueroute ? Nous ne sommes pas intéressés par le sauvetage de la Grèce via la banqueroute du peuple. (…) Depuis ce matin déjà, vous parlez sans arrêt de destruction et même de guerre civile. (…) Vous en êtes responsables, quand vous imposez de tels mesures au peuple. Vous êtes aux prises avec les ultimes délais de la Banque centrale européenne, de la Commission européenne et du FMI. Moi, je vous dis : même dans les guerres civiles, on ne pose pas de tels ultimatums. Vous nous provoquez ! »&lt;br /&gt;Entre-temps, le dirigeant du Pasok, Georges Papandréou, veut ajourner les élections prévues pour avril. Son parti est au bord de la déchirure et, selon les prévisions, ne serait plus que le cinquième parti du pays. La gauche, avec en tête le KKE, progresserait fortement, selon des sondages, et obtiendrait plus de 40 %.  On attend l’évolution des choses, mais l’Europe a déjà exigé que le gouvernement grec confirme par écrit que les économies seront bel et bien appliquées, quel que soit le résultat des élections en avril prochain. Démocratie ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Le "calcul créatif" des banquiers &lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les grandes banques, rassemblées au sein de l’IFF, négocient avec la Grèce pour avoir un haircut (« coupe de cheveux », c’est-à-dire une annulation partielle des dettes de la Grèce) sans trop de dommages collatéraux. La décision du sommet européen à propos de ce haircut « volontaire » de 50 % date de décembre 2010. Cependant, les banques ont transformé en marathon interminable les négociations sur son exécution et, entre-temps, ont sorti le plus grand nombre possible de traites à payer.&lt;br /&gt;Des banquiers se lamentent sur leurs pertes élevées en cas de réévaluation de la dette, mais leurs chiffres sont surtout le fruit d’un art particulièrement créatif du calcul. Ils prétendent qu’en cas de haircut de 50 %, ils devraient accuser une perte de 100 milliards d’euros. Mais il resterait alors encore 100 milliards de traites que l’État grec échangerait contre de nouvelles, à plus longue échéance. Sur lesquelles les banques encaisseraient 3,5 % d’intérêt, ce qui leur rapporterait 105 milliards. Ajoutez-y les anciens intérêts déjà payés et le compte final montre que, même avec une haircut, les grandes banques et institutions financières tireront de la Grèce beaucoup plus d’argent qu’elles ne lui en ont prêté.&lt;br /&gt;Le Wall Street Journal a annoncé que la BCE « participera » à ce haircut, de la façon qui suit : la BCE échangerait des obligations grecques – pour une valeur de 50 milliards, qu’elle a rachetées en 2011 aux banques privées – contre de nouvelles traites à un prix inférieur. Ou comment la BCE « socialise » les pertes des grandes banques. Ce n’est pas pour rien que le patron de la BCE, Mario Draghi, a été perçu comme un « grand héros » par un public de banquiers, la semaine dernière, à Davos.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="fullpost"&gt;*&lt;span style="color: #666666;"&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="fullpost"&gt;&lt;span style="color: #666666;"&gt;Divergences et non des moindres avec le camarade Franssen.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="color: #666666;"&gt;&lt;span class="fullpost"&gt;Pourtant le reste de l'analyse étant des plus intéressantes, voici l'occasion de démontrer qu'il est possible de dépasser les clichés et le sectarisme en la publiant.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;span class="fullpost"&gt;&lt;span style="color: #666666;"&gt;En attendant, voici un petit renvoi à une &lt;a href="http://targetezine.blogspot.com/2010/11/anarchie-et-communisme.html"&gt;saine lecture&lt;/a&gt;.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4548877961369105280-4085864517934266759?l=targetezine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://targetezine.blogspot.com/feeds/4085864517934266759/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4548877961369105280&amp;postID=4085864517934266759&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4548877961369105280/posts/default/4085864517934266759'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4548877961369105280/posts/default/4085864517934266759'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://targetezine.blogspot.com/2012/02/grece-nous-sommes-les-cobayes-les.html' title='[Grèce : &quot;Nous sommes les Cobayes. Les suivants, c&apos;est vous!&quot;]'/><author><name>X8X</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='22' height='32' src='http://4.bp.blogspot.com/-dWeIxybNlyQ/TZ5u76ew15I/AAAAAAAAATg/LnYJkidY-J8/s220/BigBrother1984_sml.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4548877961369105280.post-7158440863588185040</id><published>2011-12-16T04:54:00.000-08:00</published><updated>2011-12-21T16:19:02.396-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Archive'/><title type='text'>[L'ABC du libertaire]</title><content type='html'>&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;par &lt;b&gt;Jules Lermia&lt;/b&gt;, publié par "&lt;b&gt;Publications périodiques de la Communauté communiste d’Aiglemont&lt;/b&gt;" n°1 - Février 1906&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Au Lecteur,&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Les idées libertaires sont peu connues ou faussées à dessein par ceux contre lesquels nous luttons et dont l'égoïste intérêt maintient l'erreur et l'ignorance au prix des pires mensonges.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;La série de publications que nous commençons aujourd'hui avec l'aide de camarades qui trouvent tout naturel d'exprimer ce qui leur semble juste et vrai est un complément à l'oeuvre que nous avons commencée à Aiglemont.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Nous estimons que la diffusion des principes anarchistes, que le libre examen et la juste critique de ce qui est autour de nous ne peuvent que favoriser le développement intégral de ceux qui nous liront.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Montrer combien l'autorité est irrationnelle et immorale, la combattre sous toutes ses formes, lutter contre les préjugés, faire penser. Permettre aux hommes de s'affranchir d'eux-mêmes d'abord, des autres ensuite; faire que ceux qui s'ignorent naissent à nouveau, préparer pour tous ce qui est déjà possible pour les quelques-uns que nous sommes, une société harmonieuse d'hommes conscients, prélude d'un monde de liberté et d'amour.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Voilà notre oeuvre; elle sera l'oeuvre de tous si tous veulent, animés de l'esprit de vérité et de justice, marcher à la conquête d'un meilleur devenir.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;LA COLONIE D'AIGLEMONT.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Mon jeune Camarade&lt;/b&gt;, tu m'as demandé, non sans quelque intention ironique, de t'expliquer ce qu'est, ou plutôt ce que doit être un libertaire; te sachant de bonne volonté, quoique avec une tendance atavique à railler ce que tu n'as pas encore compris, je vais tenter de satisfaire ta curiosité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Seulement garde-toi de croire que je me pose, vis-à-vis de toi, en docteur et en prophète; et dès le premier moment, prépare-toi non à accepter mes affirmations comme des dogmes contre lesquels rien ne prévaut, mais au contraire à les discuter, à les passer au crible de ta propre raison et à ne les admettre comme vérités que lorsque tu te seras convaincu, par tes propres lumières, qu'elles ont droit à ce titre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il n'est d'éducation sérieuse et profonde que celle qu'on se donne à soi-même. Chacun doit être son propre maître et la mission de ceux qui croient savoir est non pas d'imposer leurs opinions, mais de proposer à autrui avec arguments raisonnés, les idées-germes qui doivent fructifier dans son propre cerveau.&lt;br /&gt;Tout d'abord, remarque ceci: toutes les fois qu'un homme parle de bonheur universel, de bien-être général, de joie mondiale et de paix terrestre, un cri s'élève contre lui, fait de colère et de mépris.&lt;br /&gt;&lt;span class="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;D'où vient cet importun, ce fou, qui croit à la possibilité du bonheur! À quel titre se permet-il de réprouver la lutte féroce des hommes les uns contre les autres? Le bien est une utopie, il n'est de réalité que le mal et le devoir de tout être raisonnable est d'aggraver le mal en livrant tous les biens terrestres à la concurrence, à la bataille, et en appelant à son aide la brutalité et la mort.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Non seulement celui qui veut l'humanité heureuse est taxé de folie, mais bien vite on le qualifie de criminel, d'être essentiellement dangereux, on le poursuit, on le traque et, si l'on peut, on le tue.&lt;br /&gt;Donc, mon jeune Camarade, commence par t'interroger, demande-toi si tu te sens prêt à subir toutes les avanies, toutes les persécutions, sans te décourager et sans reculer.&lt;br /&gt;Sache bien que pour vouloir le bonheur d'autrui, tu seras traité en ennemi, en paria, tu seras mis au ban de toutes les civilisations, tu seras chassé de frontière en frontière jusqu'au moment où des exaspérés t'abattront comme bête puante.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si au contraire tu suis les errements ordinaires, si, t'emparant de toutes les armes matérielles et immorales que la civilisation a forgées, tu te jettes résolument dans la vie dite normale, si tu essaies d'écraser les autres pour te faire un piédestal de leurs corps, si tu parviens à ruiner, à affamer le plus d'êtres humains possibles pour te constituer de leurs dépouilles une fortune opulente, si tu prends pour objectif glorieux la guerre des hommes contre les hommes, si tu rêves victoire, gloire et domination, si tu rejettes tout scrupule, tout enseignement de conscience, si tu pars de ce principe: «Chacun pour soi!» et que tu le développes jusqu'à parfaites conclusions...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alors tu deviendras riche--en face de la misère des autres--puissant par l'abaissement et l'humiliation de tes congénères, tu jouiras de leurs souffrances et vivras de leur mort, tu collectionneras les titres, les privilèges, tu te chamarreras de décorations et tes complices te feront de splendides funérailles...&lt;br /&gt;Seulement tu seras un égoïste, un méchant, un véritable criminel...&lt;br /&gt;Justement le contraire de ce qu'est et ce que doit-être un libertaire.&lt;br /&gt;* * *&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Car le libertaire est un juste, c'est-à-dire un homme qui est au-dessus et en dehors de la Société, qui ne se paie pas des mots mensongers d'honneur et de vertu, banalités qu'inventèrent les civilisés pour dissimuler leurs tares et leurs vices, qui renie tous les faux enseignements des philosophes menteurs et des théoriciens hypocrites, qui n'accepte aucun compromis, aucun marché, aucune concession, qui en un mot veut la justice, la seule justice, pour lui-même et pour tous, contre tous et contre lui-même.&lt;br /&gt;Défie-toi de toi-même, Camarade. Voici pourquoi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tu es venu sur cette terre avec les instincts de l'animalité dont tu procèdes; tu descends d'êtres brutaux, ignorants, violents et ton atavisme est fait de brutalité.&lt;br /&gt;Chez ceux qui se croient les meilleurs, le fond est mauvais, d'abord parce que l'homme est un animal en voie de perfectionnement, mais non point parfait, mais encore et surtout parce que, dès ta naissance, tu as respiré l'air empoisonné des civilisations, que tes yeux à peine ouverts ont vu le mal, que tes oreilles ont entendu l'injustice et que, malgré toi, et sans que, jusqu'ici, on puisse te déclarer tout à fait responsable, tu es pénétré des vices sociaux, jusqu'au fond de tes moelles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On ne naît pas, on se fait libertaire.&lt;br /&gt;Ne pas croire que soit facile ce travail de régénération personnelle. On ne s'élève pas à la notion de justice par une sorte d'inspiration miraculeuse, par une révélation d'en haut.&lt;br /&gt;C'est par un effort constant, par une critique perpétuelle de soi-même, par un examen toujours plus attentif des faits ambiants que peu à peu on parvient à se débarrasser de la gangue de préjugés et de mensonges formée par l'alluvion des siècles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un jour vient alors où soudain jaillit devant les yeux la lueur directrice.&lt;br /&gt;Remarque bien ceci, Camarade, tu ne seras dans la bonne voie que lorsque tu verras ta conscience. Cherche-la, trouve-la, ne te contente pas d'un à peu près et alors même qu'elle te paraîtra pure et juste, aie le courage de l'étudier toujours de plus près; et tu constateras qu'il est encore bien des défauts à corriger, bien des fanges à nettoyer.&lt;br /&gt;* * *&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Débarrasse-toi de l'égoïsme.&lt;br /&gt;Certes il est bon de se sentir heureux, il est bon de jouir de la vie.&lt;br /&gt;Mais aie toujours présente à la pensée cette vérité que nul ne peut être complètement heureux tant qu'il existe un seul être malheureux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est là un de ces préceptes qui provoquent les haussements d'épaules des philosophes sociaux; il semble que le bonheur individuel suffise à satisfaire toutes les aspirations humaines. Meurent les autres, pourvu que je vive.&lt;br /&gt;Le raisonnement est à la fois inique et absurde.&lt;br /&gt;Le malheur des uns constitue toujours un danger et une menace pour les autres; une situation déséquilibrée est génératrice de réaction et l'être le plus profondément, le plus insolemment égoïste doit compter avec les revanches possibles et les retours offensifs des déshérités.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;D'où une perpétuelle inquiétude, une sensation d'instabilité qui gâte la jouissance...&lt;br /&gt;Sans parler du sentiment de compassion dont on cherche à se défendre par la charité mais qui subsiste au fond des consciences les plus fermées en apparence aux émotions généreuses.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En réalité, dans l'état social actuel, nul ne peut, en parfaite sincérité, se tenir pour sûr du lendemain; la lutte quotidienne produit de terribles jeux de bascule et les plus hauts placés sont à la merci des chutes les plus profondes.&lt;br /&gt;Le libertaire veut un état social où l'envie, la jalousie, les pensées de reprise n'aient plus de place, c'est-à-dire où tous, vivant dans la plénitude de leur liberté, dans l'épanouissement total de leurs facultés, dans la satisfaction intégrale de leurs besoins, n'aient plus à se disputer les uns aux autres les moyens de vivre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ceci, cher Camarade, est l'antithèse absolue des doctrines autoritaires et religieuses.&lt;br /&gt;L'autorité n'est établie que pour sauvegarder, défendre et perpétuer les inégalités sociales; la législation propriétaire, l'armée, la police, la magistrature, les codes et les règlements n'ont été instituées que pour cautionner l'état de déséquilibre qui a été imposé aux hommes par la Société, pour enchaîner la liberté des uns au profit de celle des autres, pour éterniser les mesures de spoliation qui ont créé la misère du plus grand nombre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;D'où cette conclusion que le libertaire, ne s'arrêtant à aucune considération de tradition, entend modifier de fond en comble le système social en détruisant ces bases iniques qui s'appellent l'autorité et la propriété, les autres réformes venant ensuite par surcroît en vertu de conséquences inéluctables.&lt;br /&gt;* * *&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si tu m'as bien compris, cher Camarade, tu vois déjà poindre la lumière; tu commences à savoir que ton premier effort, le plus utile de tous, doit être de rejeter tous les dogmes sociaux dont ta mémoire et te conscience sont encombrés.&lt;br /&gt;Aie d'abord la notion de l'insoumission aux maximes banales, aux préceptes qui n'ont de la vérité que l'apparence menteuse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Délivre-toi de toute croyance irraisonnée, de toute foi. Quelle que soit l'idée qui est émise devant toi, quelque affirmation péremptoire, quelque impératif catégorique que tu lises dans les livres, ne t'arrête ni à l'autorité de la tradition ni à la prétendue valeur d'un mot ou d'un nom.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Prends le dogme et regarde-le de près; et toujours tu le verras s'amoindrir, s'effriter comme une pelote de neige que pressent les doigts d'un enfant.&lt;br /&gt;Ainsi du dogme de Dieu, encore aujourd'hui le plus vivace. En la majorité, on pourrait presque dire en l'unanimité de ceux qui s'intitulent libres penseurs, cette idée est si profondément imprimée que, se déclarant incrédules à tous les mystères, dédaigneux de tous les rites, opposés à toutes les manifestations religieuses, ils émettent, dès qu'on les presse dans leurs derniers retranchements, cette restriction qu'ils n'admettent rien, mais qu'ils ne nient pas expressément l'existence de Dieu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ils ne comprennent pas que cette simple acceptation suffit aux exploiteurs de religions. Car Dieu, c'est l'autorité, c'est la hiérarchie, c'est la nécessité de la prière, c'est le temple, c'est le prêtre.&lt;br /&gt;On ne crée pas un dieu de fantaisie, perdu dans les brumes de l'inconnaissable, pour ne point, très promptement, chercher à le rapprocher de soi. Bien vite, on parlera de sa bonté, de sa justice, et comme tout autour de nous n'est que déséquilibre et injustice, le pas sera vite franchi vers des compensations paradisiaques tenues en réserve par son infinie miséricorde.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et toujours cette antienne:&lt;br /&gt;Dites tout ce que vous voudrez, l'idée de Dieu est nécessaire.&lt;br /&gt;En effet, elle est nécessaire pour tous ceux qui n'ont pas le courage d'envisager la situation réelle, à savoir que nous sommes le produit d'une évolution cosmique dont le secret jusqu'ici nous échappe, mais qu'en même temps, il est un fait certain, positif, c'est que, dans la mesure de nos forces, la terre nous appartient et que notre devoir est de tirer le meilleur profit possible de l'habitat qui nous a été dévolu, de le transformer, par l'emploi de toutes nos énergies vitales, en un séjour de bien-être et de moindre souffrance possible.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si tu te places à ce point de vue, le seul digne de ta raison, immédiatement s'éloigne et s'efface l'idée de Dieu.&lt;br /&gt;En quoi un Dieu nous est-il nécessaire pour que nous défrichions la terre, pour que nous développions ses productions, pour que la vie devienne meilleure et plus facile?&lt;br /&gt;Nous sommes en possession d'un appareil qui, en vertu de certaines dispositions constitutives, peut fournir à nos besoins, et au-delà. Nous constatons scientifiquement que rien ne s'obtient sans travail; nous savons que si l'homme ne fait effort, la terre reste inculte et cruelle à ses fils. Elle les empoisonne par ses méphitismes, elle les écrase sous ses écroulements, elle leur refuse le fruit de son sein qu'il faut violer pour qu'il nous réconforte.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Où intervient Dieu en cela?&lt;br /&gt;On nous dira qu'il est la force latente. Alors, cette force ne s'exerçant, en dehors du travail de l'homme, que pour produire la peste ou la famine, avouez toutefois qu'il n'est aucun motif de le vénérer.&lt;br /&gt;Oui, cette force existe, c'est la poussée vitale. Nous la constatons, mais en quoi est-il nécessaire de l'adorer, puisque nous avons à la diriger et à l'améliorer. Il nous faut l'étudier en ses effets, en ses causes immédiates et la contraindre à donner le maximum de résultats qu'elle contient en elle-même.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dieu te sert-il en ce labeur? En es-tu à croire que des prières amènent la pluie et qu'un quartier de roc s'écarte parce que tu le barres d'un signe de croix? Tu sais bien que les prétendus miracles sont autant de mensonges et à mesure que l'instruction se répand, à mesure que disparaît la folie du mysticisme, pas un fait ne se produit qui soit contraire aux lois de la gravitation ou des transformations chimiques.&lt;br /&gt;Dieu est-il nécessaire pour que le blé pousse? Quand nous a-t-il prêté son aide pour détourner un torrent? Où est sa part dans la construction des chemins de fer, des paquebots ou des appareils télégraphiques?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Est-ce que, dans les actes quotidiens de la vie, tu éprouves la nécessité de l'existence d'un Dieu? Tu vis sans lui et en dehors de lui, et n'y songerais jamais si certains n'avaient intérêt à sans cesse te rappeler son nom et à affirmer son existence.&lt;br /&gt;Et ceux-là sont les exploiteurs de tes faiblesses et de tes lâchetés.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Oui, Dieu est nécessaire pour établir le dogme de l'autorité et de la hiérarchie. C'est sur l'idée de son existence qu'est basée toute l'organisation anti-égalitaire de la Société.&lt;br /&gt;L'idée de Dieu est le substratum de toute domination qui, ne pouvant se justifier par aucun autre titre, s'en réfère à une sorte d'investiture céleste.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour le roi, pour le chef, pour le possédant, pour l'accapareur, l'idée de Dieu est nécessaire parce que c'est d'elle seule qu'ils tiennent l'apparence d'un droit. Ils ont inventé le maître pour pouvoir s'en déclarer les délégués et opprimer les masses en son nom.&lt;br /&gt;Dieu est nécessaire pour le propriétaire: car s'il n'avait pas inventé cette fiction d'un Dieu répartiteur du sol, il n'aurait pu imaginer cette sinistre fantaisie de l'appropriation perpétuelle, fondée sur la conquête, c'est-à-dire sur le vol. C'est la Force qu'ils ont acclamée Dieu, et toutes leurs énergies se sont concentrées sur la défense de ce mensonge, qu'ils utilisèrent à leur profit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'idée de Dieu n'est nécessaire que pour les oppresseurs, pour les envahisseurs, pour les négateurs du droit collectif.&lt;br /&gt;Pour l'inculquer aux masses, on a eu l'infernale habileté de la compliquer de l'idée de compensation. Qui a souffert sur la terre jouira d'un bonheur éternel. Plus vous aurez été malheureux ici-bas, et plus vous serez heureux dans le ciel.&lt;br /&gt;D'où la résignation, d'où l'abandon par l'homme du bien qui lui appartient, la terre, au profit des brutaux et des aigrefins.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À ceux-là, l'idée de Dieu est nécessaire parce que, grâce à elle, ils ont pu, pendant des siècles, arrêter les revendications du droit humain, parce que les ignorants, les humbles, les faibles ont été courbés sous la violence, et ont baisé la main qui les frappait et les dépouillait, dans l'espoir insensé d'une revanche céleste.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Libère-toi de l'idée de Dieu, et, ne t'hypnotisant plus dans la contemplation du ciel, regarde la terre. C'est là ton outil de bien-être. Tu n'admettras plus que quelques-uns détiennent les biens qui sont à tous, tu n'admettras plus d'être soumis, pour toutes les nécessités de la vie, aux spéculations qui sont des meurtres organisés.&lt;br /&gt;Tu sentiras que la charité qui est faite au nom de Dieu n'est en réalité que la perpétuation de la misère.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tu sentiras la vérité de cette parole trop tôt proférée pour qu'elle fût bien comprise:&lt;br /&gt;Dieu, c'est le mal.&lt;br /&gt;Car Dieu, c'est la tyrannie sous toutes ses formes, c'est la propriété avec tous ses accaparements, c'est la divinisation de la souffrance, c'est la négation du droit au bien-être, au bonheur, à la jouissance des biens terrestres. C'est la souillure de nos aspirations physiques, de l'amour, de la génération. C'est la déshumanisation de l'humanité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et cette idée, qui ne produit que de la souffrance, de la haine, de l'iniquité, serait nécessaire, fatale!&lt;br /&gt;Ceux qui disent cela et se croient de pensée libre sont des pusillanimes qui n'osent point user de leur raison.&lt;br /&gt;Il est au contraire nécessaire que l'idée de Dieu s'efface et disparaisse. Alors seulement, l'homme sera maître de sa force cérébrale tout entière et appliquera son effort à la réalisation du bien-être général, par l'exploitation solidaire du seul domaine qui soit à sa portée, la terre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'esprit désobscurci du préjugé religieux, l'homme exercera sa pensée réellement libre, et pour lui, la vie changera de face. Cette liberté reconquise, il en usera dans toutes les circonstances, les préjugés engourdisseurs disparaîtront un à un et la vraie lumière éclatera.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voyons maintenant le penseur--déjà libéré du mensonge divin--aux prises avec les autres faux axiomes qui n'en sont d'ailleurs que des résultantes.&lt;br /&gt;* * *&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Te voilà au milieu des hommes, tes semblables, et en face de la terre dont, eux et toi, vous devez tirer votre subsistance.&lt;br /&gt;Les hommes sont tes égaux, tu es leur égal.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ici je te demande un peu d'attention.&lt;br /&gt;Quand tu parles d'égalité, aussitôt on te rabroue, en affirmant que l'égalité est une utopie, que la nature même la dénie, que les hommes viennent sur la terre avec des organismes dissemblables, les uns plus forts, les autres plus débiles; les uns, très intelligents, les autres, de faible cerveau, et de ces prémisses, on part pour justifier les inégalités sociales, la misère en face de la richesse, le salariat et le capitalisme, l'ignorance et l'éducation supérieure, et par suite, la bataille humaine avec ses égorgements et ses épouvantes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et l'égalitaire se trouve pris de court et hésite à répondre.&lt;br /&gt;C'est qu'en ce point, comme dans toutes les discussions sociales, nous nous laissons tromper par une définition fausse, passée à l'état de dogme.&lt;br /&gt;L'égalité existe entre les hommes, au point de départ, c'est-à-dire que tous les hommes viennent sur la terre avec la volonté de vivre, avec des besoins matériels et moraux qui sont égaux en principe: l'homme qui a faim est l'égal de l'homme qui a faim. Les nécessités primordiales de l'existence sont les mêmes, et il y a égalité parfaite et complète dans cette formule indiscutable:&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;--Tous les hommes, sans exception, ont la volonté et le droit de satisfaire leurs besoins et d'utiliser leurs facultés, physiques et morales.&lt;br /&gt;La mesure individuelle de ces besoins et de ces facultés est accessoire. Le fait mathématique--la volonté et le droit de vivre--est égal pour tous.&lt;br /&gt;En cela et en cela seul consiste vraiment l'égalité, et c'est elle qui doit être respectée par l'exercice--appartenant à tous--de ce droit de vivre.&lt;br /&gt;* * *&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ici, Camarade, tu trouves sous tes pieds un terrain solide: fils de la nature, tu as--comme tous tes congénères, ni plus ni moins, mais autant qu'eux--le droit de vivre et ce droit nul ne peut t'empêcher--ni empêcher autrui--de l'exercer.&lt;br /&gt;Or d'où peuvent te venir les moyens de vivre, sinon de la terre. Donc la terre est à toi, comme à tous tes semblables. La faculté de l'exploiter et d'en tirer subsistance est inhérente à ton être, et nul n'a droit de la supprimer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Donc quiconque s'approprie une partie de cet instrument collectif de travail qu'est la terre commet un acte contraire au principe humain, donc la propriété, c'est-à-dire la main-mise de qui que ce soit sur une portion de terre, est un vol commis au préjudice de la collectivité.&lt;br /&gt;Et voici que la propriété--sacro-sainte--t'apparaît avec son véritable caractère d'accaparement et de spoliation, voici que ce dogme intangible se révèle en son évidence de brutalité et de crime antisocial.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La terre est l'instrument de travail--c'est-à-dire de vie--de tous les hommes. Quiconque se l'approprie vole l'humanité, et quand il prétend donner à ce vol la sanction de la perpétuité, il commet un acte à la fois si illogique et si monstrueux qu'on s'étonne à bon droit qu'il ait pu être perpétré.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais pour autoriser, pour éterniser cette iniquité, la Société, depuis des siècles, a créé cette autre iniquité, l'autorité, c'est-à-dire l'appel à la force contre le droit, le recours à la violence contre les justes revendications.&lt;br /&gt;En s'appuyant sur l'idée de Dieu, créateur et propriétaire universel, elle a imaginé, par un habile procédé d'escroquerie, la concession faite par cette puissance mystérieuse au profit de quelques-uns de la terre divisée en parcelles, et de cette injustice première, toutes les injustices ont découlé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Donc, Camarade, nie la propriété du sol comme tu as nié Dieu, comme tu vas nier tout à l'heure toutes les fantaisies criminelles et persécutrices dont la propriété est la source.&lt;br /&gt;* * *&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Par la propriété, la liberté a disparu, depuis le droit d'aller et de venir arrêté par des murs et barrières que défendent des gendarmes et des magistrats, jusqu'à la liberté du travail, le propriétaire étant maître de laisser ses terres en friche et de refuser à quiconque la faculté d'en extraire les éléments nécessaires à l'existence.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La propriété n'est pas seulement le vol, elle est le meurtre, car c'est d'elle que procède l'exploitation de l'homme par l'homme, le droit mensonger du possédant à ne concéder le droit au travail qu'à son profit, en échange d'un salaire dérisoire; elle est la créatrice du prolétariat, la faiseuse de misère, la manifestation atroce et cruelle de l'égoïsme, de l'avidité et du vice, elle est la grande tueuse d'hommes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La propriété est le meurtre, car c'est en vertu de ce droit prétendu, appuyé uniquement sur la spoliation, sur la conquête et par conséquent sur la force, que des groupes d'hommes se sont déclarés seuls jouisseurs d'une portion plus ou moins vaste du sol, s'en sont prétendus les maîtres absolus, élevant entre leurs territoires respectifs des barrières sous le nom de frontières, et ont créé chez ces groupes, décorés du nom de nations, des sentiments de haine, de rivalité qui se traduisent perpétuellement par les pires violences, assassinats en nombre, incendies, viols et autres manifestations de la bestialité humaine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est le mensonge: car, alors qu'il est inscrit dans les constitutions particularistes que nous subissons que le droit de propriété est sacré et que nul n'en peut être privé, des millions d'hommes sont dépouillés de leur droit à la terre, au profit d'une caste dominatrice et exploiteuse.&lt;br /&gt;La propriété est l'expression de l'égoïsme à sa plus haute puissance: c'est l'usurpation brutale du bien de tous, de la terre qui appartient à la collectivité et sous aucun prétexte légitime ne peut être féodalisée au profit de quelques-uns. C'est d'elle que naissent toutes les injustices, tous les crimes, tous les forfaits dont l'histoire s'ensanglante...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle se perpétue par l'héritage qui n'est que la continuation dans le temps d'une première iniquité commise.&lt;br /&gt;* * *&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La propriété a double forme, elle s'impose encore sous le nom de capital, et le capital est comme la propriété le vol, le meurtre et l'injustice.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La terre appartenant à l'humanité toute entière, à la collectivité, aussi à l'humanité et à la collectivité appartiennent ses produits.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est l'humanité, la collectivité qui mettent en valeur l'instrument terrestre que nous tenons de la nature, et le produit du travail nécessaire, général et collectif, appartient à tous les hommes, sans individualisation possible. Sur les ressources--richesses de toute nature--que fait jaillir du sol le travail humain, tous les hommes ont un droit équivalent, pour la satisfaction aussi complète que possible de leurs besoins matériels et moraux.&lt;br /&gt;* * *&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tu auras beaucoup entendu parler, mon Camarade, de la prise au tas et de bon bourgeois se seront esclaffés devant cette expression quelque peu vulgaire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il faut que le tas--collectif--des richesses produites soit assez considérable pour que tous y trouvent leur part légitime. Or que se passe-t-il aujourd'hui? Des gens, s'appuyant sur ce droit de propriété et sur la constitution illégitime d'un capital, amassent pour eux--des tas--dans lesquels ils puisent au gré de leurs caprices, tandis que des millions d'hommes sont dénués de tout.&lt;br /&gt;Ils sont entourés d'une horde de parasites qui repoussent, à coups de lois et à coups de fusil, ceux qui, mourant de faim, font mine de toucher à ces provendes monstrueuses.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ces capitalistes s'arrogent le droit de laisser pourrir des denrées--c'est leur pouvoir absolu--alors que des centaines d'hommes en vivraient; ils sont les rois, ils sont les maîtres, leur caprice est souverain, ils peuvent, quand ils le veulent, à l'heure choisie par eux, déchaîner la misère et la famine sur la collectivité.&lt;br /&gt;Ce sont des propriétaires qui, de par des coutumes admises appuyées sur la force, décident de la vie ou de la mort des masses prolétariennes.&lt;br /&gt;On a voulu nier que ce fussent les capitalistes et eux seuls qui déchaînent la guerre: quel intérêt eût le peuple allemand à la guerre de 1870? La victoire a augmenté ce qu'on appelle les forces industrielles du pays, c'est-à-dire que se sont constitués un plus grand nombre de groupes capitalistes, fondant d'immenses ateliers, des docks, des usines où les matières nécessaires à la vie, pour ne parler que de celles-là, sont l'objet de tripotages commerciaux qui en décuplent le prix et en rendent l'usage impossible aux prolétaires, parce que l'usinier, le grand industriel, loin de travailler pour la collectivité, ne songe qu'à s'enrichir lui-même--lui et ses actionnaires--au détriment des consommateurs, c'est-à-dire de la grande masse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ces entreprises, nous dit-on, fournissent du travail à des millions d'ouvriers: c'est réel, seulement ce travail même auquel on est forcé d'avoir recours donne lieu à une rémunération calculée si avarement que l'ouvrier y trouve à peine de quoi ne pas mourir. Que lui importe la prospérité d'un pays qui ne se traduit que par des budgets impériaux ou des bilans de fortunes particulières, alors que lui-même est toujours pauvre, misérable et sacrifié?&lt;br /&gt;* * *&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Qu'il se révolte, qu'il s'empare des matières premières, des usines, qu'il les emploie au bénéfice de la collectivité, c'est la justice.&lt;br /&gt;Mais la propriété, mais le capital ont de longue date pris leurs précautions.&lt;br /&gt;Donnant au groupement des propriétés le nom de patrie, ils ont su inspirer à la foule une sorte de religieuse passion pour une entité invisible qu'ils abritent sous un symbole ridicule, le drapeau.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le troupeau humain, bête et sentimental, abruti depuis des siècles par l'idée de providence et de droits acquis, s'est laissé prendre à cette fantasmagorie de mensonges, et il admire les armées, brillantes, bruyantes, violentes, qui ont pour mission de défendre les propriétés et les capitaux des accapareurs contre d'autres accapareurs non moins déshonnêtes qu'eux-mêmes.&lt;br /&gt;On invoque pour justifier l'idée de patrie et l'existence des armées la nécessité de la défense légitime: le raisonnement serait juste si les masses prolétariennes étaient appelées au service militaire pour défendre un bien-être acquis et satisfaisant. Mais en est-il ainsi? Que telle nation en écrase une autre, le régime propriétaire et capitaliste en sera-t-il modifié, et la collectivité recouvrera-t-elle ses droits confisqués par les individus?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Point. Victorieuse ou vaincue, toute nation reste soumise au joug de l'exploitation capitaliste, et les arcs de triomphe qu'élèvent les satisfaits ne sont pour la masse que les portes de l'enfer capitaliste.&lt;br /&gt;Seule, la guerre sociale est juste.&lt;br /&gt;Comprends bien, Camarade, je dis sociale--et non civile--parce que la lutte de la justice contre l'iniquité ne se renferme pas dans les limites d'un territoire défini: les exploités du capital--à quelque nation qu'ils appartiennent--sont les adversaires des capitalistes de toutes les nations, sans exception.&lt;br /&gt;La guerre qui a pour but la propriété d'une ville, d'une province, d'un royaume est inique: est juste la guerre qui a pour but l'abolition des privilèges, des exploitations et des spéculations, la reprise de la terre et de ses produits pour la collectivité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Des alliances peuvent et doivent être conclues entre les exploités de tous les pays--sans souci du nom géographique dont on les affuble--pour jeter bas l'immense et formidable Bastille qui, sous des milliers de formes diverses, symbolise la puissance propriétaire; la patrie du travailleur est partout où le droit règne, elle n'est pas là où l'iniquité est toute-puissante.&lt;br /&gt;Il ne s'agit plus ici d'un territoire quelconque; la patrie a une signification plus haute et profondément humaine. Car la patrie de l'homme, c'est la terre toute entière et elle sera digne de ce titre, c'est-à-dire paternelle à tous, quand, à la suite d'efforts dont le succès ne rentre pas, quoi qu'on en ait dit, dans le domaine des utopies, la terre toute entière sera régie par la justice.&lt;br /&gt;* * *&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On te dira encore, Camarade, que tel pays est plus digne que tel autre d'être défendu parce que déjà on y a conquis de vaines libertés politiques qui sont des instruments de progrès, ne te laisse pas troubler par les grands mots.&lt;br /&gt;De par l'organisation propriétaire et capitaliste, les libertés sont employées contre la masse comme outil d'asservissement, et l'habileté des maîtres est telle qu'ils savent défigurer les choses et les mots pour leur attribuer une signification favorable uniquement à leurs intérêts.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le suffrage universel! Est-ce que tu peux lui proposer le seul problème dont la solution te touche, la reprise de la propriété et l'abolition du capitalisme?&lt;br /&gt;Défie-toi de tous ces vocables ronflants: syndicalisme, retraites ouvrières, fixation des heures de travail. En tout cela, il n'y a que des palliatifs, destinés à laisser subsister la grande iniquité sociale.&lt;br /&gt;Syndicats--groupements des ouvriers qui défendent leurs intérêts contre les patrons--pourquoi des patrons? Pourquoi des parasites? Un seul syndicat, la collectivité travailleuse par elle-même et pour elle-même.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les retraites ouvrières! C'est l'os qu'on jette aux travailleurs pour que, satisfaits de ne plus mourir d'épuisement et de misère, ils acceptent de, pendant toute leur vie, rester à l'état d'esclaves attachés à la glèbe industrielle. Pas de retraites, mais la répartition équitable et légitime de toutes les ressources terrestres entre ceux qui les produisent.&lt;br /&gt;* * *&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Peut-être, Camarade, qui veux travailler au progrès, es-tu surpris de cette franchise. Tu dis que ce qui est acquis est acquis, et que la diminution de souffrance n'est pas à dédaigner.&lt;br /&gt;D'accord, mais n'oublie pas que le libertaire conscient a une mission plus large; assez d'autres opportunistes, qui ont intérêt à la perpétuation de l'état social actuel, sont tout prêts à servir inconsciemment de complices à la malice des politicailleurs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tu dois voir de plus haut et plus loin.&lt;br /&gt;Un exemple: Suppose que les socialistes arrivent à obtenir la journée de huit heures. Quelles batailles ne faudra-t-il pas livrer pour que la question soit posée sur son véritable terrain, c'est-à-dire que, tout en ne travaillant que huit heures, l'ouvrier gagne autant qu'aujourd'hui, en ses dix, douze et quatorze heures de labeur.&lt;br /&gt;Admettons même que le capital, s'arrachant un lambeau de ses bénéfices, consente à ce sacrifice et organise le travail par équipes, augmentant ainsi le nombre des salariés et diminuant, à son grand regret, celui des meurt-de-faim...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Est-ce que pour cela le salariat sera plus légitime, est-ce que plus légitime le bénéfice prélevé par un individu ou une société sur la collectivité des travailleurs, est-ce que plus légitime l'opulence des uns en face de la misère des autres, le gavage en face de la privation?&lt;br /&gt;Songes-y bien, dût ton salaire se décupler et ta fatigue diminuer dans les mêmes proportions, la situation n'en serait pas moins injuste, parce qu'elle aurait toujours pour base première le privilège des uns et la soumission des autres.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et toi, libertaire, tu ne peux être que l'homme de la justice. Sinon, tu n'as pas de raison d'être, reste jacobin, radical, socialiste: tu seras un des défenseurs de l'ordre de choses existant et quand tu voudras le critiquer et verser sur les vices de l'humanité des larmes de crocodile, tu seras un hypocrite et un tartufe.&lt;br /&gt;* * *&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La propriété--fondement de l'autorité--a créé tous les vices.&lt;br /&gt;Elle est productrice de paresse, car, sans parler des riches qui s'abstiennent de tout travail et vivent de celui des autres, elle a donné à la masse la haine de l'effort et la volonté de s'y soustraire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ne le nie pas, Camarade. Tu ne travailles que parce que tu y es forcé, et tu cherches à tromper ton patron en lui fournissant le moins possible d'huile de bras.&lt;br /&gt;Pourquoi, sinon parce que, sans que tu en aies peut-être la notion positive, tu sens que ton effort profite à un égoïste et à un exploiteur.&lt;br /&gt;Il n'en serait pas de même si tu travaillais pour la collectivité, car tu comprendrais que, de ton effort entier, le bénéfice revient à tous, c'est-à-dire à toi-même.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Que t'importe de bâtir des palais que tu n'habites pas et d'où les laquais te chassent à coups de trique! Mais si tu apportais ta pierre aux édifices collectifs devant abriter tous les hommes et toi-même, avec quel amour tu consacrerais ton énergie à leur beauté, à leur spaciosité, à leurs conditions hygiéniques.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Travailler pour l'humanité avec la conscience qu'on fait partie des bénéficiaires de tout travail, c'est la justification et on pourrait dire la purification de l'effort quel qu'il soit; et avec quelle placidité chacun, sa tâche accomplie, jouirait du bien-être dont il a été l'artisan.&lt;br /&gt;* * *&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La propriété a créé le vol: car elle est génératrice de jalousie, d'envie et de haine, avec volonté de revanche.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pourquoi celui-ci est-il favorisé plutôt que celui-là? Pourquoi, parce que le grand-père ou le père de cet enfant ont amassé des capitaux, le nouveau venu se trouvera-t-il délié de l'obligation que la nature impose à tout homme d'arracher à la terre les ressources nécessaires à sa vie?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alors celui qui n'a pas rongé son frein s'irrite à voir passer les oisifs qui le narguent; l'éblouissement que lui met aux yeux l'étincellement des richesses auxquelles il n'a aucune part, se mue en lueurs rouges dans son cerveau, et c'est lui que la Société appelle criminel, lorsqu'elle l'a incité, provoqué, bravé!...&lt;br /&gt;Sous tout crime, quel qu'il soit, il y a, à la base, une crime de la société, et pour qu'elle s'arrogeât le droit de punir, il faudrait tout d'abord qu'elle se châtiât elle-même.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La propriété crée l'assassinat: le grand industriel est un dévoreur d'hommes, et il se soucie de leur vie comme de leurs revendications. Dans les hauts-fourneaux, dans les mines, le bétail humain peine et meurt; et chaque goutte de sueur qui tombe, chaque goutte de sang qui coule est par lui monnayée et entassée dans ses coffres.&lt;br /&gt;Elle crée l'assassinat: car à qui lui prend sa vie, le sacrifié rêve de lui prendre la sienne. C'est la propriété, c'est le capital qui ont assassiné le malheureux Watrin, c'est l'égoïsme et la férocité capitalistes qui ont chargé les fusils de Fourmies et de Limoges; et les soldats tueurs ne sont que les exécuteurs des décrets de mort rendus par le capital.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Supprimer la propriété individuelle, c'est régénérer l'humanité, c'est rendre impossibles--parce qu'inutiles--toutes les révoltes dont les manifestations sont qualifiées de crimes: vols et meurtres.&lt;br /&gt;Le jour où, la propriété étant collective, tout sera à tous, pourquoi voler autrui, puisque c'est se voler soi-même? Pourquoi exercer une reprise individuelle par la violence, meurtre ou assassinat, puisque cette reprise s'exercerait sur son propre bien?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pourquoi envier autrui, puisque les ressources individuelles étant à la disposition de tous, il suffira de vouloir pour avoir?&lt;br /&gt;Et n'oublie pas, Camarade, que ces désirs, ces passions dont l'explosion est au principe de tous les crimes, sont réellement créés, développés, entretenus par l'état de privation qui résulte pour la majorité de l'organisation propriétaire de la Société.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Suppose que tes besoins soient légitimement satisfaits, que tu aies--comme on dit--ton compte, crois-tu que ne diminueraient pas en toi ces appétits, parfois excessifs, que crée la souffrance de la perpétuelle pénurie?&lt;br /&gt;Celui qui n'a pas faim, qui ne subit pas l'angoisse quotidienne du lendemain, celui qui est entouré, non point de luxe--on y viendrait plus tard--mais du confortable relatif sans lequel la vie est un supplice, celui-là n'est plus un envieux, ni un haineux. Il jouit de la vie et est heureux que les autres en jouissent comme lui.&lt;br /&gt;* * *&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La propriété crée la dépravation; ceci peut te paraître étrange, parce que tu n'as peut-être jamais réfléchi que l'amour est gangréné jusqu'au fond par le sentiment propriétaire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'orientation générale des idées est faussée à ce point que la Société a inventé tout un code--de lois ou d'usages--en vertu duquel l'être humain n'est plus maître de lui-même, de son corps, de ses désirs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'homme, affolé par le virus propriétaire, en est arrivé à ce degré d'erreur qu'il admet le droit de propriété d'un être sur un autre être, de l'homme sur la femme, de la femme sur l'homme; et la Société défend l'union de ces deux êtres si n'est intervenu un pacte de vente et d'achat, qu'elle appelle contrat de mariage. Et de ceux qui l'ont signé, chacun devient le propriétaire de l'autre, avec interdiction sous peine de prison--et même de mort--contre celui qui prétend rester maître de sa personne, de sa chair, de son coeur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En dehors même du mariage, l'amant s'affirme le maître de sa maîtresse et la tue si, lasse de lui, elle entend se donner à un autre; la maîtresse poignarde ou défigure celui qui l'abandonne.&lt;br /&gt;La Société nouvelle, te dira-t-on, sera impuissante contre les crimes passionnels. Non, Camarade. Elle les atténuera, jusqu'au jour où ils disparaîtront tout à fait. Comment? En proclamant le principe de la liberté dans l'amour comme dans les autres actes de la vie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est l'esprit d'égoïsme, exploité par les religions, qui a souillé les manifestations de l'amour en les entourant d'on ne sait quelle apparence repoussante d'indécence et d'obscénité; dès que l'amour ne sera plus classé au nombre des choses défendues, le prurit malsain que les prohibitions développent et surexcitent diminuera de lui-même, et l'amour redeviendra ce qu'il aurait dû toujours être, l'exercice normal d'une faculté légitime. Les enfants ne seront plus la propriété des parents--qui ont déguisé leur tyrannie sous le nom de droit paternel, maternel, familial,--mais seront les membres de la collectivité et par conséquent investis, de par leur naissance même, du droit absolu à la vie, à la richesse, au bien-être universels.&lt;br /&gt;* * *&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il n'est pas une seule des bases--c'est le mot consacré--de la Société qui ne soit étayée sur un tuf d'illusion ou de mensonge.&lt;br /&gt;Ne te dissimule pas qu'à les saper on court des risques; les uns, par conservatisme intéressé, les autres par incompréhension les défendent avec acharnement, avec brutalité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Prêtres, soldats, magistrats sont au service de ces ennemis de la vérité, jusqu'ici tout-puissants. Demande-toi si tu possèdes l'énergie nécessaire pour leur tenir tête; garde-toi cependant de toute rodomontade. Sois froid, sois calme, sache ce que tu veux et ce que tu fais. Défie-toi de la fausse poésie de l'agitation stérile. Sois précis dans tes desseins et dans tes actes. Que tes résolutions, si tu en as à prendre quelqu'une, soit le résultat si net de tes méditations que rien ne t'en puisse détourner; garde-toi de l'enthousiasme qui n'est le plus souvent qu'une fièvre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Libertaire, sois libre de passions, sois l'égal de ta raison.&lt;br /&gt;Travaille pour toi-même en travaillant pour tous.&lt;br /&gt;* * *&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je ne te dis pas ce qui sera--car c'est là le secret de l'avenir et nul aujourd'hui ne peut, sans ridicule forfanterie, prévoir la forme des Sociétés futures--mais ce que tu dois être toi-même, pour que le progrès nécessaire se réalise.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En tout temps, en tout lieu, soit le négateur de l'autorité: donc garde-toi bien toi-même d'être autoritaire. Sache vivre avec tes semblables sans désir de domination; sois d'âme solidaire, communiste, libertaire et prêche d'exemple en toutes les circonstances de la vie.&lt;br /&gt;Étant obligé de vivre dans un milieu où toutes les idées de justice sont bafouées, ou tout au moins tenues pour négligeables, ne perds pas une seule occasion de rappeler ce qui devrait être à la place de ce qui est.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Te connaissant d'esprit moyen, mais de bon vouloir complet, je ne te demande ni l'héroïsme ni le martyre. Débats-toi comme tu le pourras pour vivre ta maigre vie, mais en même temps agis en homme qui sait ce qu'il fait, pourquoi il le fait et qui guette toutes les occasions de se libérer du carcan social, en aidant les autres à s'en libérer avec lui.&lt;br /&gt;Surtout ne croie pas à ta supériorité, répète-toi cent fois le jour que tu n'es qu'un apprenti de l'atelier social et que les progrès se réaliseront non par un individu, mais par le groupe sans cesse plus étendu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cherche toute ta vie et ne suppose jamais que tu as trouvé; ennemi de toute autorité, n'en crée pas une au dedans de toi-même, car celle-là est la plus tyranique et la plus dangereuse.&lt;br /&gt;Écoute tout, même des plus sots ou des plus criminels, il y a toujours quelque chose à apprendre, ne fut-ce que par le conflit avec la réalité.&lt;br /&gt;* * *&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je conclus, cher Camarade, en te recommandant de ne pas te laisser aller à considérer ce petit manuel comme un évangile. On est beaucoup trop disposé à attribuer à la lettre imprimée un caractère en quelque sorte sacré.&lt;br /&gt;Je n'ai voulu, en soulevant ces questions, que t'inciter à les étudier: n'est un véritable libertaire que celui qui s'est fait lui-même.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je t'ai simplement montré l'outil de ta rénovation mentale; tous les dogmes se résument en un seul, c'est qu'il n'y a pas de dogmes.&lt;br /&gt;Et là dessus, Camarade, je te souhaite la conscience bien équilibrée, la santé physique et le bien-être conquis par toi en même temps que celui des autres.&lt;br /&gt;Tout pour et par la justice.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;* * * * *&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4548877961369105280-7158440863588185040?l=targetezine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://targetezine.blogspot.com/feeds/7158440863588185040/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4548877961369105280&amp;postID=7158440863588185040&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4548877961369105280/posts/default/7158440863588185040'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4548877961369105280/posts/default/7158440863588185040'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://targetezine.blogspot.com/2011/12/labc-du-libertaire.html' title='[L&apos;ABC du libertaire]'/><author><name>X8X</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='22' height='32' src='http://4.bp.blogspot.com/-dWeIxybNlyQ/TZ5u76ew15I/AAAAAAAAATg/LnYJkidY-J8/s220/BigBrother1984_sml.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4548877961369105280.post-6088532724691789771</id><published>2011-11-02T04:50:00.000-07:00</published><updated>2011-11-02T04:55:55.434-07:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Carte Blanche'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Belgique'/><title type='text'>[Squats d'hier, squats d'aujourd'hui]</title><content type='html'>&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;par &lt;b&gt;Alain Brolio&lt;/b&gt; publié par &lt;b&gt;&lt;a href="http://bxl.indymedia.org/articles/2477"&gt;IndymediaBruxsel&lt;/a&gt;&lt;/b&gt; en aout 2011 &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;Un ensemble de squats qui a tenu près de  trois ans sur un bloc de maisons à front de l'avenue de la Toison d'Or.  Un lieu célèbre à l'époque pour ses activités ouvertes au public,  notamment celles du "club radical" et de "l'ilôt Soleil" : cabaret et  salles d'expo, concerts, cirque, théâtre... Une aventure qui a pris un  tournant dramatique avec l'incendie criminel qui a ravagé la maison de  la rue des Chevaliers, faisant un mort et plusieurs blessés.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;&lt;b&gt;Ce morne terrain vague s'offre encore aujourd'hui à la vue  « et au repos » des badauds et consommateurs chics de l'avenue de la  Toison d'or...&amp;nbsp;&lt;/b&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;&lt;b&gt;In memoriam Igor Tschay&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;b&gt;&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;Les chevaliers et les drapiers&amp;nbsp;» vs TODOR/HERON&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y a 10 ans.&lt;br /&gt;Les squats du bloc Toison  d'Or/Chevaliers/Drapiers avaient déjà fait couler pas mal d'encre,  notamment en raison du projet immobilier pharaonique au parfum de  scandale auquel les squatteurs s'affrontaient (lire la deuxième partie,  «&amp;nbsp;essai d'éclaircissement...&amp;nbsp;»)&lt;br /&gt;Le 11 rue des Chevaliers en  particulier, s'était fait connaître  pour ses activités ouvertes au  public, notamment celles du "club radical" et de "l'ilôt Soleil" :  cabaret et salles d'expo, concerts, cirque, théâtre... Une aventure qui a  pris un tournant dramatique avec l'incendie criminel qui a ravagé  l'immeuble.&lt;br /&gt;Le 30 juillet 2001 aux petites heures du matin, un ou des  individus (qui n'ont jamais été identifiés) boutaient le feu à des  matelas et meubles aspergés d'un liquide inflammable au pied d'une cage  d'escalier.&lt;br /&gt;Igor Tschay, poète et musicien d'origine ukrainienne  perdait la vie, se défenestrant en tentant d'échapper aux flammes.  Plusieurs autres ont souffert d'asphyxie et de brûlures graves.&lt;br /&gt;&lt;span class="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;Dans  la foulée, les autres squats incontrôlés étaient « nettoyés pour raisons  de sécurité », et ne subsistaient que les maisons occupées de la rue  des drapiers (pour lesquelles un accord se négociait).&lt;br /&gt;Début 2003,  respectant les termes du contrat précaire arraché aux promoteurs, les  derniers squatteurs faisaient place nette. Qu'on fait les promoteurs  depuis ? Le pâté est resté vide pendant environ un an avant qu'ils  n'actionnent les pelleteuses pour tout mettre à plat. Et le chancre a  accueilli des «événements», «performances», expos itinérantes  promotionnelles etc.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Ce morne terrain vague s'offre encore  aujourd'hui à la vue « et au repos » des badauds et consommateurs chics  de l'avenue de la Toison d'or... Tandis qu'ailleurs, de nombreux  sans-grade tentent toujours de faire valoir un droit d'occupation des  immeubles à l'abandon, se heurtant invariablement à la logique du  profit...&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Essai d'éclaircissement d'un imbroglio juridico-financier.&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;&amp;nbsp;&lt;/b&gt;                 &lt;br /&gt;Au début des années nonante la société Credicom, dépendant du  groupe français Immobilière Hôtelière acquiert un peu plus des deux  tiers (6600 m² sur 9000) de l'îlot 24 à Ixelles. Le rachat s'est opéré  sur les avoirs de 7 sociétés immobilières de moindre importance, dont 4  au moins étaient en liquidation. Le projet de Crédicom s'incarne dans la  société anonyme Todor (la filiale créant une filiale...) fin avril 92,  posant un acte d'accroissement du capital qui la rend maître des 22  immeubles et groupes d'immeubles. La valeur d'acquisition du lot s'élève  à 3 milliards et demi de francs belges (86,8 millions €). Cela porte la  moyenne à 120 millions (300 000 €) par maison, une des plus modestes  étant enlevée pour la bagatelle de 190 millions (471 000 €). D'autres  opérations d'accroissement du capital suivront, notamment par émission  d'obligations, et à l'aide d'emprunts aux banques AnHyp et CGER (1,557  milliard FB). A ce sujet, il est intéressant de noter que Crédicom s'est  portée garante des emprunts pour sa filiale, non sur des effectifs  réels mais sur les plus-values attendues de son investissement. (cf. De  Morgen, 06 01 2001.)&lt;br /&gt;Vers 1995-1996, Credicom déclare cesser ses  activités dans l'immobilier, «&amp;nbsp;lâchant&amp;nbsp;» le projet Todor. En même temps  elle balaye d'un revers de main les prétentions du fisc qui lui réclame  2,4 milliards (FB), le renvoyant aux anciennes sociétés propriétaires.  En 1999, le 20 mai, se joue un acte qui a de quoi étonner -le mot est  faible- tout néophyte en matière de transactions financières : ce même  jour en l'espace de quelques heures l'ensemble du bien s'échange 3 fois,  passant des mains de Todor en faillite à celles d'une société basée en  Irlande, pour aboutir dans le sabot d'Heron City (voir le détail  ci-après). C'est enfin en juin  99 que la gestion est confiée au  courtier Jones Lang La Salle. Les documents notariés et certains  courriers à l'adresse des locataires établissent qu'au moins 2  administrateurs se retrouvent dans plusieurs sociétés concernées par  l'affaire, changeant de chapeau au gré des transactions.&lt;br /&gt;&lt;i&gt;&lt;br /&gt;20 mai 1999. A midi, Todor, par son délégué Monsieur Philippe  Bijaoui, loue les immeubles à titre de bail emphytéotique (bail de  longue durée, octroyant un droit de jouissance du bien, et qui exonère  le locataire d'un certain nombre de responsabilités et charges) à la  société Foxside Ltd, SPRL basée à Dublin, Irl. (représentée devant le  notaire par Henri Van Zeveren, lui-même précédemment administrateur de  ... Crédicom). Bail conclu moyennant une redevance de base de 346 500  000 FB, l'assomption des dettes aux banques AnHyp et CGER, plafonnée à  350 millions de FB, et une redevance annuelle de 1000 euros. A 13h10,  Foxside, par la main de son fondé de pouvoir, M. Van Zeveren, cède le  droit d'emphytéose à la SPRL Heron City-Toison d'Or, représentée par  Monsieur Alan Goldman, résident à Stanmore, Royaume Uni. Selon le  «&amp;nbsp;nouveau contrat&amp;nbsp;», le locataire est tenu de remplir les obligations et  charges de l'emphytéote cédant, A L'EXCEPTION de la dette de la société  Todor. A 14h30, Todor (Philippe Bijaoui) revend le lot à Heron Belgium,  SPRL «&amp;nbsp;distincte&amp;nbsp;» de Heron City-Toison d'Or, mais représentée par le  même Alan Goldman, au prix de 3,5 millions de FB.&lt;br /&gt;L'un dans l'autre,  la passation s'est conclue pour un montant d'environs 700 millions de FB  (1,75 millions €), incluant l'échange de la redevance de base (par  virements croisés, l'une et l'autre parties reconnaissant avoir reçu les  sommes le jour même) et l'estimation de la prime additionnelle  «&amp;nbsp;calculée à une date ultérieure sur base des résultats du développement  des biens&amp;nbsp;».&lt;br /&gt;(sources&amp;nbsp;: documents notariés du 23/06/99 auprès de Franck Celis, notaire à Anvers)&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Certains observateurs n'hésitent pas à parler de fraude fiscale  et de blanchiment d'argent au sujet de cette affaire. D'autres nous  diront peut-être que de tels montages sont fréquents, que les bataillons  de juristes qui conseillent ces sociétés les aident à manœuvrer aux  marges exactes de la légalité. Restent en suspens bon nombre de  questions, dont les suivantes :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;ul&gt;&lt;li&gt;Qu'est-il advenu des dettes envers AnHyp et la CGER, s‘élevant à  plus  d'1,5 milliard de FB, que les termes du premier bail emphytéotique  plafonne à 350 millions, et que le second gomme purement et  simplement&amp;nbsp;?&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Qu'est-il advenu des charges fiscales d'un montant de 2,4 milliards  que Credicom réfutait dans les commentaires de son bilan de l'année  1995&amp;nbsp;?&lt;/li&gt;&lt;li&gt;Quels sont les liens entre les sociétés qui se sont succédées à la  tête du bien&amp;nbsp;; les divers noms réapparaissant tantôt dans l'une, tantôt  dans l'autre sont-ils autant de coïncidences fortuites&amp;nbsp;?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;b&gt;Depuis l'année 2005 l'ensemble (càd le terrain vague)  appartient au groupe  néerlandais  ProWinko. Et le projet connait un  nouvel avatar, rebaptisé «&amp;nbsp;entre-deux-portes&amp;nbsp;», pour lequel d'anciens  acteurs (l'architek, motamment) sont à nouveau en lice...&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;&lt;br /&gt;&lt;/b&gt;&lt;i&gt;&lt;b&gt;«&amp;nbsp;Heron City&amp;nbsp;»&lt;/b&gt;. Contraction  de Henri Ronson ; père fondateur de cette multinationale dont l'objet  est l'implantation de méga-cités de loisirs - genre de Bruparc à la  sauce Disneyland -, complexes de cinema, salles de sports-détente,  galeries avec commerces et fast-food... Une première réalisation a vu le  jour en 2000 à Madrid.&lt;br /&gt;Les opinions les moins critiques à l'égard de  ce type d'ensembles s'accordent pour les préférer en périphérie des  villes, plutôt qu'au cœur même de quartiers subissant déjà un charroi  important. Deux versions successives du projet «&amp;nbsp;Toison d'Or&amp;nbsp;» ont été  écartées en concertation publique à Ixelles, parce que sur-dimensionnées  et faisant peser la menace de lourdes nuisances sur le quartier (dues  au chantier autant qu'à l'exploitation). La levée de bouclier fut telle  que le Bourgemestre sortant, DJDA, est resté seul à défendre, becs et  ongles et contre toute logique (hormis celle qui concerne sa carrière et  ses  avoirs, peut-être) ce projet aux relents de Mc Donaldisation et de  culture aseptisée.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tandis que ces messieurs mijotent leur coup fumant, dans l'îlot la  vie continue. Bien avant qu'une poignée de squatteurs viennent troubler  la bonne marche des affaires, les habitants et commerçants sont peu  inquiétés des divers changement de propriétaire. Certains baux sont  reconduits, d'autres contractés à titre précaire (loyer minime contre  moindre responsabilité du proprio, et lui épargnant la taxe sur les  immeubles vides). Des petits malins mettent à profit ces baux précaires,  «&amp;nbsp;locataires principaux&amp;nbsp;» s'assurant des rentes juteuses en sous-louant  des chambres d'étudiants aux prix du marché. Par ailleurs, un homme à  tout faire,&amp;nbsp;plombier de son état, est chargé de la maintenance technique  et reçoit en prêt une maison située dans le centre de l'îlot, en  arrière cour de l'immeuble qui abrite les bureaux de Credicom-Todor (et,  depuis 1999, Foxside). En fait de concierge, en dehors du maintien en  état locatif des parties louées, le bonhomme (que les habitants avaient  surnommé Ratman)) désosse systématiquement ce qu'il peut de l'intérieur  des immeubles vides: les équipements de bureau restant, radiateurs,  sanitaires, plomberie et cuivres, manteaux de cheminée, et jusqu'aux  portes et ventaux de certaines maisons (13 à 21, Chevaliers&amp;nbsp;; 67,  Stassart et d'autres). Le tout revendu à son bénéfice exclusif, pour  gages de ses bons services. «&amp;nbsp;Gardiennage&amp;nbsp;», joignant l'utile à  l'agréable&amp;nbsp;: le travail de démolition est entamé en douce, le  déclassement des bâtiments est ainsi rendu irréversible. (&lt;b&gt;bruxellisation !&lt;/b&gt;  Pour rappel le terme désigne les moyens mis  en œuvre  - bris de vitres  et du toit, fuites d'eau malencontreuses, incendies circonscrits etc -  pour accélérer les effets «&amp;nbsp; naturels&amp;nbsp;» de pourrissement des bâtiments.) &lt;br /&gt;C'est dans ce contexte qu'interviennent une poignée d'étudiants,  chômeurs et employés à faibles revenus, premiers grains de sable dans la  mécanique. Sont d'abord récupérés, au début de l'été 2000, les 10, 12  et 14 rue des Drapiers, comme lieux de vie et pour y exercer un certain  nombre d'activités culturelles. Dès le début, les nouveaux arrivants ont  alerté l'opinion sur le projet spéculatif (campagnes d'info et  pétitions dont les remous ont très probablement contribué au  renversement de majorité à Ixelles lors des élections communales de  l'automne 2000&amp;nbsp;; &lt;i&gt;voir&lt;b&gt; *&lt;/b&gt; plus bas&lt;/i&gt;).&lt;br /&gt;En  octobre, un collectif constitué de jeunes issus de milieux divers,  artistes plasticiens, musiciens, de cirque et de théâtre, étudiants,  s'installe au 11 rue des chevaliers. C'est la maison la plus grande,  soustraite in extremis au plombier liquidateur, les couloirs menant au  bâtiment voisin (en chantier de démolition) ayant été barricadés au  cours d'une réappropriation festive.&lt;br /&gt;Tous ces occupants ont en commun de faibles ressources matérielles,  et  la nécessité de disposer d'un lieu d'habitation et de locaux pour y  exercer leurs disciplines.&lt;br /&gt;Le 14, rue des Drapiers accueille ainsi  des conférences-débats organisés par un cercle de l'ULB, des réunion de  travail d'associations et une table d'hôtes.&lt;br /&gt;Les 10 et 12 abritent des ateliers de dessin, coiffure, artisanat.&lt;br /&gt;Le  11, chevaliers comprend, en plus d'ateliers d'arts plastiques, de  locaux de répétition - musique - danse - théâtre, une salle de spectacle  polyvalente et au sous-sol un café-concert où se sont déroulés bien des  événements culturels marquants (expos, cabaret-théâtre, concerts,  conférences etc.)&lt;br /&gt;Face au groupe Heron et avec l'appui de certains membres du conseil  communal, la revendication  est posée de pouvoir disposer  des lieux  jusqu'au jour où une nouvelle affectation leur sera attribuée.&lt;br /&gt;Le  gérant Jones Lang Lasalle fait la sourde oreille et assigne en  justice  de paix tous les habitants et commerçants, aux fins de les expulser. En  dépit du rejet en concertation publique du premier projet (mai 2000) et  de son clone cosmétique (octobre 2000), les différentes instances -  justice de paix et tribunal des référés - donnent raison au groupe et  prononcent des ordres de déguerpissement avec préavis d'un mois dans le  meilleur des cas. Les hostilités sont allées jusqu'à une expulsion (au  12, rue des drapiers), commandée par huissier, exécutée par un bataillon  de robocops et... avortée dans l'heure sur ordre du juge des référés,  pour vice de procédure. Celui-ci confirmait néanmoins, quinze jours plus  tard, les avis de la juge de paix.&lt;br /&gt;La bataille semble perdue au plan  juridique. Peu de politiques et de magistrats à l'époque (encore moins  aujourd'hui) s'engagent pour entériner une situation qui écorne le droit  de la propriété privée en faveur du droit au logement. Fait  significatif , les pratiques d'usure bénéficient de la complaisance de  la juge de paix, alors qu'elle malmène sévèrement les fauteurs de  trouble&amp;nbsp;: les locataires principaux cités plus haut ont obtenu des  délais supplémentaires pour vider les lieux. Malgré des textes de loi -  jamais appliqués - et une jurisprudence - parcimonieuse - qui sont  autant d'outils théoriques pour le droit au logement et contre la  spéculation immobilière, celle-ci tient le haut du pavé...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En apparence, la donne a changé à l'installation de la nouvelle  majorité communale à Ixelles. Manifestement les nouveaux édiles ont pris  très à cœur la situation, s'émouvant entre autres des brutalités qui  ont accompagné la première expulsion. Dans leurs  discours inauguraux,  plusieurs élus ont rappelé leurs chevaux de bataille électoraux portant  sur le droit au logement et la lutte contre les chancres urbains.&lt;i&gt; (&lt;b&gt;* &lt;/b&gt;cela expliquant ceci...)&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dès sa mise en place, l'échevin de l'urbanisme a entrepris des  démarches auprès du groupe financier. Moyennant l'arrêt des expulsions  et la réintégration d'occupants dans les commerces et habitations déjà  vidés, la commune se dit prête à reconsidérer le projet et propose de se  porter garante pour les loyers, l'entretien et la sécurité des lieux.&lt;br /&gt;En  réponse, le promoteur adoucit son comportement, mais tient un double  langage. Devant les délégués de la commune, il prétend mener des  négociations (tout en exigeant un seul interlocuteur et responsable pour  l'ensemble des maisons occupées, ce qui apparaît irréaliste). Attitude  de conciliation démentie par un refus de tout dialogue avec les avocats  des squatteurs. Jouant ses cartes légales, il fait signifier des préavis  d'expulsion auxquelles ceux-ci parent tant bien que mal. Détail  croustillant, les locataires principaux et commerçants ont d'ores et  déjà été reconduits, contrat en main (entre gens de bien, on peut  s'entendre...)&lt;br /&gt;A la mi-juin, le squat de la rue des Chevaliers résistait à une  expulsion de manière festive et non-violente. A quelques exceptions près  sans doute, et pour des raisons pratiques, les huissiers ne font pas  mystère du jour de leur intervention. Cela a permis de rassembler du  monde et d'accueillir les officiels, le serrurier et les déménageurs, en  fanfare et sous une pluie de confetti. Comme l'organisation du siège  avait bénéficié des renforts et de l'expérience d'anciens du centre  social de la porte de Hal et autres militants, la maison fut vite  déclarée «&amp;nbsp;imprenable sans violence&amp;nbsp;» par le Bourgmestre qui s'était  déplacé en personne.&lt;br /&gt;30 juillet, l'aventure prend des allures de cauchemar. On a peut-être  échappé à l'hécatombe&amp;nbsp;: par un heureux concours de circonstances, seuls  quatre habitants étaient présents cette nuit-là. Ils se sont réveillés  au milieu des gaz et des flammes d'un incendie d'une rare violence (dont  l'origine criminelle est établie le jour même). Un de nos compagnons  est mort pour avoir sauté de sa chambre en feu, un autre est grièvement  atteint d'asphyxie et de brûlures.&lt;br /&gt;Les mesures de rétablissement de l'ordre n'ont pas traîné. Sur les  cendres encore chaudes, un trio de cols blancs faisait le tour de la  propriété. Répondant à des mesures de sécurité exigées par les autorités  communales (voire les anticipant), le courtier et gestionnaire Jones  Lang Lassalle ne s'est pas fait prier pour barrer tous les accès aux  maisons vides&amp;nbsp;; dès le lendemain de l'incendie un bataillon d'ouvriers  se mettait à l'ouvrage. Dans la foulée, le squat de la rue de Stassart,  qui accueillait depuis trois jours une partie des sinistrés de l`îlot  soleil, a été fermé de manière expéditive.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La consternation a fait place à une tristesse appesantie de rage  impuissante. D'autant plus que toutes sortes de rumeurs ont circulé,  colportées par une presse avide de sensationnel. On a pu lire des  articles avançant des conclusions hâtives sur les responsabilités, ou  des détails sordides sur le drame, exagérés ou inventés de toute pièce.  Le troisième jour, le Morgen déclarait que «&amp;nbsp;les enquêteurs ont déjà  abandonné la piste du propriétaire comme suspect pour l'acte pyromane&amp;nbsp;».  Même si la PJ a immédiatement démenti, au "pays des affaires non  élucidées" une telle assertion a de quoi faire grincer des dents&amp;nbsp;:  quelques années après, celle-ci arrive à la même conclusion ; l'enquête  dans un cul-de-sac, l'affaire est classée sans suite.&lt;br /&gt;Un détail qui  nous est resté à tous en travers de la gorge : il est apparu que, aux  petites heures, des voisins avaient vu le foyer naissant, mais se sont  bornés a appeler les pompiers, sans donner l'alarme...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi, l'espoir d'infléchir la jurisprudence en faveur du droit  d'occuper des immeubles à l'abandon prend un méchant coup dans l'aile.&lt;br /&gt;Au sujet de l'acte criminel, il n'y aurait pas à s'interroger bien  loin sur les mobiles possibles. Intimidation? Certains d'entre nous  connaissent trop le procédé : bon nombre de squats (à Lille, Genève,  Dijon etc.) ont subi des assauts du genre.  Même si une folie d'un  déséquilibré n'est pas à exclure, même si y voir la riposte du groupe  immobilier semble défier le bon sens tant la ficelle est grosse, trop  d'intérêts convergents sont en jeu pour croire au fair-play venant de  ses gros bonnets. Ouvrir les immeubles vides à la location, même à titre  précaire, constitue un risque évident de voir freiner la pression à la  hausse sur les loyers.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Durant la décennie qui a suivi s'est affirmée une répression de plus  en plus musclée du mouvement squat, du moins celui qui se donne pignon  sur rue en revendiquant son droit de manière ostensible.&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4548877961369105280-6088532724691789771?l=targetezine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://targetezine.blogspot.com/feeds/6088532724691789771/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4548877961369105280&amp;postID=6088532724691789771&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4548877961369105280/posts/default/6088532724691789771'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4548877961369105280/posts/default/6088532724691789771'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://targetezine.blogspot.com/2011/11/squats-dhier-squats-daujourdhui.html' title='[Squats d&apos;hier, squats d&apos;aujourd&apos;hui]'/><author><name>X8X</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='22' height='32' src='http://4.bp.blogspot.com/-dWeIxybNlyQ/TZ5u76ew15I/AAAAAAAAATg/LnYJkidY-J8/s220/BigBrother1984_sml.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4548877961369105280.post-2413383258899982976</id><published>2011-10-10T17:01:00.000-07:00</published><updated>2011-11-02T04:56:30.349-07:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Archive'/><title type='text'>[Pourquoi le socialisme?]</title><content type='html'>&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;par &lt;b&gt;Albert Einstein&lt;/b&gt;, publié par le &lt;/span&gt;&lt;span class="st"&gt;&lt;b&gt;&lt;a href="http://monthlyreview.org/"&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;Monthly Review&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/b&gt; &lt;/span&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;en mai 1949 &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Est-il convenable qu’un homme qui n’est pas versé dans les questions économiques et sociales exprime des opinions au sujet du socialisme? Pour de multiples raisons je crois que oui.&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Considérons d’abord la question au point de vue de la connaissance scientifique. Il pourrait paraître qu’il n’y ait pas de différences méthodologiques essentielles entre l’astronomie, par exemple, et l’économie : les savants dans les deux domaines essaient de découvrir les lois généralement acceptables d’un groupe déterminé de phénomènes, afin de rendre intelligibles, d’une manière aussi claire que possible, les relations réciproques existant entre eux. Mais en réalité de telles différences existent. La découverte de lois générales en économie est rendue difficile par la circonstance que les phénomènes économiques observés sont souvent influencés par beaucoup de facteurs qu’il est très difficile d’évaluer séparément. En outre, l’expérience accumulée depuis le commencement de la période de l’histoire humaine soi-disant civilisée a été — comme on le sait bien — largement influencée et délimitée par des causes qui n’ont nullement un caractère exclusivement économique. Par exemple, la plupart des grands États dans l’histoire doivent leur existence aux conquêtes. Les peuples conquérants se sont établis, légalement et économiquement, comme classe privilégiée du pays conquis. Ils se sont attribués le monopole de la terre et ont créé un corps de prêtres choisis dans leur propre rang. Les prêtres, qui contrôlèrent l’éducation, érigèrent la division de la société en classes en une institution permanente et créèrent un système de valeurs par lequel le peuple fut dès lors, en grande partie inconsciemment, guidé dans son comportement social.&lt;br /&gt;&lt;span class="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;Mais la tradition historique date pour ainsi dire d’hier ; nulle part nous n’avons dépassé ce que Thorstein Veblen appelait "la phase de rapine" du développement humain. Les faits économiques qu’on peut observer appartiennent à cette phase et les lois que nous pouvons en déduire ne sont pas applicables à d’autres phases. Puisque le but réel du socialisme est de dépasser la phase de rapine du développement humain et d’aller en avant, la science économique dans son état actuel peut projeter peu de lumière sur la société socialiste de l’avenir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En second lieu, le socialisme est orienté vers un but éthico-social. Mais la science ne peut pas créer des buts, encore moins peut-elle les faire pénétrer dans les êtres humains ; la science peut tout au plus fournir les moyens par lesquels certains buts peuvent être atteints. Mais les buts mêmes sont conçus par des personnalités animées d’un idéal moral élevé et — si ces buts ne sont pas mort-nés, mais vivants et vigoureux — sont adoptés et portés en avant par ces innombrables êtres humains qui, à demi inconscients, déterminent la lente évolution de la société.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour ces raisons nous devrions prendre garde de ne pas surestimer la science et les méthodes scientifiques quand il s’agit de problèmes humains ; et nous ne devrions pas admettre que les spécialistes soient les seuls qui aient le droit de s’exprimer sur des questions qui touchent à l’organisation de la société.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;D’innombrables voix ont affirmé, il n’y a pas longtemps, que la société humaine traverse une crise, que sa stabilité a été gravement troublée. Il est caractéristique d’une telle situation que des individus manifestent de l’indifférence ou, même, prennent une attitude hostile à l’égard du groupe, petit ou grand, auquel ils appartiennent. Pour illustrer mon opinion je veux évoquer ici une expérience personnelle. J’ai récemment discuté avec un homme intelligent et d’un bon naturel sur la menace d’une autre guerre, qui, à mon avis, mettrait sérieusement en danger l’existence de l’humanité, et je faisais remarquer que seule une organisation supranationale offrirait une protection contre ce danger. Là-dessus mon visiteur me dit tranquillement et froidement : "Pourquoi êtes-vous si sérieusement opposé à la disparition de la race humaine ?"&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je suis sûr que, il y a un siècle, personne n’aurait si légèrement fait une affirmation de ce genre. C’est l’affirmation d’un homme qui a vainement fait des efforts pour établir un équilibre dans son intérieur et qui a plus ou moins perdu l’espoir de réussir. C’est l’expression d’une solitude et d’un isolement pénibles dont tant de gens souffrent de nos jours. Quelle en est la cause ? Y a-t-il un moyen d’en sortir ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il est facile de soulever des questions pareilles, mais il est difficile d’y répondre avec tant soit peu de certitude. Je vais néanmoins essayer de le faire dans la mesure de mes forces, bien que je me rende parfaitement compte que nos sentiments et nos tendances sont souvent contradictoires et obscurs et qu’ils ne peuvent pas être exprimés dans des formules aisées et simples.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’homme est en même temps un être solitaire et un être social. Comme être solitaire il s’efforce de protéger sa propre existence et celle des êtres qui lui sont le plus proches, de satisfaire ses désirs personnels et de développer ses facultés innées. Comme être social il cherche à gagner l’approbation et l’affection de ses semblables, de partager leurs plaisirs, de les consoler dans leurs tristesses et d’améliorer leurs conditions de vie. C’est seulement l’existence de ces tendances variées, souvent contradictoires, qui explique le caractère particulier d’un homme, et leur combinaison spécifique détermine dans quelle mesure un individu peut établir son équilibre intérieur et contribuer au bien-être de la société. Il est fort possible que la force relative de ces deux tendances soit, dans son fond, fixée par l’hérédité. Mais la personnalité qui finalement apparaît est largement formée par le milieu où elle se trouve par hasard pendant son développement, par la structure de la société dans laquelle elle grandit, par la tradition de cette société et son appréciation de certains genres de comportement. Le concept abstrait de "société" signifie pour l’individu humain la somme totale de ses relations, directes et indirectes, avec ses contemporains et les générations passées. Il est capable de penser, de sentir, de lutter et de travailler par lui-même, mais il dépend tellement de la société — dans son existence physique, intellectuelle et émotionnelle — qu’il est impossible de penser à lui ou de le comprendre en dehors du cadre de la société. C’est la "société" qui fournit à l’homme la nourriture, les vêtements, l’habitation, les instruments de travail, le langage, les formes de la pensée et la plus grande partie du contenu de la pensée ; sa vie est rendue possible par le labeur et les talents de millions d’individus du passé et du présent, qui se cachent sous ce petit mot de "société".&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il est, par conséquent, évident que la dépendance de l’individu de la société est un fait naturel qui ne peut pas être supprimé — exactement comme dans le cas des fourmis et des abeilles. Cependant, tandis que tout le processus de la vie des fourmis et des abeilles est fixé, jusque dans ses infimes détails, par des instincts héréditaires rigides, le modèle social et les relations réciproques entre les êtres humains sont très variables et susceptibles de changement. La mémoire, la capacité de faire de nouvelles combinaisons, le don de communication orale ont rendu possibles des développements parmi les êtres humains qui ne sont pas dictés par des nécessités biologiques. De tels développements se manifestent dans les traditions, dans les institutions, dans les organisations, dans la littérature, dans la science, dans les réalisations de l’ingénieur et dans les œuvres d’art. Ceci explique comment il arrive que l’homme peut, dans un certain sens, influencer sa vie par sa propre conduite et comment, dans ce processus, la pensée et le désir conscients peuvent jouer un rôle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’homme possède à sa naissance, par hérédité, une constitution biologique que nous devons considérer comme fixe et immuable, y compris les impulsions naturelles qui caractérisent l’espèce humaine. De plus, pendant sa vie il acquiert une constitution culturelle qu’il reçoit de la société par la communication et par beaucoup d’autres moyens d’influence. C’est cette constitution culturelle qui, dans le cours du temps, est sujette au changement et qui détermine, à un très haut degré, les rapports entre l’individu et la société. L’anthropologie moderne nous a appris, par l’investigation des soi-disant cultures primitives, que le comportement social des êtres humains peut présenter de grandes différences, étant donné qu’il dépend des modèles de culture dominants et des types d’organisation qui prédominent dans la société. C’est là-dessus que doivent fonder leurs espérances tous ceux qui s’efforcent d’améliorer le sort de l’homme : les êtres humains ne sont pas, par suite de leur constitution biologique, condamnés à se détruire mutuellement ou à être à la merci d’un sort cruel qu’ils s’infligent eux-mêmes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si nous nous demandons comment la structure de la société et l’attitude culturelle de l’homme devraient être changées pour rendre la vie humaine aussi satisfaisante que possible, nous devons constamment tenir compte du fait qu’il y a certaines conditions que nous ne sommes pas capables de modifier. Comme nous l’avons déjà mentionné plus haut, la nature biologique de l’homme n’est point, pour tous les buts pratiques, sujette au changement. De plus, les développements technologiques et démographiques de ces derniers siècles ont créé des conditions qui doivent continuer. Chez des populations relativement denses, qui possèdent les biens indispensables à leur existence, une extrême division du travail et une organisation de production très centralisée sont absolument nécessaires. Le temps, qui, vu de loin, paraît si idyllique, a pour toujours disparu où des individus ou des groupes relativement petits pouvaient se suffire complètement à eux-mêmes. On n’exagère pas beaucoup en disant que l’humanité constitue à présent une communauté planétaire de production et de consommation.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je suis maintenant arrivé au point où je peux indiquer brièvement ce qui constitue pour moi l’essence de la crise de notre temps. Il s’agit du rapport entre l’individu et la société. L’individu est devenu plus conscient que jamais de sa dépendance de la société. Mais il n’éprouve pas cette dépendance comme un bien positif, comme une attache organique, comme une force protectrice, mais plutôt comme une menace pour ses droits naturels, ou même pour son existence économique. En outre, sa position sociale est telle que les tendances égoïstes de son être sont constamment mises en avant, tandis que ses tendances sociales qui, par nature, sont plus faibles, se dégradent progressivement. Tous les êtres humains, quelle que soit leur position sociale, souffrent de ce processus de dégradation. Prisonniers sans le savoir de leur propre égoïsme, ils se sentent en état d’insécurité, isolés et privés de la naïve, simple et pure joie de vivre. L’homme ne peut trouver de sens à la vie, qui est brève et périlleuse, qu’en se dévouant à la société.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’anarchie économique de la société capitaliste, telle qu’elle existe aujourd’hui, est, à mon avis, la source réelle du mal. Nous voyons devant nous une immense société de producteurs dont les membres cherchent sans cesse à se priver mutuellement du fruit de leur travail collectif — non pas par la force, mais, en somme, conformément aux règles légalement établies. Sous ce rapport, il est important de se rendre compte que les moyens de la production — c’est-à-dire toute la capacité productive nécessaire pour produire les biens de consommation ainsi que, par surcroît, les biens en capital — pourraient légalement être, et sont même pour la plus grande part, la propriété privée de certains individus.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour des raisons de simplicité je veux, dans la discussion qui va suivre, appeler "ouvriers" tous ceux qui n’ont point part à la possession des moyens de production, bien que cela ne corresponde pas tout à fait à l’emploi ordinaire du terme. Le possesseur des moyens de production est en état d’acheter la capacité de travail de l’ouvrier. En se servant des moyens de production, l’ouvrier produit de nouveaux biens qui deviennent la propriété du capitaliste. Le point essentiel dans ce processus est le rapport entre ce que l’ouvrier produit et ce qu’il reçoit comme salaire, les deux choses étant évaluées en termes de valeur réelle. Dans la mesure où le contrat de travail est "libre", ce que l’ouvrier reçoit est déterminé, non pas par la valeur réelle des biens qu’il produit, mais par le minimum de ses besoins et par le rapport entre le nombre d’ouvriers dont le capitaliste a besoin et le nombre d’ouvriers qui sont à la recherche d’un emploi. Il faut comprendre que même en théorie le salaire de l’ouvrier n’est pas déterminé par la valeur de son produit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le capital privé tend à se concentrer en peu de mains, en partie à cause de la compétition entre les capitalistes, en partie parce que le développement technologique et la division croissante du travail encouragent la formation de plus grandes unités de production aux dépens des plus petites. Le résultat de ces développements est une oligarchie de capitalistes dont la formidable puissance ne peut effectivement être refrénée, pas même par une société qui a une organisation politique démocratique. Ceci est vrai, puisque les membres du corps législatif sont choisis par des partis politiques largement financés ou autrement influencés par les capitalistes privés qui, pour tous les buts pratiques, séparent le corps électoral de la législature. La conséquence en est que, dans le fait, les représentants du peuple ne protègent pas suffisamment les intérêts des moins Privilégiés. De plus, dans les conditions actuelles, les capitalistes contrôlent inévitablement, d’une manière directe ou indirecte, les principales sources d’information (presse, radio, éducation). Il est ainsi extrêmement difficile pour le citoyen, et dans la plupart des cas tout à fait impossible, d’arriver à des conclusions objectives et de faire un usage intelligent de ses droits politiques.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La situation dominante dans une économie basée sur la propriété privée du capital est ainsi caractérisée par deux principes importants: premièrement, les moyens de production (le capital) sont en possession privée et les possesseurs en disposent comme ils le jugent convenable ; secondement, le contrat de travail est libre. Bien entendu, une société capitaliste pure dans ce sens n’existe pas. Il convient de noter en particulier que les ouvriers, après de longues et âpres luttes politiques, ont réussi à obtenir pour certaines catégories d’entre eux une meilleure forme de "contrat de travail libre". Mais, prise dans son ensemble, l’économie d’aujourd’hui ne diffère pas beaucoup du capitalisme "pur".&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La production est faite en vue du profit et non pour l’utilité. Il n’y a pas moyen de prévoir que tous ceux qui sont capables et désireux de travailler pourront toujours trouver un emploi ; une "armée" de chômeurs existe déjà. L’ouvrier est constamment dans la crainte de perdre son emploi. Et puisque les chômeurs et les ouvriers mal payés sont de faibles consommateurs, la production des biens de consommation est restreinte et a pour conséquence de grands inconvénients. Le progrès technologique a souvent pour résultat un accroissement du nombre des chômeurs plutôt qu’un allégement du travail pénible pour tous. L’aiguillon du profit en conjonction avec la compétition entre les capitalistes est responsable de l’instabilité dans l’accumulation et l’utilisation du capital, qui amène des dépressions économiques de plus en plus graves. La compétition illimitée conduit à un gaspillage considérable de travail et à la mutilation de la conscience sociale des individus dont j’ai fait mention plus haut.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je considère cette mutilation des individus comme le pire mal du capitalisme. Tout notre système d’éducation souffre de ce mal. Une attitude de compétition exagérée est inculquée à l’étudiant, qui est dressé à idolâtrer le succès de l’acquisition comme une préparation à sa carrière future.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je suis convaincu qu’il n’y a qu’un seul moyen d’éliminer ces maux graves, à savoir, l’établissement d’une économie socialiste, accompagnée d’un système d’éducation orienté vers des buts sociaux. Dans une telle économie, les moyens de production appartiendraient à la société elle-même et seraient utilisés d’un façon planifiée. Une économie planifiée, qui adapte la production aux besoins de la société, distribuerait le travail à faire entre tous ceux qui sont capables de travailler et garantirait les moyens d’existence à chaque homme, à chaque femme, à chaque enfant. L’éducation de l’individu devrait favoriser le développement de ses facultés innées et lui inculquer le sens de la responsabilité envers ses semblables, au lieu de la glorification du pouvoir et du succès, comme cela se fait dans la société actuelle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il est cependant nécessaire de rappeler qu’une économie planifiée n’est pas encore le socialisme. Une telle économie pourrait être accompagnée d’un complet asservissement de l’individu. La réalisation du socialisme exige la solution de quelques problèmes socio-politiques extrêmement difficiles : comment serait-il possible, en face d’une centralisation extrême du pouvoir politique et économique, d’empêcher la bureaucratie de devenir toute-puissante et présomptueuse ? Comment pourrait-on protéger les droits de l’individu et assurer un contrepoids démocratique au pouvoir de la bureaucratie ?&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="fullpost"&gt;&lt;b&gt;A.Einstein.&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4548877961369105280-2413383258899982976?l=targetezine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://targetezine.blogspot.com/feeds/2413383258899982976/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4548877961369105280&amp;postID=2413383258899982976&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4548877961369105280/posts/default/2413383258899982976'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4548877961369105280/posts/default/2413383258899982976'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://targetezine.blogspot.com/2011/10/pourquoi-le-socialisme.html' title='[Pourquoi le socialisme?]'/><author><name>X8X</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='22' height='32' src='http://4.bp.blogspot.com/-dWeIxybNlyQ/TZ5u76ew15I/AAAAAAAAATg/LnYJkidY-J8/s220/BigBrother1984_sml.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4548877961369105280.post-8984821428028753597</id><published>2011-08-27T09:09:00.000-07:00</published><updated>2011-08-27T09:09:56.018-07:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Contr&apos;info'/><title type='text'>[Qui peut sauver la Libye de ses sauveurs occidentaux ? Pas la gauche française]</title><content type='html'>&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;par&lt;b&gt; Jean Bricmont et Diana Johnstone&lt;/b&gt;, publié par &lt;b&gt;&lt;a href="http://www.legrandsoir.info/qui-peut-sauver-la-libye-de-ses-sauveurs-occidentaux-pas-la-gauche-francaise.html"&gt;Le Grand Soir&lt;/a&gt; &lt;/b&gt;le 21 aout 2011&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;En mars, une coalition de puissances occidentales et d’autocraties arabes se sont unies pour soutenir ce qui était présenté comme une sorte de petite opération militaire pour « protéger les civils libyens ».&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le 17 mars, le conseil de sécurité de l’ONU a adopté la résolution 1973 qui donnait à cette « coalition de volontaires » un peu particulière le feu vert pour commencer leur petite guerre, en contrôlant d’abord l’espace aérien libyen, ce qui permit ensuite de bombarder ce que l’OTAN a choisi de bombarder. Les dirigeants de la coalition espéraient manifestement que les citoyens libyens reconnaissants sauteraient sur l’occasion fournie par cette « protection » vigoureuse pour renverser Mouammar Kadhafi qui, prétendait-on, voulait « tuer son propre peuple ». En se basant sur l‘idée que la Libye était divisée de façon nette entre « le peuple » d’un côté et « le mauvais dictateur » de l’autre, on s’attendait à ce que ce renversement se produise en quelques jours. Aux yeux des occidentaux, Kadhafi était un dictateur pire que Ben Ali en Tunisie ou Moubarak en Égypte qui étaient tombés sans intervention de l’OTAN et donc Kadhafi aurait dû tomber beaucoup plus vite.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cinq mois plus tard, il est devenu évident que toutes les suppositions sur lesquels cette guerre se fondait étaient plus ou moins fausses. Les organisations de défense des droits de l’homme ne sont pas arrivées à trouver des preuves des « crimes contre l’humanité » soi-disant commis par Kadhafi contre « son propre peuple ». La reconnaissance du Conseil National de Transition (CNT) comme « seul représentant légitime du peuple libyen » par les gouvernements occidentaux, qui était pour le moins prématurée, est devenue grotesque. L’OTAN s’est engagée dans une guerre civile, tout en l’exacerbant, et sans la faire sortir de l’impasse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais aussi absurde et dénuée de justification que cette guerre puisse être, elle continue. Et qu’est ce qui peut l’arrêter ?&lt;br /&gt;&lt;span class="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;Un des meilleurs livres à lire cet été était l’excellent nouvel ouvrage d’Adam Hochschild To End All Wars, sur la première guerre mondiale et les mouvements pacifistes de cette époque. Il y a beaucoup de leçons d’actualité que l’on peut trouver dans ce livre, mais la plus pertinente est sans doute le fait que, une fois qu’une guerre est commencée, il est très difficile de l’arrêter.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les hommes qui ont commencé la première guerre mondiale pensaient aussi qu’elle serait courte. Mais même lorsque des millions de gens furent pris dans la tourmente meurtrière et que le caractère absurde de toute l’entreprise devint clair comme de l’eau de roche, la guerre a continué pendant quatre tragiques années. La guerre elle-même engendre la haine et une volonté de revanche. Une fois qu’une grande puissance commence une guerre, elle « doit » la gagner, quelque en soit le coût - pour elle-même mais surtout pour les autres.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jusqu’à présent, le coût de la guerre contre la Libye pour les agresseurs de l’OTAN est purement financier, et cela est compensé par l’espoir d’un pillage du pays, lorsqu’il sera « libéré » et qu’il payera pour rembourser ceux qui l’ont bombardé. Ce n’est que le peuple libyen qui perd des vies ainsi que son infrastructure.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pendant la première guerre mondiale, il existait un courageux mouvement d’opposition à la guerre qui a affronté l’hystérie et le chauvinisme de cette période et qui plaidait en faveur de la paix. Ses membres risquaient des attaques physiques ainsi que la prison. La façon dont Hochschild raconte la lutte pour la paix de ces hommes et de ces femmes en Grande-Bretagne devrait servir d’inspiration - mais pour qui ? Les risques impliqués par l’opposition à la guerre en Libye sont minimaux en comparaison de ce qu’ils étaient lors de la guerre de 1914 - 1918. Mais pour le moment, une opposition active est à peine visible.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ceci est particulièrement vrai en France, pays dont le président Nicolas Sarkozy a pris l’initiative de commencer cette guerre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les témoignages s’accumulent de la mort de civils libyens, y compris d’enfants, causée par les bombardements de l’OTAN (voir par exemple la vidéo http://www.youtube.com/watch?v=vtS2qJeeXUA ). Ces bombardements visent l’infrastructure civile, afin de priver la majorité de la population qui vit dans la partie du pays loyale à Kadhafi des biens de première nécessité, de la nourriture et de l’eau, afin de pousser le peuple à renverser Kadhafi. La guerre pour « protéger les civils » est déjà devenue une guerre pour les terroriser et les tourmenter de façon à ce que le CNT soutenu par l’OTAN puisse prendre le pouvoir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette petite guerre en Libye montre que l’OTAN est à la fois criminel et incompétent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Mais elle montre également que les organisations de gauche dans les pays de l’OTAN sont totalement inutiles.&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il n’y a probablement jamais une guerre à laquelle il était plus facile de s’opposer. Mais la gauche en Europe ne s’y oppose pas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y a trois mois, quand l’hystérie médiatique à propos de la Libye fut lancée par la télévision du Qatar Al-Jazeera, la gauche n’a pas hésité à prendre position. Quelques dizaines d’organisations de gauche françaises et nord-africaines ont signé un appel pour « une marche de solidarité avec le peuple libyen » à Paris le 26 mars (http://menilmontant.typepad.fr/7avous/2011/03/solidarite-ave...). En montrant leur absence totale de cohérence, ces organisations ont simultanément exigé, d’une part, « la reconnaissance du CNT, seul représentant légitime du peuple libyen », et d’autre part « la protection des résidents étrangers et des migrants » qui, en réalité, devaient précisément être protégés des rebelles représentés par ce conseil. Tout en soutenant implicitement des opérations militaires d’aide au CNT, ces groupes appelaient aussi à la « vigilance » à propos de « la duplicité des gouvernements occidentaux et de la ligue Arabe » ainsi que d’une « escalade » possible des opérations militaires.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les organisations qui signaient cet appel incluaient des groupes d’oppositions en exil libyen, syrien, tunisien, marocain et algérien, ainsi que les Verts français, le NPA, le parti communiste français, le parti de gauche, le mouvement antiraciste MRAP, le parti des Indigènes de la République et ATTAC. Ces groupes représentent pratiquement tout ce qu’il y a d’organisé à la gauche du parti socialiste – qui, de son côté, (à l’exception d’Emmanueli) soutenait la guerre sans même faire appel à la « vigilance ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alors que le nombre des victimes civiles des bombardements de l’OTAN augmente, il n’y a aucun manifestation de la vigilance promise « à propos de l’escalade de la guerre » qui sortirait du cadre des résolutions du conseil de sécurité de l’ONU.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les militants qui, en mars, insistaient pour dire que « nous devons faire quelque chose » pour arrêter un massacre hypothétique ne font rien aujourd’hui pour arrêter un massacre qui n’est pas hypothétique mais bien réel et visible, et perpétré justement par ceux qui « ont fait quelque chose ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’erreur fondamentale de ceux qui, à gauche, disent « nous devons faire quelque chose » réside dans l’ambigüité du mot « nous ». S’ils veulent dire « nous » littéralement, alors la seule chose qu’ils pourraient faire serait de mettre sur pied des sortes de brigades internationales pour combattre avec les rebelles. Mais bien sûr, malgré les grandes déclarations selon lesquelles « nous » devons « tout » faire pour soutenir le « peuple libyen », cette possibilité n’a jamais été sérieusement envisagée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Donc le « nous » signifie en pratique les puissances occidentales, l’OTAN et, avant tout, les États-Unis, qui sont les seuls à posséder les « capacités uniques » nécessaires pour mener une telle guerre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les gens qui crient « nous devons faire quelque chose » mélangent en général deux sortes d’exigences : l’une dont ils peuvent s’attendre de façon réaliste à ce qu’elles soient acceptée par les puissances occidentales - soutien aux rebelles, reconnaissance du CNT comme seul représentant légitime du peuple libyen - et une autre dont ils ne peuvent absolument pas s’attendre de façon réaliste à ce que les grandes puissances les acceptent, et qu’ils sont eux-mêmes totalement incapables de mettre en oeuvre : limiter les bombardements à des cibles militaires et à la protection des civils, et rester scrupuleusement dans le cadre des résolutions de l’ONU.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ces deux types d’exigences se contredisent l’une l’autre. Dans une guerre civile, aucune des deux parties n’est principalement préoccupée par les subtilités des résolutions de l’ONU ou par la protection des civils. Chaque partie veut tout simplement gagner et la volonté de revanche mène souvent à des atrocités. Si l’on « soutient » les rebelles, on leur donne en pratique un chèque en blanc pour faire ce qu’ils jugent nécessaire afin de gagner.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais on donne également un chèque en blanc aux alliés occidentaux et à l’OTAN, qui sont peut-être moins avides de sang que les rebelles mais qui ont de bien plus grands moyens de destruction à leur disposition. Et l’OTAN est une immense bureaucratie, dont un des buts essentiels est de survivre. Elle doit absolument gagner, sinon elle a un problème de « crédibilité », ainsi d’ailleurs que les politiciens qui ont soutenu cette guerre ; et ce problème pourrait mener à une perte de financement et de ressources. Une fois que la guerre est commencée il n’y a simplement aucune force en Occident, en l’absence de mouvements anti-guerre déterminés, qui peut obliger l’OTAN à se limiter à ce qui est autorisé par les résolutions de l’ONU. Par conséquent, la deuxième sorte d’exigences de la gauche tombe dans l’oreille d’un sourd. Ces exigences servent simplement à prouver que la gauche pro-intervention elle-même a des intentions pures.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En « soutenant » les rebelles, cette gauche a de fait tué le mouvement anti-guerre. En effet, cela n’a pas de sens de soutenir un camp dans une guerre civile, camp qui veut désespérément être aidé par des interventions extérieures, et, en même temps, de s’opposer à de telles interventions. La droite pro-intervention est bien plus cohérente.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce que la gauche et la droite pro-intervention ont en commun est la conviction que « nous » (c’est-à-dire « l’Occident démocratique civilisé « ) avons le droit et la capacité d’imposer notre volonté à d’autres pays. Certains mouvements français (comme le MRAP) qui vivent littéralement de l’exploitation de la culpabilité à propos du racisme et du colonialisme, semblent avoir oublié que beaucoup de conquêtes coloniales se sont faites contre des satrapes, des princes indiens et des rois africains qui étaient dénoncés comme autocrates (ce qu’ils étaient) et ils ne se semblent pas se rendre compte qu’il y a quelque chose d’un peu incongru, pour des organisations françaises, de décider qui sont les « représentants légitimes » du peuple libyen.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Malgré les efforts de quelques individus isolés, aucun mouvement populaire en Europe n’est capable d’arrêter ou même d’affaiblir l’attaque de l’OTAN. Le seul espoir pourrait être un effondrement des rebelles, ou une opposition aux États-Unis, où une décision de la part des oligarchies dominantes de limiter les frais. En attendant, la gauche européenne a raté une occasion de renaître en s’opposant à une des guerres les plus manifestement injustifiables de l’histoire. L’Europe tout entière souffrira de cet échec moral.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jean Bricmont et Diana Johnstone&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4548877961369105280-8984821428028753597?l=targetezine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://targetezine.blogspot.com/feeds/8984821428028753597/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4548877961369105280&amp;postID=8984821428028753597&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4548877961369105280/posts/default/8984821428028753597'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4548877961369105280/posts/default/8984821428028753597'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://targetezine.blogspot.com/2011/08/qui-peut-sauver-la-libye-de-ses.html' title='[Qui peut sauver la Libye de ses sauveurs occidentaux ? Pas la gauche française]'/><author><name>X8X</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='22' height='32' src='http://4.bp.blogspot.com/-dWeIxybNlyQ/TZ5u76ew15I/AAAAAAAAATg/LnYJkidY-J8/s220/BigBrother1984_sml.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4548877961369105280.post-5658508603779391216</id><published>2011-06-28T17:23:00.000-07:00</published><updated>2011-06-28T17:24:31.738-07:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Contr&apos;info'/><title type='text'>[Aux citoyens indignés de Grèce et d'Europe!]</title><content type='html'>&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;par un collectif dont &lt;b&gt;Mikis Théodorak&lt;/b&gt;i, Athènes, 26 Mai 2011&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous saluons les dizaines de milliers, voire les centaines de milliers de nos concitoyens, jeunes pour la plupart, qui se sont rassemblés sur les places de toutes les grandes villes pour manifester leur indignation à l’occasion de la commémoration du mémorandum (accord cadre signe entre le gouvernement grec, l’UE, le FMI et la BCE, en Mai 2010 et renouvelé depuis régulièrement), demandant le départ du Gouvernement de la Honte et de tout le personnel politique qui a géré le bien public, détruisant, pillant et asservissant la Grèce. La place de tous ces individus n’est pas au Parlement, mais en prison.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous saluons les premières Assemblées générales qui se déroulent dans les centres de nos villes et la démocratie immédiate que s’efforce de découvrir le mouvement inédit de notre jeunesse. Nous saluons les travailleurs de la fonction publique qui ont entrepris manifestations, grèves et occupations pour défendre un Etat qui, plutôt que du démantèlement prévu par le FMI, a désespérément besoin d’une amélioration et d’une réforme radicales. Par leurs mobilisations, les travailleurs de l’Hellenic Postbank, de la Régie nationale d’électricité et de la Société publique de loterie et de paris sportifs défendent le patrimoine du peuple grec qu’entendent piller les banques étrangères par le truchement de leur gouvernement fantoche à Athènes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;Le pacifisme exemplaire de ces manifestations a démontré que lorsque la police et les agents provocateurs ne reçoivent pas l’ordre d’intervenir, le sang ne coule pas. Nous appelons les policiers grecs à ne pas être les instruments des forces obscures qui tenteront certainement, à un moment donné, de réprimer dans le sang les jeunes et les travailleurs. Leur place, leur devoir et leur intérêt sont d’être aux côtés du peuple grec, des protestations et des revendications pacifiques de celui-ci, aux côtés de la Grèce, et non des forces obscures qui dictent leur politique au gouvernement actuel.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un an après le vote du mémorandum, tout semble attester son échec. Après cette expérience, on ne peut plus s’autoriser la moindre illusion. La voie qu’a empruntée et continue de suivre le gouvernement, sous la tutelle des banques et des instances étrangères, de Goldman Sachs et de ses employés européens, mènent la Grèce à la catastrophe. Il est impératif que cela cesse immédiatement, il est impératif qu’ils partent immédiatement. Jour après jour, leurs pratiques révèlent leur dangerosité pour le pays.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il est étonnant que le procureur général ne soit pas encore intervenu contre le Ministre de l’Economie et des Finances, après les récentes déclarations tenues par ce dernier sur l’imminence de la faillite et l’absence de ressources budgétaires. Pourquoi n’est-il pas intervenu suite aux déclarations du président de la Fédération des patrons de l’industrie et de la commissaire européenne grecque Mari Damanaki sur une sortie de l’euro ? Pourquoi n’est-il pas intervenu contre le terrorisme de masse avec lequel un gouvernement en faillite, sous le diktat de la Troïka [UE - FMI - BCE], tente une nouvelle de fois d’extorquer le peuple grec?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Par leur catastrophisme, leurs allusions tragiques et tout ce qu’ils inventent et déblatèrent pour effrayer les Grecs, ils ont réussi à humilier le pays dans le monde entier et à le mener réellement au bord de la faillite. Si un chef d’entreprise s’exprimait de la même façon que le fait le Premier ministre et ses ministres, lorsqu'ils parlent de la Grèce, il se retrouverait immédiatement derrière les barreaux pour malversation grave.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous nous adressons aussi aux peuples européens. Notre combat n’est pas seulement celui de la Grèce, il aspire à une Europe libre, indépendante et démocratique. Ne croyez pas vos gouvernements lorsqu’ils prétendent que votre argent sert à aider la Grèce. Ne croyez-pas les mensonges grossiers et absurdes de journaux compromis qui veulent vous convaincre que le problème est dû soi-disant à la paresse des Grecs alors que, d’après les données de l’Institut statistique européen, ceux-ci travaillent plus que tous les autres Européens!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les travailleurs ne sont pas responsables de la crise; le capitalisme financier et les politiciens à sa botte sont ceux qui l’ont provoquée et qui l’exploitent. Leurs programmes de «sauvetage de la Grèce» aident seulement les banques étrangères, celles précisément qui, par l’intermédiaire des politiciens et des gouvernements à leur solde, ont imposé le modèle politique qui a mené à la crise actuelle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il n’y a pas d’autre solution qu’une restructuration radicale de la dette, en Grèce, mais aussi dans toute l’Europe. Il est impensable que les banques et les détenteurs de capitaux responsables de la crise actuelle ne déboursent pas un centime pour réparer les dommages qu’ils ont causés. Il ne faut pas que les banquiers constituent la seule profession sécurisée de la planète!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il n’y pas d’autre solution que de remplacer l’actuel modèle économique européen, conçu pour générer des dettes, et revenir à une politique de stimulation de la demande et du développement, à un protectionnisme doté d’un contrôle drastique de la Finance. Si les Etats ne s’imposent pas sur les marchés, ces derniers les engloutiront, en même temps que la démocratie et tous les acquis de la civilisation européenne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La démocratie est née à Athènes quand Solon a annulé les dettes des pauvres envers les riches.Il ne faut pas autoriser aujourd’hui les banques à détruire la démocratie européenne, à extorquer les sommes gigantesques qu’elles ont elle-même générées sous forme de dettes. Comment peut-on proposer un ancien collaborateur de Goldman Sachs pour diriger la Banque centrale européenne? De quelle sorte de gouvernements, de quelle sorte de politiciens disposons-nous en Europe?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous ne vous demandons pas de soutenir notre combat par solidarité, ni parce que notre territoire a été le berceau de Platon et Aristote, Périclès et Protagoras, des concepts de démocratie, de liberté et d’Europe. Nous ne vous demandons pas un traitement de faveur, parce que nous avons subi en tant que pays l’une des pires catastrophes européennes dans les années 1940 et nous avons lutté de façon exemplaire pour que le fascisme ne s’installe pas sur le continent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous vous demandons de le faire dans votre propre intérêt. Si vous autorisez aujourd’hui le sacrifice des sociétés grecque, irlandaise, portugaise et espagnole sur l’autel de la dette et des banques, ce sera bientôt votre tour. Vous ne prospérerez pas au milieu des ruines des sociétés européennes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous avons tardé de notre côté, mais nous nous sommes réveillés. Bâtissons ensemble une Europe nouvelle ; une Europe démocratique, prospère, pacifique, digne de son histoire, de ses luttes et de son esprit. Résistez au totalitarisme des marchés qui menace de démanteler l’Europe en la transformant en tiers-monde, qui monte les peuples européens les uns contre les autres, qui détruit notre continent, en suscitant le retour du fascisme.»&lt;br /&gt;&lt;b&gt;&lt;br /&gt;&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Le Comité Consultatif du Mouvement de Citoyens Indépendants «L’Etincelle» / Spith&amp;nbsp;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="fullpost"&gt;&lt;b&gt;&amp;nbsp;&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4548877961369105280-5658508603779391216?l=targetezine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://targetezine.blogspot.com/feeds/5658508603779391216/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4548877961369105280&amp;postID=5658508603779391216&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4548877961369105280/posts/default/5658508603779391216'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4548877961369105280/posts/default/5658508603779391216'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://targetezine.blogspot.com/2011/06/aux-citoyens-indignes-de-grece-et.html' title='[Aux citoyens indignés de Grèce et d&apos;Europe!]'/><author><name>X8X</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='22' height='32' src='http://4.bp.blogspot.com/-dWeIxybNlyQ/TZ5u76ew15I/AAAAAAAAATg/LnYJkidY-J8/s220/BigBrother1984_sml.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4548877961369105280.post-8965526673221649192</id><published>2011-05-28T06:47:00.000-07:00</published><updated>2011-05-28T06:48:19.410-07:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Contr&apos;info'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Publié en Presse Ecrite'/><title type='text'>[Comprendre les groupes dominants : l’option fasciste]</title><content type='html'>par &lt;b&gt;Raul Zibechi&lt;/b&gt;, publié par "&lt;b&gt;&lt;a href="http://www.jornada.unam.mx/2011/05/20/index.php?section=opinion&amp;amp;article=025a1pol"&gt;La Jornada&lt;/a&gt;&lt;/b&gt;" le 20 mai 2011.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Tout plan d’action des mouvements anti systémique doit partir de la compréhension la plus complète et large possible des objectifs stratégiques que poursuivent les groupes dominants, c’est à dire la technocratie qui tire les ficelles principales du pouvoir mondial. Il ne s’agit pas d’ériger une stratégie alternative dans une relation de symétrie, mais de comprendre comment les classes dominantes projettent de se perpétuer à leur place actuelle, pour nous préparer et manœuvrer en conséquence.&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Durant ces dernières années l’option fasciste a pris corps. La naissance et l’expansion du Tea Party aux États-Unis, l’ascension de l’extrême droite en France et la droitisation jusqu’à des limites dangereuses de plusieurs droites européennes comme l’espagnole, tels sont les signaux d’alerte. En Amérique Latine la consolidation de l’oligarchie colombienne au pouvoir et le retour probable des Fujimori au gouvernement du Pérou, sont des symptômes plus qu’inquiétants.&lt;br /&gt;&lt;span class="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;Par fascisme je n’entends pas une idéologie, mais la militarisation et l’extermination de ceux d’en bas organisés sous forme de mouvements. Il est évident que ces actes ne peuvent être menés sans arrêter de prononcer des phrases « démocratiques » et que les gouvernants sortis des urnes peuvent aussi réaliser l’extermination, étant donné que le système politique a été réduit à un exercice électoral qui ne se traduit pas dans des changements structuraux. Haïti, Colombie et Mexique nous apprennent qu’une militarisation, une extermination et une « démocratie » sont entièrement compatibles. La récente proposition de Douglas Fraser, chef du Commando Sud [US], pour ouvrir un nouveau front de guerre au sud du Mexique et dans le triangle Guatemala - Salvador - Honduras qu’il définit comme « la zone la plus létale du monde, hors des zones de guerres actives » nous renseigne qui prend les grandes décisions qui nous affectent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La tendance la plus importante que l’humanité vit est la concentration du pouvoir. Nous sommes face au pouvoir le plus concentré que connaît l’histoire, et cet énorme pouvoir est celui qui permet une concentration brutale de richesse et chaque fois plus grande la concentration de pauvreté dans la moitié de la population mondiale. Si grand est ce pouvoir qu’il échappe au contrôle des états. Cet énorme pouvoir transnational utilise quelques états très puissants, comme les États-Unis, pour se perpétuer au sommet. Pour ce pouvoir, l’humanité est aujourd’hui une gêne, comme les zapatistes l’ont déjà dit dans « La quatrième guerre mondiale », un texte de rigoureuse actualité qui a déjà 10 ans.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Fernand Braudel remarquait que jusqu’au XVIIIe siècle la démographie avait connu des périodes plus ou moins constantes de flux et de reflux, avec de rares et exceptionnelles situations d’équilibre. Seulement à partir du XVIIIe siècle s’est produite une « rupture des frontières de l’impossible » et la population a commencé à grandir sans que n’ait été enregistré, en presque trois siècles, aucun recul (La dynamique du capitalisme). C’est l’une des dures données du monde actuel : l’énorme expansion de ce que William I. Robinson dénomme comme « la population globale superflue », qui selon son opinion représente déjà un tiers de l’humanité ( « Global capitalism and 21st century fascism » Al Jazeera, 8/5/2011).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce tiers exclu est l’un des objectifs du pouvoir. Et il l’est de diverses formes : c’est le tiers de la population du Brésil qui est assistée par le programme « Bourse Famille » ; le même tiers qui se nourrissait dans des « soupes populaires » pendant le régime d’Alberto Fujimori administrés par son clientélisme mafieux. Et ainsi de suite. Bien sûr, le revers de la médaille est la militarisation des favelas brésiliennes et l’assassinat de 70 000 Péruviens durant la même décennie, en plus de la stérilisation inévitable de 300 000 femmes indiennes. Dans chaque pays et région on peut faire les comptes et conclure combien sont en trop et comment des programmes sont mis en application pour les neutraliser/assassiner.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En Colombie, par exemple, la guerre a déplacé 4 millions de paysans de leurs terres et elle a provoqué des centaines de milliers de morts. Le plus terrible est que le génocide continue, comme le dénonce, l’Association de Cabildos Indigènes du Nord du Cauca (ACIN). La guerre et la militarisation au service de ce que le Robinson dénomme comme « une accumulation militarisée » sont menées depuis quelques mois sous les nouvelles formes « démocratiques » ébauchées par le président Juan Manuel Santos, qui en étant ministre a inventé les « faux positifs » (civils assassinés par l’armée, pour les faire passer pour des guérilleros morts dans un combat) et maintenant fait office en même temps d’ami de l’Unasur et de l’Alliance du Pacifique, deux projets antagoniques.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour les mouvements anti systémiques, comprendre que la variante génocide de ceux d’en haut gagne de plus en plus de grands espaces suppose de regarder la réalité de face, non pour nous paralyser mais pour définir avec une plus grande netteté les formes d’action. Gaspiller des forces dans de petites disputes n’a pas le moindre sens. Il y a ceux qui ont encore l’illusion que ceux d’en haut peuvent tolérer une autre politique sans auparavant neutraliser ou dynamiter les espaces collectifs. Nous ne devons pas nous embourber dans des disputes verbales sur les chemins à suivre. Cela divise et paralyse ; nous devons créer et inventer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les faits montrent qu’il est nécessaire de créer des espaces pour que nous , ceux d’en bas soyons unis, que nous puissions débattre et controverser, organiser et mobiliser. Ce qui arrive ces jours à la Puerta del Sol de Madrid ou dans le quartier Exarxia d’Athènes, en suivant plus ou moins les mêmes pas qui ont mené à occuper la place Tahrir au Caire, montre que c’est un chemin aussi nécessaire que possible. Un chemin différent de celui de la grève traditionnelle suivie de manifestation pour faire pression sur le pouvoir, qui ne regarde pas là-haut mais horizontalement, qui cherche à tisser des liens non systémiques pour dessiner un autre monde.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ces mouvements sont habituellement criminalisés, poursuivis et réprimés. Ceux de là-haut peuvent opter pour le massacre comme ils ont fait tant de fois et continuent de le faire maintenant au Moyen-Orient. S’impose la nécessité de défendre ces espaces, un travail dans lequel les mouvements sont très en retard par rapport au pouvoir. Mais qu’ils devront aborder avant qu’il ne soit trop tard.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: #666666; font-size: x-small;"&gt;Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4548877961369105280-8965526673221649192?l=targetezine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://targetezine.blogspot.com/feeds/8965526673221649192/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4548877961369105280&amp;postID=8965526673221649192&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4548877961369105280/posts/default/8965526673221649192'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4548877961369105280/posts/default/8965526673221649192'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://targetezine.blogspot.com/2011/05/comprendre-les-groupes-dominants.html' title='[Comprendre les groupes dominants : l’option fasciste]'/><author><name>X8X</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='22' height='32' src='http://4.bp.blogspot.com/-dWeIxybNlyQ/TZ5u76ew15I/AAAAAAAAATg/LnYJkidY-J8/s220/BigBrother1984_sml.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4548877961369105280.post-1347949706477949440</id><published>2011-05-15T18:43:00.000-07:00</published><updated>2011-05-17T10:41:15.456-07:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Archive'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Contr&apos;info'/><title type='text'>[Une polémique]</title><content type='html'>&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;par &lt;b&gt;Norman Baillargeon&lt;/b&gt;, publié par &lt;b&gt;&lt;a href="http://olivier.hammam.free.fr/imports/auteurs/normand/masse.html"&gt;Espace de la parole&lt;/a&gt;&lt;/b&gt; le 16 avril 2000&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Connaissez-vous les libertariens? Pas les libertaires, ni les libertins, ne confondons pas. Les libertariens.&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Disons en première approximation - mais j'en dirai plus long plus bas - qu'il s'agit d'une école de pensée économique, politique et philosophique contemporaine selon laquelle une société sans État (ou alors avec un État vraiment minimal...) est possible (et souhaitable) à condition qu'une telle société soit fondée sur l'extension du mécanisme du marché libre et non entravé à toutes les activités humaines. Dans une telle société, les individus sont égaux devant la loi et libres de conclure des contrats qui les rémunèrent selon le marché.&lt;br /&gt;Les anarchistes souhaitent eux aussi la disparition de l'État; ils ont également prôné la liberté, l'égalité et, pour certains d'entre eux du moins, ils ont misé sur des contrats librement consentis entre individus pour coordonner certaines activités humaines. Superficiellement, on pourrait penser que tout cela se ressemble au point de se confondre et la confusion entre les idées des libertariens et celles des anarchistes - on dit aussi: des libertaires - est dès lors facile pour qui n'est pas au courant des différences cruciales qui existent entre les deux écoles, derrière cette similitude de vocabulaire. Disons, là encore en première approximation et avec toutes les nuances qu'on doit apporter en usant de ces termes, que les libertaires - les anarchistes - sont radicalement de gauche tandis que les libertariens sont typiquement de droite.&lt;br /&gt;Les libertariens québécois ont leur publication, qui paraît sur internet : elle s'appelle Le Québécois libre. Leurs idées y sont exposées et défendues, parfois avec conviction et avec une argumentation serrée, souvent avec clarté. J'ai plus d'une fois recommandé qu'on les lise : je suis en effet convaincu qu'il faut se frotter à leur argumentaire qui, en certaines de ses composantes, joue aujourd'hui un rôle réel dans la définition des politiques qui définissent les institutions dans lesquelles nous vivons.&lt;br /&gt;&lt;span class="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;Cette longue entrée en matière pour vous informer que l'éditorial du dernier numéro du Québécois libre est consacré à l'anarchisme et, entre autres, à l'exposé que j'en ai proposé dans un récent ouvrage intitulé justement Anarchisme. Martin Masse, l'auteur de cet article m'a, et je l'en remercie, offert un droit de réplique dans sa publication mais, finalement, je vais plutôt l'utiliser ici: je pense en effet que ce débat devrait intéresser les lecteurs d'Espaces de la parole. Ma réponse se fera en deux temps. C'est beaucoup, direz-vous peut-être. Mais je pense qu'il faut pouvoir répondre de manière argumentée à ces gens; et je pense aussi qu'il y a un grand intérêt pédagogique à comprendre ce qu'ils avancent et surtout les raisons qui expliquent que les anarchistes s'y opposent avec tant de force.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans ma réponse je vais, la prochaine fois, citer abondamment l' article de M. Masse (1) pour assurer que je réponds bien à des arguments et à des idées effectivement avancées par l'auteur. Mais j'invite instamment mon lecteur, ma lectrice, à lire directement cet éditorial et à constater par lui-même en quoi consiste cette volée de bois verts à laquelle je réplique ici. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Réponse en deux temps, donc. Cette semaine, je vais m'efforcer de présenter les idées de libertariens et expliquer pourquoi je pense qu'il faut s'y opposer - et en tout cas pourquoi les anarchistes s'y opposent aussi radicalement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La prochaine fois, je répondrai en détail à la partie de l' argumentaire de M. Masse qui concerne plus spécifiquement mon livre et les idées de l'anarchisme&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Qui sont donc les libertariens et que proposent-ils?&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les libertariens appartiennent à une famille idéologique qui comprend aussi des gens qui ont le culot de s'appeler anarcho-capitalistes. Cette famille idéologique se réclame du libéralisme économique et du libéralisme politique. En économie, ils puisent surtout à l'interprétation donnée du marché par les économistes de l'École Autrichienne. Selon Ludwig Von Mises et Friedrich Hayek, le marché, pur et non entravé par des interventions étatiques, est une "catallaxie", un mode abstrait de gestion d'informations qui produit une ordre spontané optimal qu'aucune organisation ou planification ne saurait espérer atteindre. Dans sa forme abstraite, il présuppose la liberté reconnue à tous, des droits également reconnus à tous et réalise donc la justice en même temps que la liberté. Mais à propos de ces dernières idées, il faut maintenant rappeler ce que les libertariens doivent au libéralisme politique. Au fond et en un mot, une position dite "jusnaturaliste" par quoi on désigne une conception des droits développée à partir de John Locke. Pour aller rapidement à l'essentiel, libertariens et (mutatis mutandis) anarcho-capitalistes défendent l'idée que les individus ont un droit naturel (d'où l'expression "jusnaturalisme") sur leur personne, les produits de leur travail ainsi que les ressources naturelles par eux découvertes et, ou transformées. Dans leur perspective, la considération d'autres droits est superflue voire nuisible. Le droit à la vie, par exemple, est essentiellement celui de ne pas être tué, pas celui de recevoir les ressources nécessaires au bien-être. Face à l'ensemble de ces droits, les anarcho-capitalistes et les libertariens tendent donc à s'opposer à ce qu'ils décrivent volontiers le paternalisme déresponsabilisant des institutions étatiques, lesquelles sont à leurs yeux coercitives et, de toute façon, inefficaces.&lt;br /&gt;La critique de l'État occupe une part bien réelle dans ce courant d'idées. Murray Rothbard écrit par exemple ceci, que ne désavouera pas un libertarien: "Les hommes de l'État se sont notamment arrogés un monopole violent sur les services de la police et de l'armée, sur la loi, sur les décisions des tribunaux, sur la monnaie et le pouvoir de battre monnaie, sur les terrains non-utilisés (le "domaine public") sur les rues et les routes, sur les rivières et les eaux territoriales, et sur les moyens de distribuer le courrier". Et encore: "L'impôt est un vol, purement et simplement, même si ce vol est commis à un niveau colossal, auquel les criminels ordinaires n'oseraient prétendre. C'est la confiscation par la violence de la propriété de leurs sujets par les hommes d'État".&lt;br /&gt;Dans une telle société sans État, des contrats librement conclus entre individus égaux devant la loi et rémunérés selon le marché assureront l'atteinte de l'idéal visé. Les inégalités qui en découlent ne posent guère de problème aux libertariens et ils proposent volontiers que la charité individuelle palliera, si elle le veut bien, à ses plus criants excès. Selon eux, l'égalité est impossible et nous sommes, par définition, tous différents. Les anarchistes en conviennent et applaudissent même à cette diversité, qui fait la richesse de la vie. Mais la défense anarchiste de l'égalité va au-delà de ce truisme: elle est une défense de l'équité, prenant en considération les circonstances dans lesquelles la liberté se vit, faute de quoi celle-ci, comme l'égalité, ne signifie pas grand-chose de substantiel. Refusant de prendre tout cela en compte, les libertariens cautionnent toutes les inégalités, y compris celles qui constituent, installent ou perpétuent les plus criantes injustices. Revenant par ailleurs sur l'idée de "contrats" chère à cette école, Chomsky rappelait que : "L'idée d'un contrat libre entre un potentat et son sujet affamé est une farce sordide, qui vaut peut-être qu'on lui consacre un peu d'attention dans un séminaire qui explorerait les conséquences de ces idées (à mon sens absurdes), mais qui ne mérite rien de plus".&lt;br /&gt;La conception de la liberté que promeut un libertarien est une pièce maîtresse de son argumentaire. Or celle-ci est également on ne peut plus éloignée de positions anarchistes. Cette liberté est la liberté individuelle de n'être pas entravé: c'est la liberté dite négative, conçue d'une manière purement individuelle et garantie par un système de protection que certains veulent privé tandis que d'autres reconnaissent qu'un Etat sera nécessaire à son maintien. Or cette liberté, qui ignore tout des circonstances, est d'une confondante pauvreté. Le salarié contraint de se vendre y est présumé libre. C'est la liberté libre du renard dans le poulailler libre, c'est celle de ces villes grillagées derrière lesquelles se réfugient les plus riches citoyens américains pour échapper au chaos qu'ils ont créé, c'est la liberté qui s'accroît avec l'esclavage d'autrui. On est ici bien loin de Bakounine qui disait: "Je ne suis vraiment libre que lorsque tous les êtres humains qui m'entourent, hommes et femmes, sont également libres, de sorte que plus nombreux sont les personnes libres qui m'entourent et plus profonde et plus large est leur liberté, et plus étendue, plus profonde et plus large devient la mienne&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand on se souvient du refus anarchiste de la conception capitaliste de la propriété, quand on a en tête la multitude d'alternatives à cette conception qu'ils ont cherchés et défendus, on ne peut enfin que convenir que la conception des droits de propriété que la doctrine libertarienne défend est irrecevable pour les anarchistes. Je proposerai la prochaine fois un examen plus exhaustif de cette question, qui semble avoir échappé complètement à M. Masse; mais le fait est que la doctrine anarcho-capitaliste et libertarienne des droits et de la justice est déjà irrecevable pour le sens commun, comme le rappelle Noam Chomsky dans l'exemple suivant. Supposons, dit-il, que par des moyens que cette théorie tient pour légitimes ­ de la chance et des contrats "librement consentis" sous la pression du besoin ­ une personne en vienne à contrôler un élément nécessaire à la vie. Les autres sont contraints soit de se vendre comme esclaves à cette personne, s'il veut bien d'eux, soit de périr. Cette société serait présumée juste!&lt;br /&gt;Notons enfin que les libertariens ont une attitude pour le moins étonnante face à l'État, à cet État qui a joué un rôle crucial dans le développement du capitalisme et dans son expansion. L'État subventionnaire des entreprises à même les fonds publics, l'État garant des droits et privilèges consentis à des tyrannies privées d'une inouïe puissance, tout cela n'amène pas ces supposés ennemis de l'État à en tirer la conséquence que la propriété acquise par ces moyens serait illégitime. Des libertariens ont ainsi récemment, aux État-Unis, pris la défense de Bill Gates dans le procès qui lui a été intenté.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Voilà pour cette entrée en matières. Vous avez lu le texte de M. Masse. Vous savez maintenant d'où il parle et vous pouvez lire des numéros du Québécois Libre pour en savoir plus.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je vous invite à méditer tout cela. La prochaine fois, je répondrai ici même et en détail au texte de M. Masse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;[&lt;a href="http://olivier.hammam.free.fr/imports/auteurs/normand/masse2.html"&gt;Deuxième partie&lt;/a&gt;] &lt;br /&gt;[&lt;a href="http://olivier.hammam.free.fr/imports/auteurs/normand/masse3.html"&gt;Troisième partie&lt;/a&gt;]&amp;nbsp; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(1) &lt;a href="http://www.quebecoislibre.org/000415-2.htm"&gt;cliquer ici pour lire l'éditorial de Martin Masse&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4548877961369105280-1347949706477949440?l=targetezine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://targetezine.blogspot.com/feeds/1347949706477949440/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4548877961369105280&amp;postID=1347949706477949440&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4548877961369105280/posts/default/1347949706477949440'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4548877961369105280/posts/default/1347949706477949440'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://targetezine.blogspot.com/2011/05/une-polemique.html' title='[Une polémique]'/><author><name>X8X</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='22' height='32' src='http://4.bp.blogspot.com/-dWeIxybNlyQ/TZ5u76ew15I/AAAAAAAAATg/LnYJkidY-J8/s220/BigBrother1984_sml.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4548877961369105280.post-379109714188227038</id><published>2011-05-13T17:23:00.000-07:00</published><updated>2011-05-13T17:24:48.813-07:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Belgique'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Contr&apos;info'/><title type='text'>[Le retour de la bande à bon dos]</title><content type='html'>&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;par et publié par &lt;b&gt;&lt;a href="http://noproces.wordpress.com/"&gt;no procès&lt;/a&gt;&lt;/b&gt; en mai 2011 &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;1. &lt;b&gt;Une affaire qui commence secrètement&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le 12 février 2007, des dizaines de militants communistes, syndicalistes et antifascistes sont arrêtés dans plusieurs villes italiennes. La police italienne enquêtait sur une organisation clandestine, le Parti Communiste Politico-Militaire, qui éditait un journal clandestin, et envisageait des attentats contre une résidence et une chaîne de télévision de Berlusconi. Parmi les milliers de documents en tout genre, la police italienne trouve, enterrées dans le potager d’un des militants italiens arrêtés, les photos de quatre membres du Secours Rouge, une organisation de solidarité avec les prisonniers révolutionnaires.&lt;br /&gt;La police italienne communique secrètement l’information à la police belge. Pendant un an et demi, celle-ci va espionner les 4 et leur entourage avec des moyens inouïs : caméras cachées devant les domiciles, interception des conversations téléphoniques et des mails, filatures, check de tous les voyages à l’étranger par scanning des listes des compagnies aériennes ferroviaires et routières, examen des anciennes communications (remontant jusqu’à 2004 dans un cas !), etc.&lt;br /&gt;&lt;span class="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;2. Les perquisitions, les arrestations&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Devant l’absence totale de résultat de cet espionnage (reconnue officiellement dans le dossier), le juge d’instruction opte pour la « fuite en avant » et ordonne une vague de perquisitions et d’arrestations. A l’aube du 5 juin 2008, les commandos antiterroristes, cagoulés et l’arme au poing, défoncent les portes et procèdent aux arrestations. Les membres du Secours Rouge, mais aussi diverses personnes de leur entourage (y compris un mineur d’âge), sont menacés avec des armes. Une membre du SR est perquisitionnée, menacée d’une arme et embarquée alors qu’elle n’est même pas inculpée. En deux jours, 7 personnes seront interpellées (dont 6 membres du SR) et 6 seront incarcérées.&lt;br /&gt;La police tente de révoquer les libérations conditionnelles sous prétexte que les conditions n’ont pas été respectées, mais les Tribunaux d’application des peines lui donneront systématiquement tort. Une campagne médiatique reprend les mensonges énormes distillés par la police (« des explosifs ont été trouvés », « la renaissance des CCC » etc.). Les interrogatoires révèlent que le principal intérêt des policiers est dirigé contre les activités du Secours Rouge. Les 4 sont invités par exemple à identifier, sur photo, des personnes ayant assisté à des meetings publics du SR. Les 4 refusent, comme ils refusent de répondre aux questions des enquêteurs et de décrypter les mails, ce qui est leur droit mais qui sera tout même évoqué comme éléments à charge.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;3. La solidarité, les libérations et les suites judiciaires&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le 11 juin, et alors que le mouvement de solidarité prend de l’ampleur, et que les mensonges parus dans la presse les premiers jours sont mis à nu, la Chambre du Conseil décide de trois libérations. Contre l’avis du Parquet fédéral qui a fait appel en vain: le 26 juin, Abdel, Constant et Wahoub  sortent de prison. Bertrand sera libéré le 29 juillet 2008.&lt;br /&gt;Mais le parquet fédéral, qui s’est déjà tristement illustré dans l’affaire DHKP-C/Bahar Kimyongur, s’acharne. Il veut un procès et des condamnations. Une chambre du Conseil doit se réunir le 11 mai pour décider si il y a lieu d’organiser un procès contre les 4 du Secours Rouge.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;11 mai 2011 - Bruxelles : Chambre du Conseil reportée sine die&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;C’est ce mercredi 11 mai à 14h, le président de la Chambre du conseil a donné suite à la demande des avocats de la défense à procéder à quelques devoirs d’enquête supplémentaires, l’enquête ayant été réalisée à charge... La juge d’instruction a un mois pour mettre en question ou accepter ces devoirs supplémentaires. Lorsqu’ils seront réalisés, une audience sur le fond sera fixée.&lt;br /&gt;L’audience n’était pas publique mais un rassemblement de solidarité de plus de cent personnes a eu lieu à 13h00 sur les marches du palais de justice.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;lire : "&lt;a href="http://targetezine.blogspot.com/2008/06/la-bande-bon-dos.html"&gt;La bande à bon dos&lt;/a&gt;"&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4548877961369105280-379109714188227038?l=targetezine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://targetezine.blogspot.com/feeds/379109714188227038/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4548877961369105280&amp;postID=379109714188227038&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4548877961369105280/posts/default/379109714188227038'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4548877961369105280/posts/default/379109714188227038'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://targetezine.blogspot.com/2011/05/le-retour-de-la-bande-bon-dos.html' title='[Le retour de la bande à bon dos]'/><author><name>X8X</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='22' height='32' src='http://4.bp.blogspot.com/-dWeIxybNlyQ/TZ5u76ew15I/AAAAAAAAATg/LnYJkidY-J8/s220/BigBrother1984_sml.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4548877961369105280.post-4634152465127387353</id><published>2011-04-07T18:11:00.000-07:00</published><updated>2011-04-07T18:11:59.233-07:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Contr&apos;info'/><title type='text'>[Notons les agences de notation!]</title><content type='html'>&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;par &lt;b&gt;Michel Santi*&lt;/b&gt; publié par &lt;b&gt;&lt;a href="http://www.gestionsuisse.com/2011/notons-les-agences-de-notation/"&gt;Gestion-Suisse.com&lt;/a&gt;&lt;/b&gt; le 1 avril 2011&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’Union Européenne ose-t-elle menacer les agences de notation de les traîner devant les tribunaux afin de les responsabiliser dans le cadre de l’attribution de leurs bons et mauvais points? Les dirigeants européens ont-ils la témérité d’alerter ces mêmes agences, coupables de semer le chaos au sein des pays fragilisés? Voilà ces mêmes agences qui répliquent de manière cinglante en avertissant qu’elles pourraient bien arrêter de noter ces nations avec, à la clé et en perspective, une déroute en bonne et due forme des pays de l’Europe périphérique qui ne seraient carrément plus en situation de lever des fonds sur les marchés! Cette récente et décisive escalade entre les autorités européennes et les « Big Three » ( Moody’s, Standard &amp;amp; Poor’s et Fitch) traduit en fait un glissement fondamental à un moment où ces dernières se retrouvent très sérieusement – et au sommet – remises en question.&lt;br /&gt;&lt;span class="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;N’est-il pas enfin grand temps que ces omnipotentes sociétés privées soient enfin confrontées à leurs responsabilités et à leurs impardonnables déficiences? Est-il normal que la Grèce soit aujourd’hui moins bien notée (ou notée pire) que l’Egypte…? Ce trio qui domine – voire qui administre – les marchés financiers depuis 1990 – en fait depuis l’avènement de la globalisation et de l’ère technologique – distribue les points, pénalise, punit ou porte aux nues avec une dose d’arrogance et une immense auto satisfaction tout ce qui se négocie en terme obligataire sur les marchés financiers de ce monde. De la dette souveraine des pays aux levées de fonds de l’entreprise lambda, les investisseurs scrutent religieusement les fatwas des trois principales agences de notation avant de réaliser un quelconque placement. Inutile de revenir sur leur pouvoir absolu, sur leurs erreurs monumentales ou sur leur historique plus que douteux… Le Japon – après l’enchaînement de catastrophes subies – les observe aujourd’hui avec angoisse: Y aura-t-il encore abaissement de sa notation? Le rating du Japon rejoindra-t-il celui du Botswana et ce à la faveur d’un arrêt rendu par la Cour de Cassation des Big Three?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après la débâcle d’Enron puis celle des subprimes ayant entraîné l’économie mondiale aux géhennes, les agences de notation sentent le vent méchamment tourner aujourd’hui puisque des groupement d’investisseurs américains se préparent à les attaquer en justice pour manquements graves à leurs obligations. Nul ne conteste la mauvaise gestion ni les situations déplorables des comptes publics grecs, portugais, irlandais et même américains… Pour autant, en vertu de quelle loi divine ou autre tradition ancestrale des personnages ne disposant d’aucun mandat électif s’arrogeraient-ils autant de pouvoirs sur les dettes souveraines de nos pays et, par voie de conséquence, sur nos vies quotidiennes? Loin d’être des entreprises à but non lucratif, ces agences sont en effet directement intéressées par réaliser des profits en conflit d’intérêt souvent patent avec les sociétés qu’elles sont appelées à noter. Qui sait que Moody’s a gagné 2 milliards de dollars en 2010?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce business des agences de notation doit aujourd’hui être lui-même noté afin d’être sanctionné et, si besoin est, cassé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: #666666;"&gt;*Michel Santi est Économiste, ex-cambiste, trader, chef de salle de vente.&lt;/span&gt;&lt;br style="color: #666666;" /&gt;&lt;span style="color: #666666;"&gt; Et après vérification auprès de l'auteur il ne s'agit pas d'un poisson d'avril!&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4548877961369105280-4634152465127387353?l=targetezine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://targetezine.blogspot.com/feeds/4634152465127387353/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4548877961369105280&amp;postID=4634152465127387353&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4548877961369105280/posts/default/4634152465127387353'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4548877961369105280/posts/default/4634152465127387353'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://targetezine.blogspot.com/2011/04/notons-les-agences-de-notation.html' title='[Notons les agences de notation!]'/><author><name>X8X</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='22' height='32' src='http://4.bp.blogspot.com/-dWeIxybNlyQ/TZ5u76ew15I/AAAAAAAAATg/LnYJkidY-J8/s220/BigBrother1984_sml.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4548877961369105280.post-7798683459972049135</id><published>2011-03-31T19:56:00.000-07:00</published><updated>2011-05-21T18:54:49.706-07:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Archive'/><title type='text'>[Commentaires sur la Société du Spectacle]</title><content type='html'>&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;par &lt;b&gt;Guy Debord&lt;/b&gt; publié par &lt;b&gt;les éditions Gérard Lebovici &lt;/b&gt;en 1988&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="color: #666666;"&gt;À la mémoire de Gérard Lebovici, assassiné à Paris, le 5 mars 1984, dans un guet-apens resté mystérieux.&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;i&gt;« Quelque critiques que puissent être la situation et les circonstances où vous vous trouvez, ne désespérez de rien ; c’est dans les occasions où tout est à craindre, qu’il ne faut rien craindre ; c’est lorsqu’on est environné de tous les dangers, qu’il n’en faut redouter aucun ; c’est lorsqu’on est sans aucune ressource, qu’il faut compter sur toutes ; c’est lorsqu’on est surpris, qu’il faut surprendre l’ennemi lui-même. »&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: right;"&gt;Sun Tse  (L’Art de la guerre)&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;b&gt;I&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Ces Commentaires sont assurés d’être promptement connus de cinquante ou soixante personnes ; autant dire beaucoup dans les jours que nous vivons, et quand on traite de questions si graves. Mais aussi c’est parce que j’ai, dans certains milieux, la réputation d’être un connaisseur. Il faut également considérer que, de cette élite qui va s’y intéresser, la moitié, ou un nombre qui s’en approche de très près, est composée de gens qui s’emploient à maintenir le système de domination spectaculaire, et l’autre moitié de gens qui s’obstineront à faire tout le contraire. Ayant ainsi à tenir compte de lecteurs très attentifs et diversement influents, je ne peux évidemment parler en toute liberté. Je dois surtout prendre garde à ne pas trop instruire n’importe qui.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le malheur des temps m’obligera donc à écrire, encore une fois, d’une façon nouvelle. Certains éléments seront volontairement omis ; et le plan devra rester assez peu clair. On pourra y rencontrer, comme la signature même de l’époque, quelques leurres. À condition d’intercaler çà et là plusieurs autres pages, le sens total peut apparaître : ainsi, bien souvent, des articles secrets ont été ajoutés à ce que des traités stipulaient ouvertement, et de même il arrive que des agents chimiques ne révèlent une part inconnue de leurs propriétés que lorsqu’ils se trouvent associés à d’autres. Il n’y aura, d’ailleurs, dans ce bref ouvrage, que trop de choses qui seront, hélas, faciles à comprendre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;b&gt;II&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;En 1967, j’ai montré dans un livre, La Société du Spectacle, ce que le spectacle moderne était déjà essentiellement : le règne autocratique de l’économie marchande ayant accédé à un statut de souveraineté irresponsable, et l’ensemble des nouvelles techniques de gouvernement qui accompagnent ce règne. Les troubles de 1968, qui se sont prolongés dans divers pays au cours des années suivantes, n’ayant en aucun lieu abattu l’organisation existante de la société, dont il sourd comme spontanément, le spectacle a donc continué partout de se renforcer, c’est-à-dire à la fois de s’étendre aux extrêmes par tous les côtés, et d’augmenter sa densité au centre. Il a même appris de nouveaux procédés défensifs, comme il arrive ordinairement aux pouvoirs attaqués. Quand j’ai commencé la critique de la société spectaculaire, on a surtout remarqué, vu le moment, le contenu révolutionnaire que l’on pouvait découvrir dans cette critique, et on l’a ressenti, naturellement, comme son élément le plus fâcheux. Quant à la chose même, on m’a parfois accusé de l’avoir inventée de toutes pièces, et toujours de m’être complu dans l’outrance en évaluant la profondeur et l’unité de ce spectacle et de son action réelle. Je dois convenir que les autres, après, faisant paraître de nouveaux livres autour du même sujet, ont parfaitement démontré que l’on pouvait éviter d’en dire tant. Ils n’ont eu qu’à remplacer l’ensemble et son mouvement par un seul détail statique de la surface du phénomène, l’originalité de chaque auteur se plaisant à le choisir différent, et par là d’autant moins inquiétant. Aucun n’a voulu altérer la modestie scientifique de son interprétation personnelle en y mêlant de téméraires jugements historiques.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais enfin la société du spectacle n’en a pas moins continué sa marche. Elle va vite car, en 1967, elle n’avait guère plus d’une quarantaine d’années derrière elle ; mais pleinement employées. Et de son propre mouvement, que personne ne prenait plus la peine d’étudier, elle a montré depuis, par d’étonnants exploits, que sa nature effective était bien ce que j’avais dit. Ce point établi n’a pas seulement une valeur académique ; parce qu’il est sans doute indispensable d’avoir reconnu l’unité et l’articulation de la force agissante qu’est le spectacle, pour être à partir de là capable de rechercher dans quelles directions cette force a pu se déplacer, étant ce qu’elle était. Ces questions sont d’un grand intérêt : c’est nécessairement dans de telles conditions que se jouera la suite du conflit dans la société. Puisque le spectacle, à ce jour, est assurément plus puissant qu’il l’était auparavant, que fait-il de cette puissance supplémentaire ? Jusqu’où s’est-il avancé, où il n’était pas précédemment ? Quelles sont, en somme, ses lignes d’opérations en ce moment ? Le sentiment vague qu’il s’agit d’une sorte d’invasion rapide, qui oblige les gens à mener une vie très différente, est désormais largement répandu ; mais on ressent cela plutôt comme une modification inexpliquée du climat ou d’un autre équilibre naturel, modification devant laquelle l’ignorance sait seulement qu’elle n’a rien à dire. De plus, beaucoup admettent que c’est une invasion civilisatrice, au demeurant inévitable, et ont même envie d’y collaborer. Ceux-là aiment mieux ne pas savoir à quoi sert précisément cette conquête, et comment elle chemine.&lt;br /&gt;&lt;span class="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;Je vais évoquer quelques conséquences pratiques, encore peu connues, qui résultent de ce déploiement rapide du spectacle durant les vingt dernières années. Je ne me propose, sur aucun aspect de la question, d’en venir à des polémiques, désormais trop faciles et trop inutiles ; pas davantage de convaincre. Les présents commentaires ne se soucient pas de moraliser. Ils n’envisagent pas ce qui est souhaitable, ou seulement préférable. Ils s’en tiendront à noter ce qui est.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;III&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Maintenant que personne ne peut raisonnablement douter de l’existence et de la puissance du spectacle, on peut par contre douter qu’il soit raisonnable d’ajouter quelque chose sur une question que l’expérience a tranchée d’une manière aussi draconienne. Le Monde du 19 septembre 1987 illustrait avec bonheur la formule « Ce qui existe, on n’a donc plus besoin d’en parler », véritable loi fondamentale de ces temps spectaculaires qui, à cet égard au moins, n’ont laissé en retard aucun pays : « Que la société contemporaine soit une société de spectacle, c’est une affaire entendue. Il faudra bientôt remarquer ceux qui ne se font pas remarquer. On ne compte plus les ouvrages décrivant un phénomène qui en vient à caractériser les nations industrielles sans épargner les pays en retard sur leur temps. Mais en notant cette cocasserie que les livres qui analysent, en général pour le déplorer, ce phénomène doivent, eux aussi, sacrifier au spectacle pour se faire connaître. » Il est vrai que cette critique spectaculaire du spectacle, venue tard et qui pour comble voudrait « se faire connaître » sur le même terrain, s’en tiendra forcément à des généralités vaines ou à d’hypocrites regrets ; comme aussi paraît vaine cette sagesse désabusée qui bouffonne dans un journal.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La discussion creuse sur le spectacle, c’est-à-dire sur ce que font les propriétaires du monde, est ainsi organisée par lui-même : on insiste sur les grands moyens du spectacle, afin de ne rien dire de leur grand emploi. On préfère souvent l’appeler, plutôt que spectacle, le médiatique. Et par là, on veut désigner un simple instrument, une sorte de service public qui gérerait avec un impartial « professionnalisme » la nouvelle richesse de la communication de tous par mass media, communication enfin parvenue à la pureté unilatérale, où se fait paisiblement admirer la décision déjà prise. Ce qui est communiqué, ce sont des ordres ; et, fort harmonieusement, ceux qui les ont donnés sont également ceux qui diront ce qu’ils en pensent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le pouvoir du spectacle, qui est si essentiellement unitaire, centralisateur par la force même des choses, et parfaitement despotique dans son esprit, s’indigne assez souvent de voir se constituer, sous son règne, une politique-spectacle, une justice-spectacle, une médecine-spectacle, ou tant d’aussi surprenants « excès médiatiques ». Ainsi le spectacle ne serait rien d’autre que l’excès du médiatique, dont la nature, indiscutablement bonne puisqu’il sert à communiquer, est parfois portée aux excès. Assez fréquemment, les maîtres de la société se déclarent mal servis par leurs employés médiatiques ; plus souvent ils reprochent à la plèbe des spectateurs sa tendance à s’adonner sans retenue, et presque bestialement, aux plaisirs médiatiques. On dissimulera ainsi, derrière une multitude virtuellement infinie de prétendues divergences médiatiques, ce qui est tout au contraire le résultat d’une convergence spectaculaire voulue avec une remarquable ténacité. De même que la logique de la marchandise prime sur les diverses ambitions concurrentielles de tous les commerçants, ou que la logique de la guerre domine toujours les fréquentes modifications de l’armement, de même la logique sévère du spectacle commande partout la foisonnante diversité des extravagances médiatiques.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le changement qui a le plus d’importance, dans tout ce qui s’est passé depuis vingt ans, réside dans la continuité même du spectacle. Cette importance ne tient pas au perfectionnement de son instrumentation médiatique, qui avait déjà auparavant atteint un stade de développement très avancé : c’est tout simplement que la domination spectaculaire ait pu élever une génération pliée à ses lois. Les conditions extraordinairement neuves dans lesquelles cette génération, dans l’ensemble, a effectivement vécu, constituent un résumé exact et suffisant de tout ce que désormais le spectacle empêche ; et aussi de tout ce qu’il permet.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;b&gt;IV&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Sur le plan simplement théorique, il ne me faudra ajouter à ce que j’avais formulé antérieurement qu’un détail, mais qui va loin. En 1967, je distinguais deux formes, successives et rivales, du pouvoir spectaculaire, la concentrée et la diffuse. L’une et l’autre planaient au-dessus de la société réelle, comme son but et son mensonge. La première, mettant en avant l’idéologie résumée autour d’une personnalité dictatoriale, avait accompagné la contre-révolution totalitaire, la nazie aussi bien que la stalinienne. L’autre, incitant les salariés à opérer librement leur choix entre une grande variété de marchandises nouvelles qui s’affrontaient, avait représenté cette américanisation du monde, qui effrayait par quelques aspects, mais aussi bien séduisait les pays où avaient pu se maintenir plus longtemps les conditions des démocraties bourgeoises de type traditionnel. Une troisième forme s’est constituée depuis, par la combinaison raisonnée des deux précédentes, et sur la base générale d’une victoire de celle qui s’était montrée la plus forte, la forme diffuse. Il s’agit du spectaculaire intégré, qui désormais tend à s’imposer mondialement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La place prédominante qu’ont tenue la Russie et l’Allemagne dans la formation du spectaculaire concentré, et les États-Unis dans celle du spectaculaire diffus, semble avoir appartenu à la France et à l’Italie au moment de la mise en place du spectaculaire intégré, par le jeu d’une série de facteurs historiques communs : rôle important des parti et syndicat staliniens dans la vie politique et intellectuelle, faible tradition démocratique, longue monopolisation du pouvoir par un seul parti de gouvernement, nécessité d’en finir avec une contestation révolutionnaire apparue par surprise.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le spectaculaire intégré se manifeste à la fois comme concentré et comme diffus, et depuis cette unification fructueuse il a su employer plus grandement l’une et l’autre qualités. Leur mode d’application antérieur a beaucoup changé. À considérer le côté concentré, le centre directeur en est maintenant devenu occulte : on n’y place jamais plus un chef connu, ni une idéologie claire. Et à considérer le côté diffus, l’influence spectaculaire n’avait jamais marqué à ce point la presque totalité des conduites et des objets qui sont produits socialement. Car le sens final du spectaculaire intégré, c’est qu’il s’est intégré dans la réalité même à mesure qu’il en parlait ; et qu’il la reconstruisait comme il en parlait. De sorte que cette réalité maintenant ne se tient plus en face de lui comme quelque chose d’étranger. Quand le spectaculaire était concentré la plus grande part de la société périphérique lui échappait ; et quand il était diffus, une faible part ; aujourd’hui rien. Le spectacle s’est mélangé à toute réalité, en l’irradiant. Comme on pouvait facilement le prévoir en théorie, l’expérience pratique de l’accomplissement sans frein des volontés de la raison marchande aura montré vite et sans exceptions que le devenir-monde de la falsification était aussi un devenir-falsification du monde. Hormis un héritage encore important, mais destiné à se réduire toujours, de livres et de bâtiments anciens, qui du reste sont de plus en plus souvent sélectionnés et mis en perspective selon les convenances du spectacle, il n’existe plus rien, dans la culture et dans la nature, qui n’ait été transformé, et pollué, selon les moyens et les intérêts de l’industrie moderne. La génétique même est devenue pleinement accessible aux forces dominantes de la société.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le gouvernement du spectacle, qui à présent détient tous les moyens de falsifier l’ensemble de la production aussi bien que de la perception, est maître absolu des souvenirs comme il est maître incontrôlé des projets qui façonnent le plus lointain avenir. Il règne seul partout ; il exécute ses jugements sommaires.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est dans de telles conditions que l’on peut voir se déchaîner soudainement, avec une allégresse carnavalesque, une fin parodique de la division du travail ; d’autant mieux venue qu’elle coïncide avec le mouvement général de disparition de toute vraie compétence. Un financier va chanter, un avocat va se faire indicateur de police, un boulanger va exposer ses préférences littéraires, un acteur va gouverner, un cuisinier va philosopher sur les moments de cuisson comme jalons dans l’histoire universelle. Chacun peut surgir dans le spectacle afin de s’adonner publiquement, ou parfois pour s’être livré secrètement, à une activité complètement autre que la spécialité par laquelle il s’était d’abord fait connaître. Là où la possession d’un « statut médiatique » a pris une importance infiniment plus grande que la valeur de ce que l’on a été capable de faire réellement, il est normal que ce statut soit aisément transférable, et confère le droit de briller, de la même façon, n’importe où ailleurs. Le plus souvent, ces particules médiatiques accélérées poursuivent leur simple carrière dans l’admirable statutairement garanti. Mais il arrive que la transition médiatique fasse la couverture entre beaucoup d’entreprises, officiellement indépendantes, mais en fait secrètement reliées par différents réseaux ad hoc. De sorte que, parfois, la division sociale du travail, ainsi que la solidarité couramment prévisible de son emploi, reparaissent sous des formes tout à fait nouvelles : par exemple, on peut désormais publier un roman pour préparer un assassinat. Ces pittoresques exemples veulent dire aussi que l’on ne peut plus se fier à personne sur son métier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais l’ambition la plus haute du spectaculaire intégré, c’est encore que les agents secrets deviennent des révolutionnaires, et que les révolutionnaires deviennent des agents secrets.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;b&gt;V&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;La société modernisée jusqu’au stade du spectaculaire intégré se caractérise par l’effet combiné de cinq traits principaux, qui sont : le renouvellement technologique incessant ; la fusion économico-étatique ; le secret généralisé ; le faux sans réplique ; un présent perpétuel.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le mouvement d’innovation technologique dure depuis longtemps, et il est constitutif de la société capitaliste, dite parfois industrielle ou post-industrielle. Mais depuis qu’il a pris sa plus récente accélération (au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale), il renforce d’autant mieux l’autorité spectaculaire, puisque par lui chacun se découvre entièrement livré à l’ensemble des spécialistes, à leurs calculs et à leurs jugements toujours satisfaits sur ces calculs. La fusion économico-étatique est la tendance la plus manifeste de ce siècle ; et elle y est pour le moins devenue le moteur du développement économique le plus récent. L’alliance défensive et offensive conclue entre ces deux puissances, l’économie et l’État, leur a assuré les plus grands bénéfices communs, dans tous les domaines : on peut dire de chacune qu’elle possède l’autre ; il est absurde de les opposer, ou de distinguer leurs raisons et leurs déraisons. Cette union s’est aussi montrée extrêmement favorable au développement de la domination spectaculaire, qui précisément, dès sa formation, n’était pas autre chose. Les trois derniers traits sont les effets directs de cette domination, à son stade intégré.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le secret généralisé se tient derrière le spectacle, comme le complément décisif de ce qu’il montre et, si l’on descend au fond des choses, comme sa plus importante opération.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le seul fait d’être désormais sans réplique a donné au faux une qualité toute nouvelle. C’est du même coup le vrai qui a cessé d’exister presque partout, ou dans le meilleur cas s’est vu réduit à l’état d’une hypothèse qui ne peut jamais être démontrée. Le faux sans réplique a achevé de faire disparaître l’opinion publique, qui d’abord s’était trouvée incapable de se faire entendre ; puis, très vite par la suite, de seulement se former. Cela entraîne évidemment d’importantes conséquences dans la politique, les sciences appliquées, la justice, la connaissance artistique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La construction d’un présent où la mode elle-même, de l’habillement aux chanteurs, s’est immobilisée, qui veut oublier le passé et qui ne donne plus l’impression de croire à un avenir, est obtenue par l’incessant passage circulaire de l’information, revenant à tout instant sur une liste très succincte des mêmes vétilles, annoncées passionnément comme d’importantes nouvelles ; alors que ne passent que rarement, et par brèves saccades, les nouvelles véritablement importantes, sur ce qui change effectivement. Elles concernent toujours la condamnation que ce monde semble avoir prononcée contre son existence, les étapes de son auto-destruction programmée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;b&gt;VI&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;La première intention de la domination spectaculaire était de faire disparaître la connaissance historique en général ; et d’abord presque toutes les informations et tous les commentaires raisonnables sur le plus récent passé. Une si flagrante évidence n’a pas besoin d’être expliquée. Le spectacle organise avec maîtrise l’ignorance de ce qui advient et, tout de suite après, l’oubli de ce qui a pu quand même en être connu. Le plus important est le plus caché. Rien, depuis vingt ans, n’a été recouvert de tant de mensonges commandés que l’histoire de mai 1968. D’utiles leçons ont pourtant été tirées de quelques études démystifiées sur ces journées et leurs origines ; mais c’est le secret de l’État.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En France, il y a déjà une dizaine d’années, un président de la République, oublié depuis mais flottant alors à la surface du spectacle, exprimait naïvement la joie qu’il ressentait, « sachant que nous vivrons désormais dans un monde sans mémoire, où, comme sur la surface de l’eau, l’image chasse indéfiniment l’image ». C’est en effet commode pour qui est aux affaires ; et sait y rester. La fin de l’histoire est un plaisant repos pour tout pouvoir présent. Elle lui garantit absolument le succès de l’ensemble de ses entreprises, ou du moins le bruit du succès.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un pouvoir absolu supprime d’autant plus radicalement l’histoire qu’il a pour ce faire des intérêts ou des obligations plus impérieux, et surtout selon qu’il a trouvé de plus ou moins grandes facilités pratiques d’exécution. Ts’in Che-houang-ti a fait brûler les livres, mais il n’a pas réussi à les faire disparaître tous. Staline avait poussé plus loin la réalisation d’un tel projet dans notre siècle mais, malgré les complicités de toutes sortes qu’il a pu trouver hors des frontières de son empire, il restait une vaste zone du monde inaccessible à sa police, où l’on riait de ses impostures. Le spectaculaire intégré a fait mieux, avec de très nouveaux procédés, et en opérant cette fois mondialement. L’ineptie qui se fait respecter partout, il n’est plus permis d’en rire ; en tout cas il est devenu impossible de faire savoir qu’on en rit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le domaine de l’histoire était le mémorable, la totalité des événements dont les conséquences se manifesteraient longtemps. C’était inséparablement la connaissance qui devrait durer, et aiderait à comprendre, au moins partiellement, ce qu’il adviendrait de nouveau : « une acquisition pour toujours », dit Thucydide. Par là l’histoire était la mesure d’une nouveauté véritable ; et qui vend la nouveauté a tout intérêt à faire disparaître le moyen de la mesurer. Quand l’important se fait socialement reconnaître comme ce qui est instantané, et va l’être encore l’instant d’après, autre et même, et que remplacera toujours une autre importance instantanée, on peut aussi bien dire que le moyen employé garantit une sorte d’éternité de cette non-importance, qui parle si haut.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le précieux avantage que le spectacle a retiré de cette mise hors la loi de l’histoire, d’avoir déjà condamné toute l’histoire récente à passer à la clandestinité, et d’avoir réussi à faire oublier très généralement l’esprit historique dans la société, c’est d’abord de couvrir sa propre histoire : le mouvement même de sa récente conquête du monde. Son pouvoir apparaît déjà familier, comme s’il avait depuis toujours été là. Tous les usurpateurs ont voulu faire oublier qu’ils viennent d’arriver.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;b&gt;VII&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Avec la destruction de l’histoire, c’est l’événement contemporain lui-même qui s’éloigne aussitôt dans une distance fabuleuse, parmi ses récits invérifiables, ses statistiques incontrôlables, ses explications invraisemblables et ses raisonnements intenables. À toutes les sottises qui sont avancées spectaculairement, il n’y a jamais que des médiatiques qui pourraient répondre, par quelques respectueuses rectifications ou remontrances, et encore en sont-ils avares car, outre leur extrême ignorance, leur solidarité, de métier et de cœur, avec l’autorité générale du spectacle, et avec la société qu’il exprime, leur fait un devoir, et aussi un plaisir, de ne jamais s’écarter de cette autorité, dont la majesté ne doit pas être lésée. Il ne faut pas oublier que tout médiatique, et par salaire et par autres récompenses ou soultes, a toujours un maître, parfois plusieurs ; et que tout médiatique se sait remplaçable.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tous les experts sont médiatiques-étatiques, et ne sont reconnus experts que par là. Tout expert sert son maître, car chacune des anciennes possibilités d’indépendance a été à peu près réduite à rien par les conditions d’organisation de la société présente. L’expert qui sert le mieux, c’est, bien sûr, l’expert qui ment. Ceux qui ont besoin de l’expert, ce sont, pour des motifs différents, le falsificateur et l’ignorant. Là où l’individu n’y reconnaît plus rien par lui-même, il sera formellement rassuré par l’expert. Il était auparavant normal qu’il y ait des experts de l’art des Étrusques ; et ils étaient toujours compétents, car l’art étrusque n’est pas sur le marché. Mais, par exemple, une époque qui trouve rentable de falsifier chimiquement nombre de vins célèbres, ne pourra les vendre que si elle a formé des experts en vins qui entraîneront les caves à aimer leurs nouveaux parfums, plus reconnaissables. Cervantès remarque que « sous un mauvais manteau, on trouve souvent un bon buveur ». Celui qui connaît le vin ignore souvent les règles de l’industrie nucléaire ; mais la domination spectaculaire estime que, puisqu’un expert s’est moqué de lui à propos d’industrie nucléaire, un autre expert pourra bien s’en moquer à propos du vin. Et on sait, par exemple, combien l’expert en météorologie médiatique, qui annonce les températures ou les pluies prévues pour les quarante-huit heures à venir, est tenu à beaucoup de réserves par l’obligation de maintenir des équilibres économiques, touristiques et régionaux, quand tant de gens circulent si souvent sur tant de routes, entre des lieux également désolés ; de sorte qu’il aura plutôt à réussir comme amuseur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un aspect de la disparition de toute connaissance historique objective se manifeste à propos de n’importe quelle réputation personnelle, qui est devenue malléable et rectifiable à volonté par ceux qui contrôlent toute l’information, celle que l’on recueille et aussi celle, bien différente, que l’on diffuse ; ils ont donc toute licence pour falsifier. Car une évidence historique dont on ne veut rien savoir dans le spectacle n’est plus une évidence. Là où personne n’a plus que la renommée qui lui a été attribuée comme une faveur par la bienveillance d’une Cour spectaculaire, la disgrâce peut suivre instantanément. Une notoriété anti-spectaculaire est devenue quelque chose d’extrêmement rare. Je suis moi-même l’un des derniers vivants à en posséder une ; à n’en avoir jamais eu d’autre. Mais c’est aussi devenu extraordinairement suspect. La société s’est officiellement proclamée spectaculaire. Être connu en dehors des relations spectaculaires, cela équivaut déjà à être connu comme ennemi de la société.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il est permis de changer du tout au tout le passé de quelqu’un, de le modifier radicalement, de le recréer dans le style des procès de Moscou ; et sans qu’il soit même nécessaire de recourir aux lourdeurs d’un procès. On peut tuer à moindres frais. Les faux témoins, peut-être maladroits — mais quelle capacité de sentir cette maladresse pourrait-elle rester aux spectateurs qui seront témoins des exploits de ces faux témoins ? — et les faux documents, toujours excellents, ne peuvent manquer à ceux qui gouvernent le spectaculaire intégré, ou à leurs amis. Il n’est donc plus possible de croire, sur personne, rien de ce qui n’a pas été connu par soi-même, et directement. Mais, en fait, on n’a même plus très souvent besoin d’accuser faussement quelqu’un. Dès lors que l’on détient le mécanisme commandant la seule vérification sociale qui se fait pleinement et universellement reconnaître, on dit ce qu’on veut. Le mouvement de la démonstration spectaculaire se prouve simplement en marchant en rond : en revenant, en se répétant, en continuant d’affirmer sur l’unique terrain où réside désormais ce qui peut s’affirmer publiquement, et se faire croire, puisque c’est de cela seulement que tout le monde sera témoin. L’autorité spectaculaire peut également nier n’importe quoi, une fois, trois fois, et dire qu’elle n’en parlera plus, et parler d’autre chose ; sachant bien qu’elle ne risque plus aucune autre riposte sur son propre terrain, ni sur un autre. Car il n’existe plus d’agora, de communauté générale ; ni même de communautés restreintes à des corps intermédiaires ou à des institutions autonomes, à des salons ou des cafés, aux travailleurs d’une seule entreprise ; nulle place où le débat sur les vérités qui concernent ceux qui sont là puisse s’affranchir durablement de l’écrasante présence du discours médiatique, et des différentes forces organisées pour le relayer. Il n’existe plus maintenant de jugement, garanti relativement indépendant, de ceux qui constituaient le monde savant ; de ceux par exemple qui, autrefois, plaçaient leur fierté dans une capacité de vérification, permettant d’approcher ce qu’on appelait l’histoire impartiale des faits, de croire au moins qu’elle méritait d’être connue. Il n’y a même plus de vérité bibliographique incontestable, et les résumés informatisés des fichiers des bibliothèques nationales pourront en supprimer d’autant mieux les traces. On s’égarerait en pensant à ce que furent naguère des magistrats, des médecins, des historiens, et aux obligations impératives qu’ils se reconnaissaient, souvent, dans les limites de leurs compétences : les hommes ressemblent plus à leur temps qu’à leur père.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce dont le spectacle peut cesser de parler pendant trois jours est comme ce qui n’existe pas. Car il parle alors de quelque chose d’autre, et c’est donc cela qui, dès lors, en somme, existe. Les conséquences pratiques, on le voit, en sont immenses.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On croyait savoir que l’histoire était apparue, en Grèce, avec la démocratie. On peut vérifier qu’elle disparaît du monde avec elle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il faut pourtant ajouter, à cette liste des triomphes du pouvoir, un résultat pour lui négatif : un État, dans la gestion duquel s’installe durablement un grand déficit de connaissances historiques, ne peut plus être conduit stratégiquement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;b&gt;VIII&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;La société qui s’annonce démocratique, quand elle est parvenue au stade du spectaculaire intégré, semble être admise partout comme étant la réalisation d’une perfection fragile. De sorte qu’elle ne doit plus être exposée à des attaques, puisqu’elle est fragile ; et du reste n’est plus attaquable, puisque parfaite comme jamais société ne fut. C’est une société fragile parce qu’elle a grand mal à maîtriser sa dangereuse expansion technologique. Mais c’est une société parfaite pour être gouvernée ; et la preuve, c’est que tous ceux qui aspirent à gouverner veulent gouverner celle-là, par les mêmes procédés, et la maintenir presque exactement comme elle est. C’est la première fois, dans l’Europe contemporaine, qu’aucun parti ou fragment de parti n’essaie plus de seulement prétendre qu’il tenterait de changer quelque chose d’important. La marchandise ne peut plus être critiquée par personne : ni en tant que système général, ni même en tant que cette pacotille déterminée qu’il aura convenu aux chefs d’entreprises de mettre pour l’instant sur le marché.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Partout où règne le spectacle, les seules forces organisées sont celles qui veulent le spectacle. Aucune ne peut donc plus être ennemie de ce qui existe, ni transgresser l’omertà qui concerne tout. On en a fini avec cette inquiétante conception, qui avait dominé durant plus de deux cents ans, selon laquelle une société pouvait être critiquable et transformable, réformée ou révolutionnée. Et cela n’a pas été obtenu par l’apparition d’arguments nouveaux, mais tout simplement parce que les arguments sont devenus inutiles. À ce résultat, on mesurera, plutôt que le bonheur général, la force redoutable des réseaux de la tyrannie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jamais censure n’a été plus parfaite. Jamais l’opinion de ceux à qui l’on fait croire encore, dans quelques pays, qu’ils sont restés des citoyens libres, n’a été moins autorisée à se faire connaître, chaque fois qu’il s’agit d’un choix qui affectera leur vie réelle. Jamais il n’a été permis de leur mentir avec une si parfaite absence de conséquence. Le spectateur est seulement censé ignorer tout, ne mériter rien. Qui regarde toujours, pour savoir la suite, n’agira jamais : et tel doit bien être le spectateur. On entend citer fréquemment l’exception des États-Unis, où Nixon avait fini par pâtir un jour d’une série de dénégations trop cyniquement maladroites ; mais cette exception toute locale, qui avait quelques vieilles causes historiques, n’est manifestement plus vraie, puisque Reagan a pu faire récemment la même chose avec impunité. Tout ce qui n’est jamais sanctionné est véritablement permis. Il est donc archaïque de parler de scandale. On prête à un homme d’État italien de premier plan, ayant siégé simultanément dans le ministère et dans le gouvernement parallèle appelé P. 2, Potere Due, un mot qui résume le plus profondément la période où, un peu après l’Italie et les États-Unis, est entré le monde entier : « Il y avait des scandales, mais il n’y en a plus. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, Marx décrivait le rôle envahissant de l’État dans la France du second Empire, riche alors d’un demi-million de fonctionnaires : « Tout devint ainsi un objet de l’activité gouvernementale, depuis le pont, la maison d’école, la propriété communale d’un village jusqu’aux chemins de fer, aux propriétés nationales et aux universités provinciales. » La fameuse question du financement des partis politiques se posait déjà à l’époque, puisque Marx note que « les partis qui, à tour de rôle, luttaient pour la suprématie, voyaient dans la prise de possession de cet édifice énorme la proie principale du vainqueur ». Voilà qui sonne tout de même un peu bucolique et, comme on dit, dépassé, puisque les spéculations de l’État d’aujourd’hui concernent plutôt les villes nouvelles et les autoroutes, la circulation souterraine et la production d’énergie électro-nucléaire, la recherche pétrolière et les ordinateurs, l’administration des banques et les centres socio-culturels, les modifications du « paysage audiovisuel » et les exportations clandestines d’armes, la promotion immobilière et l’industrie pharmaceutique, l’agro-alimentaire et la gestion des hôpitaux, les crédits militaires et les fonds secrets du département, à toute heure grandissant, qui doit gérer les nombreux services de protection de la société. Et pourtant Marx est malheureusement resté trop longtemps actuel, qui évoque dans le même livre ce gouvernement « qui ne prend pas la nuit des décisions qu’il veut exécuter dans la journée, mais décide le jour et exécute la nuit ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;b&gt;IX&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Cette démocratie si parfaite fabrique elle-même son inconcevable ennemi, le terrorisme. Elle veut, en effet, être jugée sur ses ennemis plutôt que sur ses résultats. L’histoire du terrorisme est écrite par l’État ; elle est donc éducative. Les populations spectatrices ne peuvent certes pas tout savoir du terrorisme, mais elles peuvent toujours en savoir assez pour être persuadées que, par rapport à ce terrorisme, tout le reste devra leur sembler plutôt acceptable, en tout cas plus rationnel et plus démocratique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La modernisation de la répression a fini par mettre au point, d’abord dans l’expérience-pilote de l’Italie sous le nom de « repentis », des accusateurs professionnels assermentés ; ce qu’à leur première apparition au XVIIe siècle, lors des troubles de la Fronde, on avait appelé des « témoins à brevet ». Ce progrès spectaculaire de la Justice a peuplé les prisons italiennes de plusieurs milliers de condamnés qui expient une guerre civile qui n’a pas eu lieu, une sorte de vaste insurrection armée qui par hasard n’a jamais vu venir son heure, un putschisme tissé de l’étoffe dont sont faits les rêves.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On peut remarquer que l’interprétation des mystères du terrorisme paraît avoir introduit une symétrie entre des opinions contradictoires ; comme s’il s’agissait de deux écoles philosophiques professant des constructions métaphysiques absolument antagonistes. Certains ne verraient dans le terrorisme rien de plus que quelques évidentes manipulations par des services secrets ; d’autres estimeraient qu’au contraire il ne faut reprocher aux terroristes que leur manque total de sens historique. L’emploi d’un peu de logique historique permettrait de conclure assez vite qu’il n’y a rien de contradictoire à considérer que des gens qui manquent de tout sens historique peuvent également être manipulés ; et même encore plus facilement que d’autres. Il est aussi plus facile d’amener à « se repentir » quelqu’un à qui l’on peut montrer que l’on savait tout, d’avance, de ce qu’il a cru faire librement. C’est un effet inévitable des formes organisationnelles clandestines de type militaire, qu’il suffit d’infiltrer peu de gens en certains points du réseau pour en faire marcher, et tomber, beaucoup. La critique, dans ces questions d’évaluation des luttes armées, doit analyser quelquefois une de ces opérations en particulier, sans se laisser égarer par la ressemblance générale que toutes auraient éventuellement revêtue. On devrait d’ailleurs s’attendre, comme logiquement probable, à ce que les services de protection de l’État pensent à utiliser tous les avantages qu’ils rencontrent sur le terrain du spectacle, lequel justement a été de longue date organisé pour cela ; c’est au contraire la difficulté de s’en aviser qui est étonnante, et ne sonne pas juste.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’intérêt actuel de la justice répressive dans ce domaine consiste bien sûr à généraliser au plus vite. L’important dans cette sorte de marchandise, c’est l’emballage, ou l’étiquette : les barres de codage. Tout ennemi de la démocratie spectaculaire en vaut un autre, comme se valent toutes les démocraties spectaculaires. Ainsi, il ne peut plus y avoir de droit d’asile pour les terroristes, et même si l’on ne leur reproche pas de l’avoir été, ils vont certainement le devenir, et l’extradition s’impose. En novembre 1978, sur le cas de Gabor Winter, jeune ouvrier typographe accusé principalement, par le gouvernement de la République Fédérale Allemande, d’avoir rédigé quelques tracts révolutionnaires, Mlle Nicole Pradain, représentant du ministère public devant la Chambre d’accusation de la Cour d’appel de Paris, a vite démontré que « les motivations politiques », seule cause de refus d’extradition prévue par la convention franco-allemande du 29 novembre 1951, ne pouvaient être invoquées :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Gabor Winter n’est pas un délinquant politique, mais social. Il refuse les contraintes sociales. Un vrai délinquant politique n’a pas de sentiment de rejet devant la société. Il s’attaque aux structures politiques et non, comme Gabor Winter, aux structures sociales. » La notion du délit politique respectable ne s’est vue reconnaître en Europe qu’à partir du moment où la bourgeoisie avait attaqué avec succès les structures sociales antérieurement établies. La qualité de délit politique ne pouvait se disjoindre des diverses intentions de la critique sociale. C’était vrai pour Blanqui, Varlin, Durruti. On affecte donc maintenant de vouloir garder, comme un luxe peu coûteux, un délit purement politique, que personne sans doute n’aura plus jamais l’occasion de commettre, puisque personne ne s’intéresse plus au sujet ; hormis les professionnels de la politique eux-mêmes, dont les délits ne sont presque jamais poursuivis, et ne s’appellent pas non plus politiques. Tous les délits et les crimes sont effectivement sociaux. Mais de tous les crimes sociaux, aucun ne devra être regardé comme pire que l’impertinente prétention de vouloir encore changer quelque chose dans cette société, qui pense qu’elle n’a été jusqu’ici que trop patiente et trop bonne ; mais qui ne veut plus être blâmée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;b&gt;X&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;La dissolution de la logique a été poursuivie, selon les intérêts fondamentaux du nouveau système de domination, par différents moyens qui ont opéré en se prêtant toujours un soutien réciproque. Plusieurs de ces moyens tiennent à l’instrumentation technique qu’a expérimentée et popularisée le spectacle ; mais quelques-uns sont plutôt liés à la psychologie de masse de la soumission.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sur le plan des techniques, quand l’image construite et choisie par quelqu’un d’autre est devenue le principal rapport de l’individu au monde qu’auparavant il regardait par lui-même, de chaque endroit où il pouvait aller, on n’ignore évidemment pas que l’image va supporter tout ; parce qu’à l’intérieur d’une même image on peut juxtaposer sans contradiction n’importe quoi. Le flux des images emporte tout, et c’est également quelqu’un d’autre qui gouverne à son gré ce résumé simplifié du monde sensible ; qui choisit où ira ce courant, et aussi le rythme de ce qui devra s’y manifester, comme perpétuelle surprise arbitraire, ne voulant laisser nul temps à la réflexion, et tout à fait indépendamment de ce que le spectateur peut en comprendre ou en penser. Dans cette expérience concrète de la soumission permanente, se trouve la racine psychologique de l’adhésion si générale à ce qui est là ; qui en vient à lui reconnaître ipso facto une valeur suffisante. Le discours spectaculaire tait évidemment, outre ce qui est proprement secret, tout ce qui ne lui convient pas. Il isole toujours, de ce qu’il montre, l’entourage, le passé, les intentions, les conséquences. Il est donc totalement illogique. Puisque personne ne peut plus le contredire, le spectacle a le droit de se contredire lui-même, de rectifier son passé. La hautaine attitude de ses serviteurs quand ils ont à faire savoir une version nouvelle, et peut-être plus mensongère encore, de certains faits, est de rectifier rudement l’ignorance et les mauvaises interprétations attribuées à leur public, alors qu’ils sont ceux-là mêmes qui s’empressaient la veille de répandre cette erreur, avec leur assurance coutumière. Ainsi, l’enseignement du spectacle et l’ignorance des spectateurs passent indûment pour des facteurs antagoniques alors qu’ils naissent l’un de l’autre. Le langage binaire de l’ordinateur est également une irrésistible incitation à admettre dans chaque instant, sans réserve, ce qui a été programmé comme l’a bien voulu quelqu’un d’autre, et qui se fait passer pour la source intemporelle d’une logique supérieure, impartiale et totale. Quel gain de vitesse, et de vocabulaire, pour juger de tout ! Politique ? Social ? Il faut choisir. Ce qui est l’un ne peut être l’autre. Mon choix s’impose. On nous siffle, et l’on sait pour qui sont ces structures. Il n’est donc pas surprenant que, dès l’enfance, les écoliers aillent facilement commencer, et avec enthousiasme, par le Savoir Absolu de l’informatique : tandis qu’ils ignorent toujours davantage la lecture, qui exige un véritable jugement à toutes les lignes ; et qui seule aussi peu donner accès à la vaste expérience humaine antéspectaculaire. Car la conversation est presque morte, et bientôt le seront beaucoup de ceux qui savaient parler.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sur le plan des moyens de la pensée des populations contemporaines, la première cause de la décadence tient clairement au fait que tout discours montré dans le spectacle ne laisse aucune place à la réponse ; et la logique ne s’était socialement formée que dans le dialogue. Mais aussi, quand s’est répandu le respect de ce qui parle dans le spectacle, qui est censé être important, riche, prestigieux, qui est l’autorité même, la tendance se répand aussi parmi les spectateurs de vouloir être aussi illogiques que le spectacle, pour afficher un reflet individuel de cette autorité. Enfin, la logique n’est pas facile, et personne n’a souhaité la leur enseigner. Aucun drogué n’étudie la logique ; parce qu’il n’en a plus besoin, et parce qu’il n’en a plus la possibilité. Cette paresse du spectateur est aussi celle de n’importe quel cadre intellectuel, du spécialiste vite formé, qui essaiera dans tous les cas de cacher les étroites limites de ses connaissances par la répétition dogmatique de quelque argument d’autorité illogique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;b&gt;XI&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;On croit généralement que ceux qui ont montré la plus grande incapacité en matière de logique sont précisément ceux qui se sont proclamés révolutionnaires. Ce reproche injustifié vient d’une époque antérieure, où presque tout le monde pensait avec un minimum de logique, à l’éclatante exception des crétins et des militants ; et chez ceux-ci la mauvaise foi souvent s’y mêlait, voulue parce que crue efficace. Mais il n’est pas possible aujourd’hui de négliger le fait que l’usage intensif du spectacle a, comme il fallait s’y attendre, rendu idéologue la majorité des contemporains, quoique seulement par saccades et par fragments. Le manque de logique, c’est-à-dire la perte de la possibilité de reconnaître instantanément ce qui est important et ce qui est mineur ou hors de la question ; ce qui est incompatible ou inversement pourrait bien être complémentaire ; tout ce qu’implique telle conséquence et ce que, du même coup, elle interdit ; cette maladie a été volontairement injectée à haute dose dans la population par les anesthésistes-réanimateurs du spectacle. Les contestataires n’ont été d’aucune manière plus irrationnels que les gens soumis. C’est seulement que, chez eux, cette irrationalité générale se voit plus intensément, parce qu’en affichant leur projet, ils ont essayé de mener une opération pratique ; ne serait-ce que lire certains textes en montrant qu’ils en comprennent le sens. Ils se sont donné diverses obligations de dominer la logique, et jusqu’à la stratégie, qui est très exactement le champ complet du déploiement de la logique dialectique des conflits ; alors que, tout comme les autres, ils sont même fort dépourvus de la simple capacité de se guider sur les vieux instruments imparfaits de la logique formelle. On n’en doute pas à propos d’eux ; alors que l’on n’y pense guère à propos des autres.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’individu que cette pensée spectaculaire appauvrie a marqué en profondeur, et plus que tout autre élément de sa formation, se place ainsi d’entrée de jeu au service de l’ordre établi, alors que son intention subjective a pu être complètement contraire à ce résultat. Il suivra pour l’essentiel le langage du spectacle, car c’est le seul qui lui est familier : celui dans lequel on lui a appris à parler. Il voudra sans doute se montrer ennemi de sa rhétorique ; mais il emploiera sa syntaxe. C’est un des points les plus importants de la réussite obtenue par la domination spectaculaire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La disparition si rapide du vocabulaire préexistant n’est qu’un moment de cette opération. Elle la sert.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;b&gt;XII&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;L’effacement de la personnalité accompagne fatalement les conditions de l’existence concrètement soumise aux normes spectaculaires, et ainsi toujours plus séparée des possibilités de connaître des expériences qui soient authentiques, et par là de découvrir ses préférences individuelles. L’individu, paradoxalement, devra se renier en permanence, s’il tient à être un peu considéré dans une telle société. Cette existence postule en effet une fidélité toujours changeante, une suite d’adhésions constamment décevantes à des produits fallacieux. Il s’agit de courir vite derrière l’inflation des signes dépréciés de la vie. La drogue aide à se conformer à cette organisation des choses ; la folie aide à la fuir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans toutes sortes d’affaires de cette société, où la distribution des biens s’est centralisée de telle manière qu’elle est devenue maîtresse, à la fois d’une façon notoire et d’une façon secrète, de la définition même de ce que pourra être le bien, il arrive que l’on attribue à certaines personnes des qualités, ou des connaissances, ou quelquefois même des vices, parfaitement imaginaires, pour expliquer par de telles causes le développement satisfaisant de certaines entreprises ; et cela à seule fin de cacher, ou du moins de dissimuler autant que possible, la fonction de diverses ententes qui décident de tout.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cependant, malgré ses fréquentes intentions, et ses lourds moyens, de mettre en lumière la pleine dimension de nombreuses personnalités supposées remarquables, la société actuelle, et pas seulement par tout ce qui a remplacé aujourd’hui les arts, ou par les discours à ce propos, montre beaucoup plus souvent le contraire : l’incapacité complète se heurte à une autre incapacité comparable ; elles s’affolent, et c’est à qui se mettra en déroute avant l’autre. Il arrive qu’un avocat, oubliant qu’il ne figure dans un procès que pour y être l’homme d’une cause, se laisse sincèrement influencer par un raisonnement de l’avocat adverse ; et même alors que ce raisonnement a pu être tout aussi peu rigoureux que le sien propre. Il arrive aussi qu’un suspect, innocent, avoue momentanément ce crime qu’il n’a pas commis ; pour la seule raison qu’il avait été impressionné par la logique de l’hypothèse d’un délateur qui voulait le croire coupable (cas du docteur Archambeau, à Poitiers, en 1984).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;McLuhan lui-même, le premier apologiste du spectacle, qui paraissait l’imbécile le plus convaincu de son siècle, a changé d’avis en découvrant enfin, en 1976, que « la pression des mass media pousse vers l’irrationnel », et qu’il deviendrait urgent d’en modérer l’emploi. Le penseur de Toronto avait auparavant passé plusieurs décennies à s’émerveiller des multiples libertés qu’apportait ce « village planétaire » si instantanément accessible à tous sans fatigue. Les villages, contrairement aux villes, ont toujours été dominés par le conformisme, l’isolement, la surveillance mesquine, l’ennui, les ragots toujours répétés sur quelques mêmes familles. Et c’est bien ainsi que se présente désormais la vulgarité de la planète spectaculaire, où il n’est plus possible de distinguer la dynastie des Grimaldi-Monaco, ou des Bourbons-Franco, de celle qui avait remplacé les Stuart. Pourtant d’ingrats disciples essaient aujourd’hui de faire oublier McLuhan, et de rajeunir ses premières trouvailles, visant à leur tour une carrière dans l’éloge médiatique de toutes ces nouvelles libertés qui seraient à « choisir » aléatoirement dans l’éphémère. Et probablement ils se renieront plus vite que leur inspirateur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;b&gt;XIII&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Le spectacle ne cache pas que quelques dangers environnent l’ordre merveilleux qu’il a établi. La pollution des océans et la destruction des forêts équatoriales menacent le renouvellement de l’oxygène de la Terre ; sa couche d’ozone résiste mal au progrès industriel ; les radiations d’origine nucléaire s’accumulent irréversiblement. Le spectacle conclut seulement que c’est sans importance. Il ne veut discuter que sur les dates et les doses. Et en ceci seulement, il parvient à rassurer ; ce qu’un esprit pré-spectaculaire aurait tenu pour impossible.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les méthodes de la démocratie spectaculaire sont d’une grande souplesse, contrairement à la simple brutalité du diktat totalitaire. On peut garder le nom quand la chose a été secrètement changée (de la bière, du bœuf, un philosophe). On peut aussi bien changer le nom quand la chose a été secrètement continuée : par exemple en Angleterre l’usine de retraitement des déchets nucléaires de Windscale a été amenée à faire appeler sa localité Sellafield afin de mieux égarer les soupçons, après un désastreux incendie en 1957, mais ce retraitement toponymique n’a pas empêché l’augmentation de la mortalité par cancer et leucémie dans ses alentours. Le gouvernement anglais, on l’apprend démocratiquement trente ans plus tard, avait alors décidé de garder secret un rapport sur la catastrophe qu’il jugeait, et non sans raison, de nature à ébranler la confiance que le public accordait au nucléaire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les pratiques nucléaires, militaires ou civiles, nécessitent une dose de secret plus forte que partout ailleurs ; où comme on sait il en faut déjà beaucoup. Pour faciliter la vie, c’est-à-dire les mensonges, des savants élus par les maîtres de ce système, on a découvert l’utilité de changer aussi les mesures, de les varier selon un plus grand nombre de points de vue, les raffiner, afin de pouvoir jongler, selon les cas, avec plusieurs de ces chiffres difficilement convertibles. C’est ainsi que l’on peut disposer, pour évaluer la radioactivité, des unités de mesure suivantes : le curie, le becquerel, le röntgen, le rad, alias centigray, le rem, sans oublier le facile millirad et le sivert, qui n’est autre qu’une pièce de 100 rems. Cela évoque le souvenir des subdivisions de la monnaie anglaise, dont les étrangers ne maîtrisaient pas vite la complexité, au temps où Sellafield s’appelait encore Windscale.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On conçoit la rigueur et la précision qu’auraient pu atteindre, au XIXe siècle, l’histoire des guerres et, par conséquent, les théoriciens de la stratégie si, afin de ne pas donner d’informations trop confidentielles aux commentateurs neutres ou aux historiens ennemis, on s’en était habituellement tenu à rendre compte d’une campagne en ces termes : « La phase préliminaire comporte une série d’engagements où, de notre côté, une solide avant-garde, constituée par quatre généraux et les unités placées sous leur commandement, se heurte à un corps ennemi comptant 13 000 baïonnettes. Dans la phase ultérieure se développe une bataille rangée, longuement disputée, où s’est portée la totalité de notre armée, avec ses 290 canons et sa cavalerie forte de 18 000 sabres ; tandis que l’adversaire lui a opposé des troupes qui n’alignaient pas moins de 3 600 lieutenants d’infanterie, quarante capitaines de hussards et vingt-quatre de cuirassiers. Après des alternances d’échecs et de succès de part et d’autre, la bataille peut être considérée finalement comme indécise. Nos pertes, plutôt au-dessous du chiffre moyen que l’on constate habituellement dans des combats d’une durée et d’une intensité comparables, sont sensiblement supérieures à celles des Grecs à Marathon, mais restent inférieures à celles des Prussiens à Iéna. » D’après cet exemple, il n’est pas impossible à un spécialiste de se faire une idée vague des forces engagées. Mais la conduite des opérations est assurée de rester au-dessus de tout jugement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En juin 1987, Pierre Bacher, directeur adjoint de l’équipement à l’E.D.F., a exposé la dernière doctrine de la sécurité des centrales nucléaires. En les dotant de vannes et de filtres, il devient beaucoup plus facile d’éviter les catastrophes majeures, la fissuration ou l’explosion de l’enceinte, qui toucheraient l’ensemble d’une « région ». C’est ce que l’on obtient à trop vouloir confiner. Il vaut mieux, chaque fois que la machine fait mine de s’emballer, décompresser doucement, en arrosant un étroit voisinage de quelques kilomètres, voisinage qui sera chaque fois très différemment et aléatoirement prolongé par le caprice des vents. Il révèle que, dans les deux années précédentes, les discrets essais menés à Cadarache, dans la Drôme, « ont concrètement montré que les rejets — essentiellement des gaz — ne dépassent pas quelques pour mille, au pire un pour cent de la radioactivité régnant dans l’enceinte ». Ce pire reste donc très modéré : un pour cent. Auparavant on était sûrs qu’il n’y avait aucun risque, sauf dans le cas d’accident, logiquement impossible. Les premières années d’expérience ont changé ce raisonnement ainsi : puisque l’accident est toujours possible, ce qu’il faut éviter, c’est qu’il atteigne un seuil catastrophique, et c’est aisé. Il suffit de contaminer coup par coup avec modération. Qui ne sent qu’il est infiniment plus sain de se borner pendant quelques années à boire 140 centilitres de vodka par jour, au lieu de commencer tout de suite à s’enivrer comme des Polonais ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il est assurément dommage que la société humaine rencontre de si brûlants problèmes au moment où il est devenu matériellement impossible de faire entendre la moindre objection au discours marchand ; au moment où la domination, justement parce qu’elle est abritée par le spectacle de toute réponse à ses décisions et justifications fragmentaires ou délirantes, croit qu’elle n’a plus besoin de penser ; et véritablement ne sait plus penser. Aussi ferme que soit le démocrate, ne préférerait-il pas qu’on lui ait choisi des maîtres plus intelligents ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À la conférence internationale d’experts tenue à Genève en décembre 1986, il était tout simplement question d’une interdiction mondiale de la production de chlorofluorocarbone, le gaz qui fait disparaître depuis peu, mais à très vive allure, la mince couche d’ozone qui protégeait cette planète — on s’en souviendra — contre les effets nocifs du rayonnement cosmique. Daniel Verilhe, représentant de la filiale de produits chimiques d’Elf-Aquitaine, et siégeant à ce titre dans une délégation française fermement opposée à cette interdiction, faisait une remarque pleine de sens : « Il faut bien trois ans pour mettre au point d’éventuels substituts et les coûts peuvent être multipliés par quatre. » On sait que cette fugitive couche d’ozone, à une telle altitude, n’appartient à personne, et n’a aucune valeur marchande. Le stratège industriel a donc pu faire mesurer à ses contradicteurs toute leur inexplicable insouciance économique, par ce rappel à la réalité : « Il est très hasardeux de baser une stratégie industrielle sur des impératifs en matière d’environnement. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ceux qui avaient, il y a déjà bien longtemps, commencé à critiquer l’économie politique en la définissant comme « le reniement achevé de l’homme », ne s’étaient pas trompés. On la reconnaîtra à ce trait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;b&gt;XIV&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;On entend dire que la science est maintenant soumise à des impératifs de rentabilité économique ; cela a toujours été vrai. Ce qui est nouveau, c’est que l’économie en soit venue à faire ouvertement la guerre aux humains ; non plus seulement aux possibilités de leur vie, mais à celles de leur survie. C’est alors que la pensée scientifique a choisi, contre une grande part de son propre passé anti-esclavagiste, de servir la domination spectaculaire. La science possédait, avant d’en venir là, une autonomie relative. Elle savait donc penser sa parcelle de réalité ; et ainsi elle avait pu immensément contribuer à augmenter les moyens de l’économie. Quand l’économie toute-puissante est devenue folle, et les temps spectaculaires ne sont rien d’autre, elle a supprimé les dernières traces de l’autonomie scientifique, inséparablement sur le plan méthodologique et sur le plan des conditions pratiques de l’activité des « chercheurs ». On ne demande plus à la science de comprendre le monde, ou d’y améliorer quelque chose. On lui demande de justifier instantanément tout ce qui se fait. Aussi stupide sur ce terrain que sur tous les autres, qu’elle exploite avec la plus ruineuse irréflexion, la domination spectaculaire a fait abattre l’arbre gigantesque de la connaissance scientifique à seule fin de s’y faire tailler une matraque. Pour obéir à cette ultime demande sociale d’une justification manifestement impossible, il vaut mieux ne plus trop savoir penser, mais être au contraire assez bien exercé aux commodités du discours spectaculaire. Et c’est en effet dans cette carrière qu’a lestement trouvé sa plus récente spécialisation, avec beaucoup de bonne volonté, la science prostituée de ces jours méprisables&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La science de la justification mensongère était naturellement apparue dès les premiers symptômes de la décadence de la société bourgeoise, avec la prolifération cancéreuse des pseudo-sciences dites « de l’homme » ; mais par exemple la médecine moderne avait pu, un temps, se faire passer pour utile, et ceux qui avaient vaincu la variole ou la lèpre étaient autres que ceux qui ont bassement capitulé devant les radiations nucléaires ou la chimie agro-alimentaire. On remarque vite que la médecine aujourd’hui n’a, bien sûr, plus le droit de défendre la santé de la population contre l’environnement pathogène, car ce serait s’opposer à l’État, ou seulement à l’industrie pharmaceutique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais ce n’est pas seulement par cela qu’elle est obligée de taire, que l’activité scientifique présente avoue ce qu’elle est devenue. C’est aussi par ce que, très souvent, elle a la simplicité de dire. Annonçant en novembre 1985, après une expérimentation de huit jours sur quatre malades, qu’ils avaient peut-être découvert un remède efficace contre le S.I.D.A., les professeurs Even et Andrieu, de l’hôpital Laënnec, soulevèrent deux jours après, les malades étant morts, quelques réserves de la part de plusieurs médecins, moins avancés ou peut-être jaloux, pour leur façon assez précipitée de courir faire enregistrer ce qui n’était qu’une trompeuse apparence de victoire ; quelques heures avant l’écroulement. Et ceux-là s’en défendirent sans se troubler, en affirmant qu’« après tout, mieux vaut de faux espoirs que pas d’espoir du tout ». Ils étaient même trop ignorants pour reconnaître que cet argument, à lui seul, était un complet reniement de l’esprit scientifique ; et qu’il avait historiquement toujours servi à couvrir les profitables rêveries des charlatans et des sorciers, dans les temps où on ne leur confiait pas la direction des hôpitaux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand la science officielle en vient à être conduite de la sorte, comme tout le reste du spectacle social qui, sous une présentation matériellement modernisée et enrichie, n’a fait que reprendre les très anciennes techniques des tréteaux forains — illusionnistes, aboyeurs et barons —, on ne peut être surpris de voir quelle grande autorité reprennent parallèlement, un peu partout, les mages et les sectes, le zen emballé sous vide ou la théologie des Mormons. L’ignorance, qui a bien servi les puissances établies, a été en surplus toujours exploitée par d’ingénieuses entreprises qui se tenaient en marge des lois. Quel moment plus favorable que celui où l’analphabétisme a tant progressé ? Mais cette réalité est niée à son tour par une autre démonstration de sorcellerie. L’U.N.E.S.C.O., lors de sa fondation, avait adopté une définition scientifique, très précise, de l’analphabétisme qu’elle se donnait pour tâche de combattre dans les pays arriérés. Quand on a vu revenir inopinément le même fait, mais cette fois du côté des pays dits avancés, comme un autre, attendant Grouchy, vit surgir Blücher dans sa bataille, il a suffi de faire donner la Garde des experts ; et ils ont vite enlevé la formule d’un seul assaut irrésistible, en remplaçant le terme analphabétisme par celui d’illettrisme : comme un « faux patriotique » peut paraître opportunément pour soutenir une bonne cause nationale. Et pour fonder sur le roc, entre pédagogues, la pertinence du néologisme, on fait vite passer une nouvelle définition, comme si elle était admise depuis toujours, et selon laquelle, tandis que l’analphabète était, on sait, celui qui n’avait jamais appris à lire, l’illettré au sens moderne est, tout au contraire, celui qui a appris la lecture (et l’a même mieux apprise qu’avant, peuvent du coup témoigner froidement les plus doués des théoriciens et historiens officiels de la pédagogie), mais qui l’a par hasard aussitôt oubliée. Cette surprenante explication risquerait d’être moins apaisante qu’inquiétante, si elle n’avait l’art d’éviter, en parlant à côté et comme si elle ne la voyait pas, la première conséquence qui serait venue à l’esprit de tous dans des époques plus scientifiques : à savoir que ce dernier phénomène mériterait lui-même d’être expliqué, et combattu, puisqu’il n’avait jamais pu être observé, ni même imaginé, où que ce soit, avant les récents progrès de la pensée avariée ; quand la décadence de l’explication accompagne d’un pas égal la décadence de la pratique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;b&gt;XV&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Il y a plus de cent ans, le Nouveau Dictionnaire des Synonymes français d’A.-L. Sardou définissait les nuances qu’il faut saisir entre : fallacieux, trompeur, imposteur, séducteur, insidieux, captieux ; et qui ensemble constituent aujourd’hui une sorte de palette des couleurs qui conviennent à un portrait de la société du spectacle. Il n’appartenait pas à son temps, ni à son expérience de spécialiste, d’exposer aussi clairement les sens voisins, mais très différents, des périls que doit normalement s’attendre à affronter tout groupe qui s’adonne à la subversion, et suivant par exemple cette gradation : égaré, provoqué, infiltré, manipulé, usurpé, retourné. Ces nuances considérables ne sont jamais apparues, en tout cas, aux doctrinaires de la « lutte armée ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Fallacieux, du latin fallaciosus, habile ou habitué à tromper, plein de fourberie : la terminaison de cet adjectif équivaut au superlatif de trompeur. Ce qui trompe ou induit à erreur de quelque manière que ce soit, est trompeur : ce qui est fait pour tromper, abuser, jeter dans l’erreur par un dessein formé de tromper avec l’artifice et l’appareil imposant le plus propre pour abuser, est fallacieux. Trompeur est un mot générique et vague ; tous les genres de signes et d’apparences incertaines sont trompeurs : fallacieux désigne la fausseté, la fourberie, l’imposture étudiée ; des discours, des protestations, des raisonnements sophistiques, sont fallacieux. Ce mot a des rapports avec ceux d’imposteur, de séducteur, d’insidieux, de captieux, mais sans équivalent. Imposteur désigne tous les genres de fausses apparences, ou de trames concertées pour abuser ou pour nuire ; l’hypocrisie, par exemple, la calomnie, etc. Séducteur exprime l’action propre de s’emparer de quelqu’un, de l’égarer par des moyens adroits et insinuants. Insidieux ne marque que l’action de tendre adroitement des pièges et d’y faire tomber. Captieux se borne à l’action subtile de surprendre quelqu’un et de le faire tomber dans l’erreur. Fallacieux rassemble la plupart de ces caractères. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;b&gt;XVI&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Le concept, encore jeune, de désinformation a été récemment importé de Russie, avec beaucoup d’autres inventions utiles à la gestion des États modernes. Il est toujours hautement employé par un pouvoir, ou corollairement par des gens qui détiennent un fragment d’autorité économique ou politique, pour maintenir ce qui est établi ; et toujours en attribuant à cet emploi une fonction contre-offensive. Ce qui peut s’opposer à une seule vérité officielle doit être forcément une désinformation émanant de puissances hostiles, ou au moins de rivaux, et elle aurait été intentionnellement faussée par la malveillance. La désinformation ne serait pas la simple négation d’un fait qui convient aux autorités, ou la simple affirmation d’un fait qui ne leur convient pas : on appelle cela psychose. Contrairement au pur mensonge, la désinformation, et voilà en quoi le concept est intéressant pour les défenseurs de la société dominante, doit fatalement contenir une certaine part de vérité, mais délibérément manipulée par un habile ennemi. Le pouvoir qui parle de désinformation ne croit pas être lui-même absolument sans défauts, mais il sait qu’il pourra attribuer à toute critique précise cette excessive insignifiance qui est dans la nature de la désinformation ; et que de la sorte il n’aura jamais à convenir d’un défaut particulier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En somme, la désinformation serait le mauvais usage de la vérité. Qui la lance est coupable, et qui la croit, imbécile. Mais qui serait donc l’habile ennemi ? Ici, ce ne peut pas être le terrorisme, qui ne risque de « désinformer » personne, puisqu’il est chargé de représenter ontologiquement l’erreur la plus balourde et la moins admissible. Grâce à son étymologie, et aux souvenirs contemporains des affrontements limités qui, vers le milieu du siècle, opposèrent brièvement l’Est et l’Ouest, spectaculaire concentré et spectaculaire diffus, aujourd’hui encore le capitalisme du spectaculaire intégré fait semblant de croire que le capitalisme de bureaucratie totalitaire — présenté même parfois comme la base arrière ou l’inspiration des terroristes — reste son ennemi essentiel, comme aussi bien l’autre dira la même chose du premier ; malgré les preuves innombrables de leur alliance et solidarité profondes. En fait tous les pouvoirs qui sont installés, en dépit de quelques réelles rivalités locales, et sans vouloir le dire jamais, pensent continuellement ce qu’avait su rappeler un jour, du côté de la subversion et sans grand succès sur l’instant, un des rares internationalistes allemands après qu’eut commencé la guerre de 1914 : « L’ennemi principal est dans notre pays. » La désinformation est finalement l’équivalent de ce que représentaient, dans le discours de la guerre sociale du XIXe siècle, « les mauvaises passions ». C’est tout ce qui est obscur et risquerait de vouloir s’opposer à l’extraordinaire bonheur dont cette société, on le sait bien, fait bénéficier ceux qui lui ont fait confiance ; bonheur qui ne saurait être trop payé par différents risques ou déboires insignifiants. Et tous ceux qui voient ce bonheur dans le spectacle admettent qu’il n’y a pas à lésiner sur son coût ; tandis que les autres désinforment.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’autre avantage que l’on trouve à dénoncer, en l’expliquant ainsi, une désinformation bien particulière, c’est qu’en conséquence le discours global du spectacle ne saurait être soupçonné d’en contenir, puisqu’il peut désigner, avec la plus scientifique assurance, le terrain où se reconnaît la seule désinformation : c’est tout ce qu’on peut dire et qui ne lui plaira pas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est sans doute par erreur — à moins plutôt que ce ne soit un leurre délibéré — qu’a été agité récemment en France le projet d’attribuer officiellement une sorte de label à du médiatique « garanti sans désinformation » : ceci blessait quelques professionnels des media, qui voudraient encore croire, ou plus modestement faire croire, qu’ils ne sont pas effectivement censurés dès à présent. Mais surtout le concept de désinformation n’a évidemment pas à être employé défensivement, et encore moins dans une défensive statique, en garnissant une Muraille de Chine, une ligne Maginot, qui devrait couvrir absolument un espace censé être interdit à la désinformation. Il faut qu’il y ait de la désinformation, et qu’elle reste fluide, pouvant passer partout. Là où le discours spectaculaire n’est pas attaqué, il serait stupide de le défendre ; et ce concept s’userait extrêmement vite à le défendre, contre l’évidence, sur des points qui doivent au contraire éviter de mobiliser l’attention. De plus, les autorités n’ont aucun besoin réel de garantir qu’une information précise ne contiendrait pas de désinformation. Et elles n’en ont pas les moyens : elles ne sont pas si respectées, et ne feraient qu’attirer la suspicion sur l’information en cause. Le concept de désinformation n’est bon que dans la contre-attaque. Il faut le maintenir en deuxième ligne, puis le jeter instantanément en avant pour repousser toute vérité qui viendrait à surgir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si parfois une sorte de désinformation désordonnée risque d’apparaître, au service de quelques intérêts particuliers passagèrement en conflit, et d’être crue elle aussi, devenant incontrôlable et s’opposant par là au travail d’ensemble d’une désinformation moins irresponsable, ce n’est pas qu’il y ait lieu de craindre que dans celle-là ne se trouvent engagés d’autres manipulateurs plus experts ou plus subtils : c’est simplement parce que la désinformation se déploie maintenant dans un monde où il n’y a plus de place pour aucune vérification.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le concept confusionniste de désinformation est mis en vedette pour réfuter instantanément, par le seul bruit de son nom, toute critique que n’auraient pas suffi à faire disparaître les diverses agences de l’organisation du silence. Par exemple, on pourrait dire un jour, si cela paraissait souhaitable, que cet écrit est une entreprise de désinformation sur le spectacle ; ou bien, c’est la même chose, de désinformation au détriment de la démocratie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Contrairement à ce qu’affirme son concept spectaculaire inversé, la pratique de la désinformation ne peut que servir l’État ici et maintenant, sous sa conduite directe, ou à l’initiative de ceux qui défendent les mêmes valeurs. En fait, la désinformation réside dans toute l’information existante ; et comme son caractère principal. On ne la nomme que là où il faut maintenir, par l’intimidation, la passivité. Là où la désinformation est nommée, elle n’existe pas. Là où elle existe, on ne la nomme pas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand il y avait encore des idéologies qui s’affrontaient, qui se proclamaient pour ou contre tel aspect connu de la réalité, il y avait des fanatiques, et des menteurs, mais pas de « désinformateurs ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand il n’est plus permis, par le respect du consensus spectaculaire, ou au moins par une volonté de gloriole spectaculaire, de dire vraiment ce à quoi l’on s’oppose, ou aussi bien ce que l’on approuve dans toutes ses conséquences ; mais où l’on rencontre souvent l’obligation de dissimuler un côté que l’on considère, pour quelque raison, comme dangereux dans ce que l’on est censé admettre, alors on pratique la désinformation ; comme par étourderie, ou comme par oubli, ou par prétendu faux raisonnement. Et par exemple, sur le terrain de la contestation après 1968, les récupérateurs incapables qui furent appelés « pro-situs » ont été les premiers désinformateurs, parce qu’ils dissimulaient autant que possible les manifestations pratiques à travers lesquelles s’était affirmée la critique qu’ils se flattaient d’adopter ; et, point gênés d’en affaiblir l’expression, ils ne citaient jamais rien ni personne, pour avoir l’air d’avoir eux-mêmes trouvé quelque chose.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;b&gt;XVII&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Renversant une formule fameuse de Hegel, je notais déjà en 1967 que « dans le monde réellement renversé, le vrai est un moment du faux ». Les années passées depuis lors ont montré les progrès de ce principe dans chaque domaine particulier, sans exception.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi, dans une époque où ne peut plus exister d’art contemporain, il devient difficile de juger des arts classiques. Ici comme ailleurs, l’ignorance n’est produite que pour être exploitée. En même temps que se perdent ensemble le sens de l’histoire et le goût, on organise des réseaux de falsification. Il suffit de tenir les experts et les commissaires-priseurs, et c’est assez facile, pour tout faire passer puisque dans les affaires de cette nature, comme finalement dans les autres, c’est la vente qui authentifie toute valeur. Après, ce sont les collectionneurs ou les musées, notamment américains, qui, gorgés de faux, auront intérêt à en maintenir la bonne réputation, tout comme le Fonds Monétaire International maintient la fiction de la valeur positive des immenses dettes de cent nations.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le faux forme le goût, et soutient le faux, en faisant sciemment disparaître la possibilité de référence à l’authentique. On refait même le vrai, dès que c’est possible, pour le faire ressembler au faux. Les Américains, étant les plus riches et les plus modernes, ont été les principales dupes de ce commerce du faux en art. Et ce sont justement les mêmes qui financent les travaux de restauration de Versailles ou de la Chapelle Sixtine. C’est pourquoi les fresques de Michel-Ange devront prendre des couleurs ravivées de bande dessinée, et les meubles authentiques de Versailles acquérir ce vif éclat de la dorure qui les fera ressembler beaucoup au faux mobilier d’époque Louis XIV importé à grands frais au Texas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le jugement de Feuerbach, sur le fait que son temps préférait « l’image à la chose, la copie à l’original, la représentation à la réalité », a été entièrement confirmé par le siècle du spectacle, et cela dans plusieurs domaines où le XIXe siècle avait voulu rester à l’écart de ce qui était déjà sa nature profonde : la production industrielle capitaliste. C’est ainsi que la bourgeoisie avait beaucoup répandu l’esprit rigoureux du musée, de l’objet original, de la critique historique exacte, du document authentique. Mais aujourd’hui, c’est partout que le factice a tendance à remplacer le vrai. À ce point, c’est très opportunément que la pollution due à la circulation des automobiles oblige à remplacer par des répliques en plastique les chevaux de Marly ou les statues romanes du portail de Saint-Trophime. Tout sera en somme plus beau qu’avant, pour être photographié par des touristes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le point culminant est sans doute atteint par le risible faux bureaucratique chinois des grandes statues de la vaste armée industrielle du Premier Empereur, que tant d’hommes d’État en voyage ont été conviés à admirer in situ. Cela prouve donc, puisque l’on a pu se moquer d’eux si cruellement, qu’aucun ne disposait, dans la masse de tous leurs conseillers, d’un seul individu qui connaisse l’histoire de l’art, en Chine ou hors de Chine. On sait que leur instruction a été tout autre : « L’ordinateur de Votre Excellence n’en a pas été informé. » Cette constatation que, pour la première fois, on peut gouverner sans avoir aucune connaissance artistique ni aucun sens de l’authentique ou de l’impossible, pourrait à elle seule suffire à conjecturer que tous ces naïfs jobards de l’économie et de l’administration vont probablement conduire le monde à quelque grande catastrophe ; si leur pratique effective ne l’avait pas déjà montré.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;b&gt;XVIII&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Notre société est bâtie sur le secret, depuis les « sociétés-écrans » qui mettent à l’abri de toute lumière les biens concentrés des possédants jusqu’au « secret-défense » qui couvre aujourd’hui un immense domaine de pleine liberté extrajudiciaire de l’État ; depuis les secrets, souvent effrayants, de la fabrication pauvre, qui sont cachés derrière la publicité, jusqu’aux projections des variantes de l’avenir extrapolé, sur lesquelles la domination lit seule le cheminement le plus probable de ce qu’elle affirme n’avoir aucune sorte d’existence, tout en calculant les réponses qu’elle y apportera mystérieusement. On peut faire à ce propos quelques observations.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y a toujours un plus grand nombre de lieux, dans les grandes villes comme dans quelques espaces réservés de la campagne, qui sont inaccessibles, c’est-à-dire gardés et protégés de tout regard ; qui sont mis hors de portée de la curiosité innocente, et fortement abrités de l’espionnage. Sans être tous proprement militaires, ils sont sur ce modèle placés au-delà de tout risque de contrôle par des passants ou des habitants ; ou même par la police, qui a vu depuis longtemps ses fonctions ramenées aux seules surveillance et répression de la délinquance la plus commune. Et c’est ainsi qu’en Italie, lorsque Aldo Moro était prisonnier de Potere Due, il n’a pas été détenu dans un bâtiment plus ou moins introuvable, mais simplement dans un bâtiment impénétrable.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y a toujours un plus grand nombre d’hommes formés pour agir dans le secret ; instruits et exercés à ne faire que cela. Ce sont des détachements spéciaux d’hommes armés d’archives réservées, c’est-à-dire d’observations et d’analyses secrètes. Et d’autres sont armés de diverses techniques pour l’exploitation et la manipulation de ces affaires secrètes. Enfin, quand il s’agit de leurs branches « Action », ils peuvent également être équipés d’autres capacités de simplification des problèmes étudiés.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tandis que les moyens attribués à ces hommes spécialisés dans la surveillance et l’influence deviennent plus grands, ils rencontrent aussi des circonstances générales qui leur sont chaque année plus favorables. Quand par exemple les nouvelles conditions de la société du spectaculaire intégré ont forcé sa critique à rester réellement clandestine, non parce qu’elle se cache mais puisqu’elle est cachée par la pesante mise en scène de la pensée du divertissement, ceux qui sont pourtant chargés de surveiller cette critique, et au besoin de la démentir, peuvent finalement employer contre elle les recours traditionnels dans le milieu de la clandestinité : provocation, infiltrations, et diverses formes d’élimination de la critique authentique au profit d’une fausse qui aura pu être mise en place à cet effet. L’incertitude grandit, à tout propos, quand l’imposture générale du spectacle s’enrichit d’une possibilité de recours à mille impostures particulières. Un crime inexpliqué peut aussi être dit suicide, en prison comme ailleurs ; et la dissolution de la logique permet des enquêtes et des procès qui décollent verticalement dans le déraisonnable, et qui sont fréquemment faussés dès l’origine par d’extravagantes autopsies, que pratiquent de singuliers experts.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Depuis longtemps, on s’est habitué partout à voir exécuter sommairement toutes sortes de gens. Les terroristes connus, ou considérés comme tels, sont combattus ouvertement d’une manière terroriste. Le Mossad va tuer au loin Abou Jihad, ou les S.A.S. anglais des Irlandais, ou la police parallèle du « G.A.L. » des Basques. Ceux que l’on fait tuer par de supposés terroristes ne sont pas eux-mêmes choisis sans raison ; mais il est généralement impossible d’être assuré de connaître ces raisons. On peut savoir que la gare de Bologne a sauté pour que l’Italie continue d’être bien gouvernée ; et ce que sont les « Escadrons de la mort » au Brésil ; et que la Mafia peut incendier un hôtel aux États-Unis pour appuyer un racket. Mais comment savoir à quoi ont pu servir, au fond, les « tueurs fous du Brabant » ? Il est difficile d’appliquer le principe Cui prodest ? dans un monde où tant d’intérêts agissants sont si bien cachés. De sorte que, sous le spectaculaire intégré, on vit et on meurt au point de confluence d’un très grand nombre de mystères.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Des rumeurs médiatiques-policières prennent à l’instant, ou au pire après avoir été répétées trois ou quatre fois, le poids indiscuté de preuves historiques séculaires. Selon l’autorité légendaire du spectacle du jour, d’étranges personnages éliminés dans le silence reparaissent comme survivants fictifs, dont le retour pourra toujours être évoqué ou supputé, et prouvé par le plus simple on-dit des spécialistes. Ils sont quelque part entre l’Achéron et le Léthé, ces morts qui n’ont pas été régulièrement enterrés par le spectacle, ils sont censés dormir en attendant qu’on veuille les réveiller, tous, le terroriste redescendu des collines et le pirate revenu de la mer ; et le voleur qui n’a plus besoin de voler.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’incertitude est ainsi organisée partout. La protection de la domination procède très souvent par fausses attaques, dont le traitement médiatique fera perdre de vue la véritable opération : tel le bizarre coup de force de Tejero et de ses gardes civils aux Cortès en 1981, dont l’échec devait cacher un autre pronunciamiento plus moderne, c’est-à-dire masqué, qui a réussi. Également voyant, l’échec d’un sabotage par les services spéciaux français, en 1985, en Nouvelle-Zélande, a été parfois considéré comme un stratagème, peut-être destiné à détourner l’attention des nombreux nouveaux emplois de ces services, en faisant croire à leur caricaturale maladresse dans le choix des objectifs comme dans les modalités de l’exécution. Et plus assurément il a été presque partout estimé que les recherches géologiques d’un gisement pétrolier dans le sous-sol de la ville de Paris, qui ont été bruyamment menées à l’automne de 1986, n’avaient pas d’autre intention sérieuse que celle de mesurer le point qu’avait pu atteindre la capacité d’hébétude et de soumission des habitants ; en leur montrant une prétendue recherche si parfaitement démentielle sur le plan économique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le pouvoir est devenu si mystérieux qu’après l’affaire des ventes illégales d’armes à l’Iran par la présidence des États-Unis, on a pu se demander qui commandait vraiment aux États-Unis, la plus forte puissance du monde dit démocratique ? Et donc qui diable peut commander le monde démocratique ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Plus profondément, dans ce monde officiellement si plein de respect pour toutes les nécessités économiques, personne ne sait jamais ce que coûte véritablement n’importe quelle chose produite : en effet, la part la plus importante du coût réel n’est jamais calculée ; et le reste est tenu secret.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;b&gt;XIX&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Le général Noriega s’est fait un instant connaître mondialement au début de l’année 1988. Il était dictateur sans titre du Panama, pays sans armée, où il commandait la Garde Nationale. Car le Panama n’est pas vraiment un État souverain : il a été creusé pour son canal, et non l’inverse. Le dollar est sa monnaie, et la véritable armée qui y stationne est pareillement étrangère. Noriega avait donc fait toute sa carrière, ici parfaitement identique à celle de Jaruzelski en Pologne, comme général-policier, au service de l’occupant. Il était importateur de drogue aux États-Unis, car le Panama ne rapporte pas assez, et il exportait en Suisse ses capitaux « panaméens ». Il avait travaillé avec la C.I.A. contre Cuba et, pour avoir la couverture adéquate à ses activités économiques, il avait aussi dénoncé aux autorités américaines, si obsédées par ce problème, un certain nombre de ses rivaux dans l’importation. Son principal conseiller en matière de sécurité, qui donnait de la jalousie à Washington, était le meilleur sur le marché, Michael Harari, ancien officier du Mossad, le service secret d’Israël. Quand les Américains ont voulu se défaire du personnage, parce que certains de leurs tribunaux l’avaient imprudemment condamné, Noriega s’est déclaré prêt à se défendre pendant mille ans, par patriotisme panaméen, à la fois contre son peuple en révolte et contre l’étranger ; il a reçu aussitôt l’approbation publique des dictateurs bureaucratiques plus austères de Cuba et du Nicaragua, au nom de l’anti-impérialisme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Loin d’être une étrangeté étroitement panaméenne, ce général Noriega, qui vend tout et simule tout dans un monde qui partout fait de même, était, de part en part, comme sorte d’homme d’une sorte d’État, comme sorte de général, comme capitaliste, parfaitement représentatif du spectaculaire intégré ; et des réussites qu’il autorise dans les directions les plus variées de sa politique intérieure et internationale. C’est un modèle du prince de notre temps ; et parmi ceux qui se destinent à venir et à rester au pouvoir où que ce puisse être, les plus capables lui ressemblent beaucoup. Ce n’est pas le Panama qui produit de telles merveilles, c’est cette époque.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;b&gt;XX&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Pour tout service de renseignements, sur ce point en accord avec la juste théorie clausewitzienne de la guerre, un savoir doit devenir un pouvoir. De là ce service tire à présent son prestige, son espèce de poésie spéciale. Tandis que l’intelligence a été si absolument chassée du spectacle, qui ne permet pas d’agir et ne dit pas grand-chose de vrai sur l’action des autres, elle semble presque s’être réfugiée parmi ceux qui analysent des réalités, et agissent secrètement sur des réalités. Récemment, des révélations que Margaret Thatcher a tout fait pour étouffer, mais en vain, les authentifiant de la sorte, ont montré qu’en Angleterre ces services avaient déjà été capables d’amener la chute d’un ministère dont ils jugeaient la politique dangereuse. Le mépris général que suscite le spectacle redonne ainsi, pour de nouvelles raisons, une attirance à ce qui a pu être appelé, au temps de Kipling, « le grand jeu ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La « conception policière de l’histoire » était au XIXe siècle une explication réactionnaire, et ridicule, alors que tant de puissants mouvements sociaux agitaient les masses. Les pseudo-contestataires d’aujourd’hui savent bien cela, par ouï-dire ou par quelques livres, et croient que cette conclusion est restée vraie pour l’éternité ; ils ne veulent jamais voir la pratique réelle de leur temps ; parce qu’elle est trop triste pour leurs froides espérances. L’État ne l’ignore pas, et en joue.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au moment où presque tous les aspects de la vie politique internationale, et un nombre grandissant de ceux qui comptent dans la politique intérieure, sont conduits et montrés dans le style des services secrets, avec leurres, désinformation, double explication — celle qui peut en cacher une autre, ou seulement en avoir l’air — le spectacle se borne à faire connaître le monde fatigant de l’incompréhensible obligatoire, une ennuyeuse série de romans policiers privés de vie et où toujours manque la conclusion. C’est là que la mise en scène réaliste d’un combat de nègres, la nuit, dans un tunnel, doit passer pour un ressort dramatique suffisant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’imbécillité croit que tout est clair, quand la télévision a montré une belle image, et l’a commentée d’un hardi mensonge. La demi-élite se contente de savoir que presque tout est obscur, ambivalent, « monté » en fonction de codes inconnus. Une élite plus fermée voudrait savoir le vrai, très malaisé à distinguer clairement dans chaque cas singulier, malgré toutes les données réservées et les confidences dont elle peut disposer. C’est pourquoi elle aimerait connaître la méthode de la vérité, quoique chez elle cet amour reste généralement malheureux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;b&gt;XXI&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Le secret domine ce monde, et d’abord comme secret de la domination. Selon le spectacle, le secret ne serait qu’une nécessaire exception à la règle de l’information abondamment offerte sur toute la surface de la société, de même que la domination, dans ce « monde libre » du spectaculaire intégré, se serait réduite à n’être qu’un Département exécutif au service de la démocratie. Mais personne ne croit vraiment le spectacle. Comment les spectateurs acceptent-ils l’existence du secret qui, à lui seul, garantit qu’ils ne pourraient gérer un monde dont ils ignorent les principales réalités, si par extraordinaire on leur demandait vraiment leur avis sur la manière de s’y prendre ? C’est un fait que le secret n’apparaît à presque personne dans sa pureté inaccessible, et dans sa généralité fonctionnelle. Tous admettent qu’il y ait inévitablement une petite zone de secret réservée à des spécialistes ; et pour la généralité des choses, beaucoup croient être dans le secret.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La Boétie a montré, dans le Discours sur la servitude volontaire, comment le pouvoir d’un tyran doit rencontrer de nombreux appuis parmi les cercles concentriques des individus qui y trouvent, ou croient y trouver, leur avantage. Et de même beaucoup de gens, parmi les politiques ou médiatiques qui sont flattés qu’on ne puisse les soupçonner d’être des irresponsables connaissent beaucoup de choses par relations et par confidences. Celui qui est content d’être dans la confidence n’est guère porté à la critiquer ; ni donc à remarquer que, dans toutes les confidences, la part principale de réalité lui sera toujours cachée. Il connaît, par la bienveillante protection des tricheurs, un peu plus de cartes, mais qui peuvent être fausses ; et jamais la méthode qui dirige et explique le jeu. Il s’identifie donc tout de suite aux manipulateurs, et méprise l’ignorance qu’au fond il partage. Car les bribes d’information que l’on offre à ces familiers de la tyrannie mensongère sont normalement infectées de mensonge, incontrôlables, manipulées. Elles font plaisir pourtant à ceux qui y accèdent, car ils se sentent supérieurs à tous ceux qui ne savent rien. Elles ne valent du reste que pour faire mieux approuver la domination, et jamais pour la comprendre effectivement. Elles constituent le privilège des spectateurs de première classe : ceux qui ont la sottise de croire qu’ils peuvent comprendre quelque chose, non en se servant de ce qu’on leur cache, mais en croyant ce qu’on leur révèle !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La domination est lucide au moins en ceci qu’elle attend de sa propre gestion, libre et sans entraves, un assez grand nombre de catastrophes de première grandeur pour très bientôt ; et cela tant sur les terrains écologiques, chimique par exemple, que sur les terrains économiques, bancaire par exemple. Elle s’est mise, depuis quelque temps déjà, en situation de traiter ces malheurs exceptionnels autrement que par le maniement habituel de la douce désinformation.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;b&gt;XXII&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Quant aux assassinats, en nombre croissant depuis plus de deux décennies, qui sont restés entièrement inexpliqués — car si l’on a parfois sacrifié quelque comparse jamais il n’a été question de remonter aux commanditaires — leur caractère de production en série a sa marque : les mensonges patents, et changeants, des déclarations officielles ; Kennedy, Aldo Moro, Olaf Palme, des ministres ou financiers, un ou deux papes, d’autres qui valaient mieux qu’eux. Ce syndrome d’une maladie sociale récemment acquise s’est vite répandu un peu partout, comme si, à partir des premiers cas observés, il descendait des sommets des États, sphère traditionnelle de ce genre d’attentats, et comme si, en même temps, il remontait des bas-fonds, autre lieu traditionnel des trafics illégaux et protections, où s’est toujours déroulé ce genre de guerre, entre professionnels. Ces pratiques tendent à se rencontrer au milieu de toutes les affaires de la société, comme si en effet l’État ne dédaignait pas de s’y mêler, et la Mafia parvenait à s’y élever ; une sorte de jonction s’opérant par là.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On a tout entendu dire pour tenter d’expliquer accidentellement ce nouveau genre de mystères : incompétence des polices, sottise des juges d’instruction, inopportunes révélations de la presse, crise de croissance des services secrets, malveillance des témoins, grève catégorielle des délateurs. Edgar Poe pourtant avait déjà trouvé la direction certaine de la vérité, par son célèbre raisonnement du Double assassinat dans la rue Morgue :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Il me semble que le mystère est considéré comme insoluble, par la raison même qui devrait le faire regarder comme facile à résoudre —je veux parler du caractère excessif sous lequel il apparaît… Dans des investigations du genre de celle qui nous occupe, il ne faut pas tant se demander comment les choses se sont passées, qu’étudier en quoi elles se distinguent de tout ce qui est arrivé jusqu’à présent. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;b&gt;XXIII&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;En janvier 1988, la Mafia colombienne de la drogue publiait un communiqué destiné à rectifier l’opinion du public sur sa prétendue existence. La plus grande exigence d’une Mafia, où qu’elle puisse être constituée, est naturellement d’établir qu’elle n’existe pas, ou qu’elle a été victime de calomnies peu scientifiques ; et c’est son premier point de ressemblance avec le capitalisme. Mais en la circonstance, cette Mafia irritée d’être seule mise en vedette, est allée jusqu’à évoquer les autres groupements qui voudraient se faire oublier en la prenant abusivement comme bouc émissaire. Elle déclare : « Nous n’appartenons pas, nous, à la mafia bureaucratique et politicienne, ni à celle des banquiers et des financiers, ni à celle des millionnaires, ni à la mafia des grands contrats frauduleux, à celle des monopoles ou à celle du pétrole, ni à celle des grands moyens de communication. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On peut sans doute estimer que les auteurs de cette déclaration ont intérêt à déverser, tout comme les autres, leurs propres pratiques dans le vaste fleuve des eaux troubles de la criminalité, et des illégalités plus banales, qui arrose dans toute son étendue la société actuelle ; mais aussi il est juste de convenir que voilà des gens qui savent mieux que d’autres, par profession, de quoi ils parlent. La Mafia vient partout au mieux sur le sol de la société moderne. Elle est en croissance aussi rapide que les autres produits du travail par lequel la société du spectaculaire intégré façonne son monde. La Mafia grandit avec les immenses progrès des ordinateurs et de l’alimentation industrielle, de la complète reconstruction urbaine et du bidonville, des services spéciaux et de l’analphabétisme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;b&gt;XXIV&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;La Mafia n’était qu’un archaïsme transplanté, quand elle commençait à se manifester au début du siècle aux États-Unis, avec l’immigration de travailleurs siciliens ; comme au même instant apparaissaient sur la côte ouest des guerres de gangs entre les sociétés secrètes chinoises. Fondée sur l’obscurantisme et la misère, la Mafia ne pouvait alors même pas s’implanter dans l’Italie du Nord. Elle semblait condamnée à s’effacer partout devant l’État moderne. C’était une forme de crime organisé qui ne pouvait prospérer que sur la « protection » de minorités attardées, en dehors du monde des villes, là où ne pouvait pas pénétrer le contrôle d’une police rationnelle et des lois de la bourgeoisie. La tactique défensive de la Mafia ne pouvait jamais être que la suppression des témoignages, pour neutraliser la police et la justice, et faire régner dans sa sphère d’activité le secret qui lui est nécessaire. Elle a par la suite trouvé un champ nouveau dans le nouvel obscurantisme de la société du spectaculaire diffus, puis intégré : avec la victoire totale du secret, la démission générale des citoyens, la perte complète de la logique, et les progrès de la vénalité et de la lâcheté universelles, toutes les conditions favorables furent réunies pour qu’elle devînt une puissance moderne, et offensive.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La Prohibition américaine — grand exemple des prétentions des États du siècle au contrôle autoritaire de tout, et des résultats qui en découlent — a laissé au crime organisé, pendant plus d’une décennie, la gestion du commerce de l’alcool. La Mafia, à partir de là enrichie et exercée, s’est liée à la politique électorale, aux affaires, au développement du marché des tueurs professionnels, à certains détails de la politique internationale. Ainsi, elle fut favorisée par le gouvernement de Washington pendant la Deuxième Guerre mondiale, pour aider à l’invasion de la Sicile. L’alcool redevenu légal a été remplacé par les stupéfiants, qui ont alors constitué la marchandise-vedette des consommations illégales. Puis elle a pris une importance considérable dans l’immobilier, les banques, la grande politique et les grandes affaires de l’État, puis les industries du spectacle : télévision, cinéma, édition. C’est aussi vrai déjà, aux États-Unis en tout cas, pour l’industrie même du disque, comme partout où la publicité d’un produit dépend d’un nombre assez concentré de gens. On peut donc facilement faire pression sur eux, en les achetant ou en les intimidant, puisque l’on dispose évidemment de bien assez de capitaux, ou d’hommes de main qui ne peuvent être reconnus ni punis. En corrompant les disc jockeys, on décide donc de ce qui devra être le succès, parmi des marchandises si également misérables.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est sans doute en Italie que la Mafia, au retour de ses expériences et conquêtes américaines, a acquis la plus grande force : depuis l’époque de son compromis historique avec le gouvernement parallèle, elle s’est trouvée en situation de faire tuer des juges d’instruction ou des chefs de police : pratique qu’elle avait pu inaugurer dans sa participation aux montages du « terrorisme » politique. Dans des conditions relativement indépendantes, l’évolution similaire de l’équivalent japonais de la Mafia prouve bien l’unité de l’époque.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On se trompe chaque fois que l’on veut expliquer quelque chose en opposant la Mafia à l’État : ils ne sont jamais en rivalité. La théorie vérifie avec facilité ce que toutes les rumeurs de la vie pratique avaient trop facilement montré. La Mafia n’est pas étrangère dans ce monde ; elle y est parfaitement chez elle. Au moment du spectaculaire intégré, elle règne en fait comme le modèle de toutes les entreprises commerciales avancées.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;b&gt;XXV&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Avec les nouvelles conditions qui prédominent actuellement dans la société écrasée sous le talon de fer du spectacle, on sait que, par exemple, un assassinat politique se trouve placé dans une autre lumière ; en quelque sorte tamisée. Il y a partout beaucoup plus de fous qu’autrefois, mais ce qui est infiniment plus commode, c’est que l’on peut en parler follement. Et ce n’est pas une quelconque terreur régnante qui imposerait de telles explications médiatiques. Au contraire, c’est l’existence paisible de telles explications qui doit causer de la terreur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand en 1914, la guerre étant imminente, Villain assassina Jaurès, personne n’a douté que Villain, individu sans doute assez peu équilibré, avait cru devoir tuer Jaurès parce que celui-ci paraissait, aux yeux d’extrémistes de la droite patriotique qui avaient profondément influencé Villain, quelqu’un qui serait certainement nuisible pour la défense du pays. Ces extrémistes avaient seulement sous-estimé l’immense force du consentement patriotique dans le parti socialiste, qui devait le pousser instantanément à « l’union sacrée » ; que Jaurès fût assassiné ou qu’au contraire on lui laissât l’occasion de tenir ferme sur sa position internationaliste en refusant la guerre. Aujourd’hui, en présence d’un tel événement, des journalistes-policiers, experts notoires en « faits de société » et en « terrorisme », diraient tout de suite que Villain était bien connu pour avoir à plusieurs reprises esquissé des tentatives de meurtre, la pulsion visant chaque fois des hommes, qui pouvaient professer des opinions politiques très diverses, mais qui tous avaient par hasard une ressemblance physique ou vestimentaire avec Jaurès. Des psychiatres l’attesteraient, et les media, rien qu’en attestant qu’ils l’ont dit, attesteraient par le fait même leur compétence et leur impartialité d’experts incomparablement autorisés. Puis l’enquête policière officielle pourrait établir dès le lendemain que l’on vient de découvrir plusieurs personnes honorables qui sont prêtes à témoigner du fait que ce même Villain, s’estimant un jour mal servi à la « Chope du Croissant », avait, en leur présence, abondamment menacé de se venger prochainement du cafetier, en abattant devant tout le monde, et sur place, un de ses meilleurs clients.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce n’est pas dire que, dans le passé, la vérité s’imposait souvent et tout de suite ; puisque Villain a été finalement acquitté par la Justice française. Il n’a été fusillé qu’en 1936, quand éclata la révolution espagnole, car il avait commis l’imprudence de résider aux îles Baléares.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;b&gt;XXVI&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;C’est parce que les nouvelles conditions d’un maniement profitable des affaires économiques, au moment où l’État détient une part hégémonique dans l’orientation de la production et où la demande pour toutes les marchandises dépend étroitement de la centralisation réalisée dans l’information-incitation spectaculaire, à laquelle devront aussi s’adapter les formes de la distribution, l’exigent impérativement que l’on voit se constituer partout des réseaux d’influence ou des sociétés secrètes. Ce n’est donc qu’un produit naturel du mouvement de concentration des capitaux, de la production, de la distribution. Ce qui, en cette matière, ne s’étend pas, doit disparaître ; et aucune entreprise ne peut s’étendre qu’avec les valeurs, les techniques, les moyens, de ce que sont aujourd’hui l’industrie, le spectacle, l’État. C’est, en dernière analyse, le développement particulier qui a été choisi par l’économie de notre époque, qui en vient à imposer partout la formation de nouveaux liens personnels de dépendance et de protection.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est justement en ce point que réside la profonde vérité de cette formule, si bien comprise dans l’Italie entière, qu’emploie la Mafia sicilienne : « Quand on a de l’argent et des amis, on se rit de la Justice. » Dans le spectaculaire intégré, les lois dorment ; parce qu’elles n’avaient pas été faites pour les nouvelles techniques de production, et parce qu’elles sont tournées dans la distribution par des ententes d’un type nouveau. Ce que pense, ou ce que préfère, le public, n’a plus d’importance. Voilà ce qui est caché par le spectacle de tant de sondages d’opinions, d’élections, de restructurations modernisantes. Quels que soient les gagnants, le moins bon sera enlevé par l’aimable clientèle : puisque ce sera exactement ce qui aura été produit pour elle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On ne parle à tout instant d’« État de droit » que depuis le moment où l’État moderne dit démocratique a généralement cessé d’en être un : ce n’est point par hasard que l’expression n’a été popularisée que peu après 1970, et d’abord justement en Italie. En plusieurs domaines, on fait même des lois précisément afin qu’elles soient tournées, par ceux-là qui justement en auront tous les moyens. L’illégalité en certaines circonstances, par exemple autour du commerce mondial de toutes sortes d’armements, et plus souvent concernant des produits de la plus haute technologie, n’est qu’une sorte de force d’appoint de l’opération économique ; qui s’en trouvera d’autant plus rentable. Aujourd’hui, beaucoup d’affaires sont nécessairement malhonnêtes comme le siècle, et non comme l’étaient autrefois celles que pratiquaient, par séries clairement délimitées, des gens qui avaient choisi les voies de la malhonnêteté.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À mesure que croissent les réseaux de promotion-contrôle pour jalonner et tenir des secteurs exploitables du marché, s’accroît aussi le nombre de services personnels qui ne peuvent être refusés à ceux qui sont au courant, et qui n’ont pas davantage refusé leur aide ; et ce ne sont pas toujours des policiers ou des gardiens des intérêts ou de la sécurité de l’État. Les complicités fonctionnelles communiquent au loin, et très longtemps, car leurs réseaux disposent de tous les moyens d’imposer ces sentiments de reconnaissance ou de fidélité qui, malheureusement, ont toujours été si rares dans l’activité libre des temps bourgeois.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On apprend toujours quelque chose de son adversaire. Il faut croire que les gens de l’État ont été amenés, eux aussi, à lire les remarques du jeune Lukács sur les concepts de légalité et d’illégalité ; au moment où ils ont eu à traiter le passage éphémère d’une nouvelle génération du négatif — Homère a dit qu’« une génération d’hommes passe aussi vite qu’une génération de feuilles ». Les gens de l’État, dès lors, ont pu cesser comme nous de s’embarrasser de n’importe quelle sorte d’idéologie sur cette question ; et il est vrai que les pratiques de la société spectaculaire ne favorisaient plus du tout des illusions idéologiques de ce genre. À propos de nous tous finalement, on pourra conclure que ce qui nous a empêché souvent de nous enfermer dans une seule activité illégale, c’est que nous en avons eu plusieurs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;b&gt;XXVII&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Thucydide, au livre VIII, chapitre 66, de La Guerre du Péloponnèse dit, à propos des opérations d’une autre conspiration oligarchique, quelque chose qui a beaucoup de parenté avec la situation où nous nous trouvons :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Qui plus est, ceux qui y prenaient la parole étaient du complot et les discours qu’ils prononçaient avaient été soumis au préalable à l’examen de leurs amis. Aucune opposition ne se manifestait parmi le reste des citoyens, qu’effrayait le nombre des conjurés. Lorsque quelqu’un essayait malgré tout de les contredire, on trouvait aussitôt un moyen commode de le faire mourir. Les meurtriers n’étaient pas recherchés et aucune poursuite n’était engagée contre ceux qu’on soupçonnait. Le peuple ne réagissait pas et les gens étaient tellement terrorisés qu’ils s’estimaient heureux, même en restant muets, d’échapper aux violences. Croyant les conjurés bien plus nombreux qu’ils n’étaient, ils avaient le sentiment d’une impuissance complète. La ville était trop grande et ils ne se connaissaient pas assez les uns les autres, pour qu’il leur fût possible de découvrir ce qu’il en était vraiment. Dans ces conditions, si indigné qu’on fût, on ne pouvait confier ses griefs à personne. On devait donc renoncer à engager une action contre les coupables, car il eût fallu pour cela s’adresser soit à un inconnu, soit à une personne de connaissance en qui on n’avait pas confiance. Dans le parti démocratique, les relations personnelles étaient partout empreintes de méfiance et l’on se demandait toujours si celui auquel on avait affaire n’était pas de connivence avec les conjurés. Il y avait en effet parmi ces derniers des hommes dont on n’aurait jamais cru qu’ils se rallieraient à l’oligarchie. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si l’histoire doit nous revenir après cette éclipse, ce qui dépend de facteurs encore en lutte et donc d’un aboutissement que nul ne saurait exclure avec certitude, ces Commentaires pourront servir à écrire un jour l’histoire du spectacle ; sans doute le plus important événement qui se soit produit dans ce siècle ; et aussi celui que l’on s’est le moins aventuré à expliquer. En des circonstances différentes, je crois que j’aurais pu me considérer comme grandement satisfait de mon premier travail sur ce sujet, et laisser à d’autres le soin de regarder la suite. Mais, dans le moment où nous sommes, il m’a semblé que personne d’autre ne le ferait.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;b&gt;XXVIII&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Des réseaux de promotion-contrôle, on glisse insensiblement aux réseaux de surveillance-désinformation. Autrefois, on ne conspirait jamais que contre un ordre établi. Aujourd’hui, conspirer en sa faveur est un nouveau métier en grand développement. Sous la domination spectaculaire, on conspire pour la maintenir, et pour assurer ce qu’elle seule pourra appeler sa bonne marche. Cette conspiration fait partie de son fonctionnement même.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On a déjà commencé à mettre en place quelques moyens d’une sorte de guerre civile préventive, adaptés à différentes projections de l’avenir calculé. Ce sont des « organisations spécifiques », chargées d’intervenir sur quelques points selon les besoins du spectaculaire intégré. On a ainsi prévu, pour la pire des éventualités, une tactique dite par plaisanterie « des Trois Cultures », en évocation d’une place de Mexico à l’été de 1968, mais cette fois sans prendre de gants, et qui du reste devrait être appliquée avant le jour de la révolte. Et en dehors de cas si extrêmes, il n’est pas nécessaire, pour être un bon moyen de gouvernement, que l’assassinat inexpliqué touche beaucoup de monde ou revienne assez fréquemment : le seul fait que l’on sache que sa possibilité existe, complique tout de suite les calculs en un très grand nombre de domaines. Il n’a pas non plus besoin d’être intelligemment sélectif, ad hominem. L’emploi du procédé d’une manière purement aléatoire serait peut-être plus productif.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On s’est mis aussi en situation de faire composer des fragments d’une critique sociale d’élevage, qui ne sera plus confiée à des universitaires ou des médiatiques, qu’il vaut mieux désormais tenir éloignés des menteries trop traditionnelles en ce débat ; mais critique meilleure, lancée et exploitée d’une façon nouvelle, maniée par une autre espèce de professionnels, mieux formés. Il commence à paraître, d’une manière assez confidentielle, des textes lucides, anonymes ou signés par des inconnus — tactique d’ailleurs facilitée par la concentration des connaissances de tous sur les bouffons du spectacle ; laquelle a fait que les gens inconnus paraissent justement les plus estimables —, non seulement sur des sujets qui ne sont jamais abordés dans le spectacle, mais encore avec des arguments dont la justesse est rendue plus frappante par l’espèce d’originalité, calculable, qui leur vient du fait de n’être en somme jamais employés, quoiqu’ils soient assez évidents. Cette pratique peut servir au moins de premier degré d’initiation pour recruter des esprits un peu éveillés, à qui l’on dira plus tard, s’ils semblent convenables, une plus grande dose de la suite possible. Et ce qui sera, pour certains, le premier pas d’une carrière, sera pour d’autres — moins bien classés — le premier degré du piège dans lequel on les prendra.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans certains cas, il s’agit de créer, sur des questions qui risqueraient de devenir brûlantes, une autre pseudo-opinion critique ; et entre les deux opinions qui surgiraient ainsi, l’une et l’autre étrangères aux miséreuses conventions spectaculaires, le jugement ingénu pourra indéfiniment osciller, et la discussion pour les peser sera relancée chaque fois qu’il conviendra. Plus souvent, il s’agit d’un discours général sur ce qui est médiatiquement caché, et ce discours pourra être fort critique, et sur quelques points manifestement intelligent, mais en restant curieusement décentré. Les thèmes et les mots ont été sélectionnés facticement, à l’aide d’ordinateurs informés en pensée critique. Il y a dans ces textes quelques absences, assez peu visibles, mais tout de même remarquables : le point de fuite de la perspective y est toujours anormalement absent. Ils ressemblent au fac simile d’une arme célèbre, où manque seulement le percuteur. C’est nécessairement une critique latérale, qui voit plusieurs choses avec beaucoup de franchise et de justesse, mais en se plaçant de côté. Ceci non parce qu’elle affecterait une quelconque impartialité, car il lui faut au contraire avoir l’air de blâmer beaucoup, mais sans jamais sembler ressentir le besoin de laisser paraître quelle est sa cause ; donc de dire, même implicitement, d’où elle vient et vers quoi elle voudrait aller.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À cette sorte de fausse critique contre-journalistique, peut se joindre la pratique organisée de la rumeur, dont on sait qu’elle est originairement une sorte de rançon sauvage de l’information spectaculaire, puisque tout le monde ressent au moins vaguement un caractère trompeur dans celle-ci, et donc le peu de confiance qu’elle mérite. La rumeur a été à l’origine superstitieuse, naïve, auto-intoxiquée. Mais, plus récemment, la surveillance a commencé à mettre en place dans la population des gens susceptibles de lancer, au premier signal, les rumeurs qui pourront lui convenir. Ici, on s’est décidé à appliquer dans la pratique les observations d’une théorie formulée il y a près de trente ans, et dont l’origine se trouvait dans la sociologie américaine de la publicité : la théorie des individus qu’on a pu appeler des « locomotives », c’est-à-dire que d’autres dans leur entourage vont être portés à suivre et imiter ; mais en passant cette fois du spontané à l’exercé. On a aussi dégagé à présent les moyens budgétaires, ou extrabudgétaires, d’entretenir beaucoup de supplétifs ; à côté des précédents spécialistes, universitaires et médiatiques, sociologues ou policiers, du passé récent. Croire que s’appliquent encore mécaniquement quelques modèles connus dans le passé, est aussi égarant que l’ignorance générale du passé. « Rome n’est plus dans Rome », et la Mafia n’est plus la pègre. Et les services de surveillance et désinformation ressemblent aussi peu au travail des policiers et indicateurs d’autrefois — par exemple aux roussins et mouchards du second Empire — que les services spéciaux actuels, dans tous les pays, ressemblent peu aux activités des officiers du Deuxième Bureau de l’état-major de l’Armée en 1914.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Depuis que l’art est mort, on sait qu’il est devenu extrêmement facile de déguiser des policiers en artistes. Quand les dernières imitations d’un néo-dadaïsme retourné sont autorisées à pontifier glorieusement dans le médiatique, et donc aussi bien à modifier un peu le décor des palais officiels, comme les fous des rois de la pacotille, on voit que d’un même mouvement une couverture culturelle se trouve garantie à tous les agents ou supplétifs des réseaux d’influence de l’État. On ouvre des pseudo-musées vides, ou des pseudo-centres de recherche sur l’œuvre complète d’un personnage inexistant, aussi vite que l’on fait la réputation de journalistes-policiers, ou d’historiens-policiers, ou de romanciers-policiers. Arthur Cravan voyait sans doute venir ce monde quand il écrivait dans Maintenant : « Dans la rue on ne verra bientôt plus que des artistes, et on aura toutes les peines du monde à y découvrir un homme. » Tel est bien le sens de cette forme rajeunie d’une ancienne boutade des voyous de Paris : « Salut, les artistes ! Tant pis si je me trompe. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les choses en étant arrivées à être ce qu’elles sont, on peut voir quelques auteurs collectifs employés par l’édition la plus moderne, c’est-à-dire celle qui s’est donné la meilleure diffusion commerciale. L’authenticité de leurs pseudonymes n’étant assurée que par les journaux, ils se les repassent, collaborent, se remplacent, engagent de nouveaux cerveaux artificiels. Ils se sont chargés d’exprimer le style de vie et de pensée de l’époque, non en vertu de leur personnalité, mais sur ordres. Ceux qui croient qu’ils sont véritablement des entrepreneurs littéraires individuels, indépendants, peuvent donc en arriver à assurer savamment que, maintenant, Ducasse s’est fâché avec le comte de Lautréamont ; que Dumas n’est pas Maquet, et qu’il ne faut surtout pas confondre Erckmann avec Chatrian ; que Censier et Daubenton ne se parlent plus. Il serait mieux de dire que ce genre d’auteurs modernes a voulu suivre Rimbaud, au moins en ceci que « Je est un autre ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les services secrets étaient appelés par toute l’histoire de la société spectaculaire à y jouer le rôle de plaque tournante centrale ; car en eux se concentrent au plus fort degré les caractéristiques et les moyens d’exécution d’une semblable société. Ils sont aussi toujours davantage chargés d’arbitrer les intérêts généraux de cette société, quoique sous leur modeste titre de « services ». Il ne s’agit pas d’abus, puisqu’ils expriment fidèlement les mœurs ordinaires du siècle du spectacle. Et c’est ainsi que surveillants et surveillés fuient sur un océan sans bords. Le spectacle a fait triompher le secret, et il devra être toujours plus dans les mains des spécialistes du secret qui, bien entendu, ne sont pas tous des fonctionnaires en venant à s’autonomiser, à différents degrés, du contrôle de l’État ; qui ne sont pas tous des fonctionnaires.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;b&gt;XXIX&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Une loi générale du fonctionnement du spectaculaire intégré, tout au moins pour ceux qui en gèrent la conduite, c’est que, dans ce cadre, tout ce que l’on peut faire doit être fait. C’est dire que tout nouvel instrument doit être employé, quoi qu’il en coûte. L’outillage nouveau devient partout le but et le moteur du système ; et sera seul à pouvoir modifier notablement sa marche, chaque fois que son emploi s’est imposé sans autre réflexion. Les propriétaires de la société, en effet, veulent avant tout maintenir un certain « rapport social entre des personnes », mais il leur faut aussi y poursuivre le renouvellement technologique incessant ; car telle a été une des obligations qu’ils ont acceptées avec leur héritage. Cette loi s’applique donc également aux services qui protègent la domination. L’instrument que l’on a mis au point doit être employé, et son emploi renforcera les conditions mêmes qui favorisaient cet emploi. C’est ainsi que les procédés d’urgence deviennent procédures de toujours.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La cohérence de la société du spectacle a, d’une certaine manière, donné raison aux révolutionnaires, puisqu’il est devenu clair que l’on ne peut y réformer le plus pauvre détail sans défaire l’ensemble. Mais, en même temps, cette cohérence a supprimé toute tendance révolutionnaire organisée en supprimant les terrains sociaux où elle avait pu plus ou moins bien s’exprimer : du syndicalisme aux journaux, de la ville aux livres. D’un même mouvement, on a pu mettre en lumière l’incompétence et l’irréflexion dont cette tendance était tout naturellement porteuse. Et sur le plan individuel, la cohérence qui règne est fort capable d’éliminer, ou d’acheter, certaines exceptions éventuelles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;b&gt;XXX&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;La surveillance pourrait être beaucoup plus dangereuse si elle n’avait été poussée, sur le chemin du contrôle absolu de tous, jusqu’à un point où elle rencontre des difficultés venues de ses propres progrès. Il y a contradiction entre la masse des informations relevées sur un nombre croissant d’individus, et le temps et l’intelligence disponibles pour les analyser ; ou tout simplement leur intérêt possible. L’abondance de la matière oblige à la résumer à chaque étage : beaucoup en disparaît, et le restant est encore trop long pour être lu. La conduite de la surveillance et de la manipulation n’est pas unifiée. Partout en effet, on lutte pour le partage des profits ; et donc aussi pour le développement prioritaire de telle ou telle virtualité de la société existante, au détriment de toutes ses autres virtualités qui cependant, et pourvu qu’elles soient de la même farine, sont tenues pour également respectables.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On lutte aussi par jeu. Chaque officier traitant est porté à survaloriser ses agents, et aussi les adversaires dont il s’occupe. Chaque pays, sans faire mention des nombreuses alliances supranationales, possède à présent un nombre indéterminé de services de police ou contre-espionnage, et de services secrets, étatiques ou para-étatiques. Il existe aussi beaucoup de compagnies privées qui s’occupent de surveillance, protection, renseignement. Les grandes firmes multinationales ont naturellement leurs propres services ; mais également des entreprises nationalisées, même de dimension modeste, qui n’en mènent pas moins leur politique indépendante, sur le plan national et quelquefois international. On peut voir un groupement industriel nucléaire s’opposer à un groupement pétrolier, bien qu’ils soient l’un et l’autre la propriété du même État et, ce qui est plus, qu’ils soient dialectiquement unis l’un à l’autre par leur attachement à maintenir élevé le cours du pétrole sur le marché mondial. Chaque service de sécurité d’une industrie particulière combat le sabotage chez lui, et au besoin l’organise chez le rival : qui place de grands intérêts dans un tunnel sous-marin est favorable à l’insécurité des ferry-boats et peut soudoyer des journaux en difficulté pour la leur faire sentir à la première occasion, et sans trop longue réflexion ; et qui concurrence Sandoz est indifférent aux nappes phréatiques de la vallée du Rhin. On surveille secrètement ce qui est secret. De sorte que chacun de ces organismes, confédérés avec beaucoup de souplesse autour de ceux qui sont en charge de la raison d’État, aspire pour son propre compte à une espèce d’hégémonie privée de sens. Car le sens s’est perdu avec le centre connaissable.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La société moderne qui, jusqu’en 1968, allait de succès en succès, et s’était persuadée qu’elle était aimée, a dû renoncer depuis lors à ces rêves ; elle préfère être redoutée. Elle sait bien que « son air d’innocence ne reviendra plus ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi, mille complots en faveur de l’ordre établi s’enchevêtrent et se combattent un peu partout, avec l’imbrication toujours plus poussée des réseaux et des questions ou actions secrètes ; et leur processus d’intégration rapide à chaque branche de l’économie, la politique, la culture. La teneur du mélange en observateurs, en désinformateurs, en affaires spéciales, augmente continuellement dans toutes les zones de la vie sociale. Le complot général étant devenu si dense qu’il s’étale presque au grand jour, chacune de ses branches peut commencer à gêner ou inquiéter l’autre, car tous ces conspirateurs professionnels en arrivent à s’observer sans savoir exactement pourquoi, ou se rencontrent par hasard, sans pouvoir se reconnaître avec assurance. Qui veut observer qui ? Pour le compte de qui, apparemment ? Mais en réalité ? Les véritables influences restent cachées, et les intentions ultimes ne peuvent qu’être assez difficilement soupçonnées, presque jamais comprises. De sorte que personne ne peut dire qu’il n’est pas leurré ou manipulé, mais ce n’est qu’à de rares instants que le manipulateur lui-même peut savoir s’il a été gagnant. Et d’ailleurs, se trouver du côté gagnant de la manipulation ne veut pas dire que l’on avait choisi avec justesse la perspective stratégique. C’est ainsi que des succès tactiques peuvent enliser de grandes forces sur de mauvaises voies.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans un même réseau, poursuivant apparemment une même fin, ceux qui ne constituent qu’une partie du réseau sont obligés d’ignorer toutes les hypothèses et conclusions des autres parties, et surtout de leur noyau dirigeant. Le fait assez notoire que tous les renseignements sur n’importe quel sujet observé peuvent aussi bien être complètement imaginaires, ou gravement faussés, ou interprétés très inadéquatement, complique et rend peu sûrs, dans une vaste mesure, les calculs des inquisiteurs ; car ce qui est suffisant pour faire condamner quelqu’un n’est pas aussi sûr quand il s’agit de le connaître ou de l’utiliser. Puisque les sources d’information sont rivales, les falsifications le sont aussi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est à partir de telles conditions de son exercice que l’on peut parler d’une tendance à la rentabilité décroissante du contrôle, à mesure qu’il s’approche de la totalité de l’espace social, et qu’il augmente conséquemment son personnel et ses moyens. Car ici chaque moyen aspire, et travaille, à devenir une fin. La surveillance se surveille elle-même et complote contre elle-même.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfin sa principale contradiction actuelle, c’est qu’elle surveille, infiltre, influence, un parti absent : celui qui est censé vouloir la subversion de l’ordre social. Mais où le voit-on à l’œuvre ? Car, certes, jamais les conditions n’ont été partout si gravement révolutionnaires, mais il n’y a que les gouvernements qui le pensent. La négation a été si parfaitement privée de sa pensée, qu’elle est depuis longtemps dispersée. De ce fait, elle n’est plus que menace vague, mais pourtant très inquiétante, et la surveillance a été à son tour privée du meilleur champ de son activité. Cette force de surveillance et d’intervention est justement conduite par les nécessités présentes qui commandent les conditions de son engagement, à se porter sur le terrain même de la menace pour la combattre par avance. C’est pourquoi la surveillance aura intérêt à organiser elle-même des pôles de négation qu’elle informera en dehors des moyens discrédités du spectacle, afin d’influencer, non plus cette fois des terroristes, mais des théories.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;b&gt;XXXI&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Baltasar Gracián, grand connaisseur du temps historique, dit avec beaucoup de pertinence, dans L’Homme de cour : « Soit l’action, soit le discours, tout doit être mesuré au temps. Il faut vouloir quand on le peut ; car ni la saison, ni le temps n’attendent personne. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais Omar Kháyyám moins optimiste : « Pour parler clairement et sans paraboles, — Nous sommes les pièces du jeu que joue le Ciel ; — On s’amuse avec nous sur l’échiquier de l’Être, — Et puis nous retournons, un par un, dans la boîte du Néant. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;b&gt;XXXII&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;La Révolution française entraîna de grands changements dans l’art de la guerre. C’est après cette expérience que Clausewitz put établir la distinction selon laquelle la tactique était l’emploi des forces dans le combat, pour y obtenir la victoire, tandis que la stratégie était l’emploi des victoires afin d’atteindre les buts de la guerre. L’Europe fut subjuguée, tout de suite et pour une longue période, par les résultats. Mais la théorie n’en a été établie que plus tard, et inégalement développée. On comprit d’abord les caractères positifs amenés directement par une profonde transformation sociale : l’enthousiasme, la mobilité qui vivait sur le pays en se rendant relativement indépendante des magasins et convois, la multiplication des effectifs. Ces éléments pratiques se trouvèrent un jour équilibrés par l’entrée en action, du côté adverse, d’éléments similaires : les armées françaises se heurtèrent en Espagne à un autre enthousiasme populaire ; dans l’espace russe à un pays sur lequel elles ne purent vivre ; après le soulèvement de l’Allemagne à des effectifs très supérieurs. Cependant l’effet de rupture, dans la nouvelle tactique française, qui fut la base simple sur laquelle Bonaparte fonda sa stratégie — celle-ci consistait à employer les victoires par avance, comme acquises à crédit : à concevoir dès le départ la manœuvre et ses diverses variantes en tant que conséquences d’une victoire qui n’était pas encore obtenue mais le serait assurément au premier choc —, découlait aussi de l’abandon forcé d’idées fausses. Cette tactique avait été brusquement obligée de s’affranchir de ces idées fausses, en même temps qu’elle trouvait, par le jeu concomitant des autres innovations citées, les moyens d’un tel affranchissement. Les soldats français, de récente levée, étaient incapables de combattre en ligne, c’est-à-dire de rester dans leur rang et d’exécuter les feux à commandements. Ils vont alors se déployer en tirailleurs et pratiquer le feu à volonté en marchant sur l’ennemi. Or, le feu à volonté se trouvait justement être le seul efficace, celui qui opérait réellement la destruction par le fusil, la plus décisive à cette époque dans l’affrontement des armées. Cependant la pensée militaire s’était universellement refusée à une telle conclusion dans le siècle qui finissait, et la discussion de cette question a pu encore se prolonger pendant près d’un autre siècle, malgré les exemples constants de la pratique des combats, et les progrès incessants dans la portée et la vitesse de tir du fusil.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Semblablement, la mise en place de la domination spectaculaire est une transformation sociale si profonde qu’elle a radicalement changé l’art de gouverner. Cette simplification, qui a si vite porté de tels fruits dans la pratique, n’a pas encore été pleinement comprise théoriquement. De vieux préjugés partout démentis, des précautions devenues inutiles, et jusqu’à des traces de scrupules d’autres temps, entravent encore un peu dans la pensée d’assez nombreux gouvernants cette compréhension, que toute la pratique établit et confirme chaque jour. Non seulement on fait croire aux assujettis qu’ils sont encore, pour l’essentiel, dans un monde que l’on a fait disparaître, mais les gouvernants eux-mêmes souffrent parfois de l’inconséquence de s’y croire encore par quelques côtés. Il leur arrive de penser à une part de ce qu’ils ont supprimé, comme si c’était demeuré une réalité, et qui devrait rester présente dans leurs calculs. Ce retard ne se prolongera pas beaucoup. Qui a pu en faire tant sans peine ira forcément plus loin. On ne doit pas croire que puissent se maintenir durablement, comme un archaïsme, dans les environs du pouvoir réel, ceux qui n’auraient pas assez vite compris toute la plasticité des nouvelles règles de leur jeu, et son espèce de grandeur barbare. Le destin du spectacle n’est certainement pas de finir en despotisme éclairé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il faut conclure qu’une relève est imminente et inéluctable dans la caste cooptée qui gère la domination, et notamment dirige la protection de cette domination. En une telle matière, la nouveauté, bien sûr, ne sera jamais exposée sur la scène du spectacle. Elle apparaît seulement comme la foudre, qu’on ne reconnaît qu’à ses coups. Cette relève, qui va décisivement parachever l’œuvre des temps spectaculaires, s’opère discrètement, et quoique concernant des gens déjà installés tous dans la sphère même du pouvoir, conspirativement. Elle sélectionnera ceux qui y prendront part sur cette exigence principale : qu’ils sachent clairement de quels obstacles ils sont délivrés, et de quoi ils sont capables.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;b&gt;XXXIII&lt;/b&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Le même Sardou dit aussi : « Vainement est relatif au sujet ; en vain est relatif à l’objet ; inutilement, c’est sans utilité pour personne. On a travaillé vainement lorsqu’on l’a fait sans succès, de sorte que l’on a perdu son temps et sa peine : on a travaillé en vain lorsqu’on l’a fait sans atteindre le but qu’on se proposait, à cause de la défectuosité de l’ouvrage. Si je ne puis venir à bout de faire ma besogne, je travaille vainement ; je perds inutilement mon temps et ma peine. Si ma besogne faite n’a pas l’effet que j’en attendais, si je n’ai pas atteint mon but, j’ai travaillé en vain ; c’est-à-dire que j’ai fait une chose inutile…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On dit aussi que quelqu’un a travaillé vainement, lorsqu’il n’est pas récompensé de son travail, ou que ce travail n’est pas agréé ; car dans ce cas le travailleur a perdu son temps et sa peine, sans préjuger aucunement la valeur de son travail, qui peut d’ailleurs être fort bon. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Guy Debord (Paris, février-avril 1988.)&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4548877961369105280-7798683459972049135?l=targetezine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://targetezine.blogspot.com/feeds/7798683459972049135/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4548877961369105280&amp;postID=7798683459972049135&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4548877961369105280/posts/default/7798683459972049135'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4548877961369105280/posts/default/7798683459972049135'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://targetezine.blogspot.com/2011/03/commentaires-sur-la-societe-du.html' title='[Commentaires sur la Société du Spectacle]'/><author><name>X8X</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='22' height='32' src='http://4.bp.blogspot.com/-dWeIxybNlyQ/TZ5u76ew15I/AAAAAAAAATg/LnYJkidY-J8/s220/BigBrother1984_sml.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4548877961369105280.post-9208650485360860211</id><published>2011-03-20T13:22:00.000-07:00</published><updated>2011-03-20T20:17:22.667-07:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Archive'/><title type='text'>[De l'action directe]</title><content type='html'>&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;par &lt;b&gt;Voltairine de Cleyre&lt;/b&gt;&amp;nbsp; &lt;/span&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;publié dans &lt;b&gt;Mother Earth&lt;/b&gt; en 1912.&lt;/span&gt;&lt;b&gt;&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt; &lt;/b&gt;&lt;br /&gt;Du point de vue de celui qui pense être capable de discerner la route  du progrès humain, si tant est qu’il doit y avoir un progrès&amp;nbsp;; du point  de vue de celui qui discerne un tel chemin sur la carte de son esprit  et s’efforce de l’indiquer aux autres, de le leur montrer comme il le  voit&amp;nbsp;; du point de vue de celui qui, en faisant cela, a choisi des  expressions claires et simples à ses yeux afin de communiquer ses  pensées aux autres —, pour un tel individu, il apparaît regrettable et  confus pour l’esprit que l’expression «&amp;nbsp;action directe&amp;nbsp;» ait soudain  acquis, aux yeux de la majorité de l’opinion publique, un sens limité,  qui n’est pas du tout inclus dans ces deux mots, et que ceux qui pensent  comme lui ne lui ont certainement jamais donné.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cependant, il arrive souvent que le progrès joue des tours à ceux qui  se croient capables de lui fixer des bornes et des limites. Fréquemment  des noms, des phrases, des devises, des mots d’ordre ont été retournés,  détournés, inversés, déformés à la suite d’événements incontrôlables  par ceux qui utilisaient ces expressions correctement&amp;nbsp;; et ceux qui  persistaient à défendre leur interprétation, et insistaient pour qu’on  les écoute, ont finalement découvert que la période où se développaient  l’incompréhension et les préjugés annonçait seulement une nouvelle étape  de recherche et de compréhension plus approfondie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai tendance à penser que c’est ce qui se passera avec le malentendu  actuel concernant l’action directe. A travers la mécompréhension, ou la  déformation délibérée, de certains journalistes de Los Angeles, à  l’époque où les frères McNamara&amp;nbsp;[&lt;a class="spip_note" href="http://targetezine.blogspot.com/2011/03/de-laction-directe.html#nb1" id="nh1" rel="footnote" title="Le 10 octobre 1910, James et Joseph McNamara, respectivement membres des (...)"&gt;1&lt;/a&gt;]  plaidèrent coupables, ce malentendu a soudain acquis, dans l’esprit de  l’opinion, le sens d’ «&amp;nbsp;attaques violentes contre la vie et la  propriété&amp;nbsp;» des personnes. De la part des journalistes, cela relevait  soit d’une ignorance crasse, soit d’une malhonnêteté totale. Mais cela a  poussé pas mal de gens à se demander ce qu’est vraiment l’action  directe.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Qu’est-ce que l’action directe&amp;nbsp;?&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En réalité, ceux qui la dénoncent avec autant de vigueur et de  démesure découvriront, s’ils réfléchissent un peu, qu’ils ont eux-mêmes,  à plusieurs reprises, pratiqué l’action directe, et qu’ils le feront  encore.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Toute personne qui a pensé, ne serait-ce qu’une fois dans sa vie,  avoir le droit de protester, et a pris son courage à deux mains pour le  faire&amp;nbsp;; toute personne qui a revendiqué un droit, seule ou avec  d’autres, a pratiqué l’action directe. Il y a une trentaine d’années, je  me souviens que l’Armée du Salut pratiquait vigoureusement l’action  directe pour défendre la liberté de ses membres de s’exprimer en public,  de se rassembler et de prier. On les a arrêtés, condamnés à des amendes  et emprisonnés des centaines et des centaines de fois, mais ils ont  continué à chanter, prier et défiler, jusqu’à ce que finalement ils  obligent leurs persécuteurs à les laisser tranquilles. Les Industrial  Workers of the World&amp;nbsp;[&lt;a class="spip_note" href="http://targetezine.blogspot.com/2011/03/de-laction-directe.html#nb2" id="nh2" rel="footnote" title="IWW (Industrial Workers of the World) ou Wobblies.... Syndicat (...)"&gt;2&lt;/a&gt;]  mènent à présent le même combat, et ont, dans plusieurs cas, obligé les  autorités à les laisser tranquilles, en utilisant la même tactique de  l’action directe.&lt;br /&gt;&lt;span class="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;Toute personne qui a eu un projet, et l’a effectivement mené à bien,  ou qui a exposé son plan devant d’autres et a emporté leur adhésion pour  qu’ils agissent tous ensemble, sans demander poliment aux autorités  compétentes de le concrétiser à leur place, toute personne qui a agi  ainsi a pratiqué l’action directe. Toutes les expériences qui font appel  à la coopération relèvent essentiellement de l’action directe.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Toute personne qui a dû, une fois dans sa vie, régler un litige avec  quelqu’un et est allé droit vers la ou les personne(s) concernée(s) pour  le régler, en agissant de façon pacifique ou par d’autres moyens, a  pratiqué l’action directe. Les grèves et les campagnes de boycott en  offrent un bon exemple&amp;nbsp;; beaucoup d’entre vous se souviennent de  l’action des ménagères de New York qui ont boycotté les bouchers et  obtenu que baisse le prix de la viande&amp;nbsp;: en ce moment même, un boycott  du beurre est sur le point de s’organiser, face à la hausse des prix  décidée par les commerçants.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ces actions ne sont généralement pas le produit d’un raisonnement  profond sur les mérites de l’action directe ou indirecte, mais résultent  des efforts spontanés de ceux qui se sentent opprimés par une situation  donnée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En d’autres termes, tous les êtres humains sont, le plus souvent, de  fervents partisans du principe de l’action directe et la pratiquent.  Cependant la plupart d’entre eux sont également favorables à l’action  indirecte ou politique. Ils interviennent sur les deux plans en même  temps, sans y réfléchir longuement. Seul un nombre limité d’individus se  refusent à avoir recours à l’action politique dans telle ou telle  circonstance, voire la récusent systématiquement&amp;nbsp;; mais personne,  absolument personne, n’a jamais été «&amp;nbsp;incapable&amp;nbsp;» de pratiquer l’action  directe.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La majorité de ceux qui font profession de réfléchir sont des  opportunistes&amp;nbsp;; ils penchent tantôt vers l’action directe, tantôt vers  l’action indirecte, mais sont surtout prêts à utiliser n’importe quel  moyen dès lors qu’une occasion l’exige. En d’autres termes, ceux qui  affirment que le fait de voter à bulletins secrets pour élire un  gouverneur est néfaste et ridicule sont aussi ceux qui, sous la pression  de certaines circonstances, considèrent qu’il est indispensable de  voter pour que tel individu occupe un poste à un moment particulier.  Certains croient qu’en général la meilleure façon pour les gens  d’obtenir ce qu’ils veulent est d’utiliser la méthode indirecte&amp;nbsp;: en  faisant élire et en portant au pouvoir quelqu’un qui donnera force de  loi à ce qu’ils désirent&amp;nbsp;; mais ce sont les mêmes qui parfois, dans des  conditions exceptionnelles, prôneront que l’on se mette en grève&amp;nbsp;; et,  comme je l’ai déjà dit, la grève est une forme d’action directe. Ou bien  ils agiront comme l’ont fait les agitateurs du Socialist Party&amp;nbsp;[&lt;a class="spip_note" href="http://targetezine.blogspot.com/2011/03/de-laction-directe.html#nb3" id="nh3" rel="footnote" title="Socialist Party : créé en 1901, ce parti compte plus de mille élus (dont un (...)"&gt;3&lt;/a&gt;]  (organisation qui désormais s’oppose vigoureusement à l’action directe)  l’été dernier, lorsque la police tentait d’interdire leurs meetings.  Ils sont allés en force aux lieux de réunion, prêts à prendre la parole à  n’importe quel prix, et ont fait reculer les forces de l’ordre. Même si  cette attitude était illogique de leur part, puisqu’ils se sont opposés  aux exécuteurs légaux de la volonté majoritaire, leur action  constituait un exemple parfait, et réussi, d’action directe.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ceux qui, en raison de leurs convictions profondes, sont attachés à  l’action directe sont seulement… mais qui donc&amp;nbsp;? Les non-violents,  précisément ceux qui ne croient pas du tout en la violence&amp;nbsp;! Ne vous  méprenez pas&amp;nbsp;: je ne pense pas du tout que l’action directe soit  synonyme de non-violence. L’action directe aboutit tantôt à la violence  la plus extrême, tantôt à un acte aussi pacifique que les eaux paisibles  de Siloé&amp;nbsp;[&lt;a class="spip_note" href="http://targetezine.blogspot.com/2011/03/de-laction-directe.html#nb4" id="nh4" rel="footnote" title="Les eaux de Siloé : allusion à un réservoir qui constituait le seul point (...)"&gt;4&lt;/a&gt;].  Non, les vrais non-violents peuvent seulement croire en l’action  directe, jamais en l’action politique. La base de toute action politique  est la coercition&amp;nbsp;; même lorsque l’État accomplit de bonnes choses, son  pouvoir repose finalement sur les matraques, les fusils, ou les  prisons, car il a toujours la possibilité d’y avoir recours.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Quelques exemples historiques&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De nos jours, n’importe quel écolier américain a entendu parler de  l’action directe de certains hommes non-violents, dans le cadre de son  programme d’histoire. Le premier exemple qui vient à l’esprit est celui  des premiers quakers&amp;nbsp;[&lt;a class="spip_note" href="http://targetezine.blogspot.com/2011/03/de-laction-directe.html#nb5" id="nh5" rel="footnote" title="Mouvement né en 1647 d’une révolte contre l’Eglise anglicane. (...)"&gt;5&lt;/a&gt;] qui s’installèrent au Massachusetts. Les puritains&amp;nbsp;[&lt;a class="spip_note" href="http://targetezine.blogspot.com/2011/03/de-laction-directe.html#nb6" id="nh6" rel="footnote" title="Puritains. Ce terme désigne au départ un groupe de presbytériens rigides (...)"&gt;6&lt;/a&gt;]  les accusèrent de «&amp;nbsp;troubler les hommes en leur prêchant la paix&amp;nbsp;». En  effet, les quakers refusaient de payer des impôts ecclésiastiques, de  porter les armes, de prêter serment d’allégeance à un gouvernement, quel  qu’il soit. (En agissant ainsi, ils ont pratiqué l’action directe, mais  de façon passive.) Aussi, les puritains, partisans de l’action  politique, ont fait voter des lois pour empêcher les quakers d’entrer  sur leur territoire, les exiler, leur infliger des amendes, des peines  de prison, des mutilations et finalement les pendre. Les quakers ont  continué à arriver en Amérique (ce qui était cette fois une forme active  d’action directe)&amp;nbsp;; et les livres d’histoire nous rappellent que, après  la pendaison de quatre quakers&amp;nbsp;[&lt;a class="spip_note" href="http://targetezine.blogspot.com/2011/03/de-laction-directe.html#nb7" id="nh7" rel="footnote" title="La dernière d’entre elles s’appelait Mary Dyer, mère de six (...)"&gt;7&lt;/a&gt;],  et la flagellation de Margaret Brewster qui fut attachée à une  charrette et promenée à travers les rues de Boston, «&amp;nbsp;les puritains  renoncèrent à faire taire les nouveaux missionnaires&amp;nbsp;» et que la  «&amp;nbsp;ténacité des quakers et leur non-violence finirent par triompher&amp;nbsp;».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Autre exemple d’action directe, qui appartient aux débuts de  l’histoire coloniale américaine&amp;nbsp;: cette fois, il ne s’agit pas d’un  conflit pacifique, mais de la révolte de Bacon&amp;nbsp;[&lt;a class="spip_note" href="http://targetezine.blogspot.com/2011/03/de-laction-directe.html#nb8" id="nh8" rel="footnote" title="Nathaniel Bacon (1647-1676) dirigea en 1676 un groupe de colons révoltés (...)"&gt;8&lt;/a&gt;].  Tous nos historiens défendent l’action des rebelles dans cette affaire,  car ceux-ci avaient raison. Et pourtant il s’agissait d’une action  directe violente contre une autorité légalement constituée. Laissez-moi  vous rappeler les détails de cet événement&amp;nbsp;: les planteurs de Virginie  craignaient (avec raison) une attaque générale des Indiens. Partisans de  l’action politique, ils demandèrent, ou plutôt leur dirigeant Bacon  exigea que le gouverneur lui accorde le droit de recruter des  volontaires pour se défendre. Ce dernier craignait — à juste titre —  qu’une compagnie d’hommes armés ne devienne une menace pour lui-même. Il  refusa donc d’accorder cette permission à Bacon. A la suite de quoi,  les planteurs eurent recours à l’action directe. Ils levèrent des  volontaires sans autorisation et combattirent victorieusement contre les  Indiens. Le gouverneur décréta que Bacon était un traître mais le  peuple était de son côté, si bien que le gouverneur eut peur de le  traduire en justice. Finalement, la situation s’envenima tellement que  les rebelles mirent le feu à Jamestown. Si Bacon n’était pas mort, bien  d’autres événements se seraient produits. Bien sûr, la répression fut  terrible, comme cela se passe habituellement lorsqu’une révolte  s’effondre d’elle-même ou est écrasée. Néanmoins, pendant sa brève  période de succès, cette révolte corrigea nombre d’abus. Je suis  persuadée que, à l’époque, les partisans de l’action politique à tout  prix, après que les réactionnaires furent revenus au pouvoir, ont dû  s’exclamer&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Regardez tous les maux que provoque l’action directe&amp;nbsp;!  Notre colonie a fait un bond d’au moins vingt-cinq ans en arrière&amp;nbsp;»&amp;nbsp;;  ils oubliaient que, si les colons n’avaient pas recouru à l’action  directe, les Indiens auraient pris leurs scalps un an plus tôt, au lieu  que nombre d’entre eux soient pendus par le gouverneur un an plus tard.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans la période d’agitation et d’excitation qui précéda la  révolution américaine, on assista à toutes sortes d’actions directes,  des plus pacifiques aux plus violentes&amp;nbsp;; je crois que presque tous ceux  qui étudient l’histoire des Etats-Unis trouvent que ces actions  constituent la partie la plus intéressante de l’histoire, celle qui  s’imprègne le plus facilement dans leur mémoire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Parmi les actions pacifiques, on peut citer notamment les accords  de non-importation, les ligues pour porter des vêtements fabriqués dans  la colonie et les «&amp;nbsp;comités de correspondance&amp;nbsp;»&amp;nbsp;[&lt;a class="spip_note" href="http://targetezine.blogspot.com/2011/03/de-laction-directe.html#nb9" id="nh9" rel="footnote" title="Les comités de correspondance furent créés en 1774 pour rassembler les (...)"&gt;9&lt;/a&gt;].  Comme les hostilités se développaient inévitablement, l’action directe  violente prit elle aussi de l’ampleur&amp;nbsp;; par exemple, on détruisit les  timbres fiscaux, on interdit le débarquement des cargaisons de thé, on  les plaça dans des locaux humides, on les jeta dans les eaux du port,  comme à Boston, on obligea un propriétaire d’une cargaison de thé à  mettre le feu à son propre bateau, comme à Annapolis.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Toutes ces actions sont décrites dans nos manuels d’histoire, et  aucun auteur ne les condamne, ou ne les regrette, bien qu’il se soit agi  à chaque fois d’actions directes contre des autorités légalement  constituées et contre le droit de propriété. Si je cite ces exemples et  d’autres de même nature, c’est pour souligner deux points à l’intention  de ceux qui répètent certains arguments comme des perroquets&amp;nbsp;:  premièrement, les hommes ont toujours eu recours à l’action directe&amp;nbsp;; et  deuxièmement, ceux qui la condamnent aujourd’hui sont également ceux  qui l’approuvent d’un point de vue historique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;George Washington dirigeait la Ligue des planteurs de Virginie contre  les importations&amp;nbsp;; un tribunal lui aurait certainement «&amp;nbsp;enjoint&amp;nbsp;» de  ne pas créer une telle organisation et, s’il avait insisté, il lui  aurait infligé une amende pour offense à la Cour.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;La Guerre de Sécession&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lorsque le grand conflit entre le Nord et le Sud s’intensifia, ce fut  encore l’action directe qui précéda et précipita l’action politique. Et  je ferai remarquer que l’on n’engage jamais, que l’on n’envisage même  jamais aucune action politique, tant que les esprits assoupis n’ont pas  été réveillés par des actes de protestation directe contre les  conditions existantes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’histoire du mouvement abolitionniste et de la Guerre de Sécession  nous offre un énorme paradoxe, même si nous savons bien que l’histoire  n’est qu’une chaîne de paradoxes. Sur le plan politique, les États  esclavagistes luttaient pour une plus grande liberté, pour l’autonomie  de chaque État et contre toute intervention du gouvernement fédéral&amp;nbsp;;  par contre, les États non esclavagistes voulaient un État centralisé et  fort, État que les sécessionnistes condamnaient avec raison parce qu’il  allait donner naissance à des formes de pouvoir de plus en plus  tyranniques. Et c’est ce qui arriva. Depuis la fin de la guerre de  Sécession, le pouvoir fédéral empiète de plus en plus sur les  prérogatives de chaque État. Les négriers modernes (les industriels) se  retrouvent continuellement en conflit avec le pouvoir centralisé contre  lequel les esclavagistes d’antan protestaient (la liberté à la bouche  mais la tyrannie au cœur). D’un point de vue éthique, ce sont les États  non esclavagistes qui, en théorie, prônaient une plus grande liberté,  tandis que les sécessionnistes défendaient le principe de l’esclavage.  Mais cette position éthiquement juste était très abstraite&amp;nbsp;: en effet,  la majorité des Nordistes, qui n’avaient jamais côtoyé d’esclaves noirs,  pensaient que cette forme d’exploitation était probablement une  erreur&amp;nbsp;; mais ils n’étaient pas pressés de la faire disparaître. Seuls  les abolitionnistes, une infime minorité, avaient une véritable position  éthique&amp;nbsp;: à leurs yeux seule importait l’abolition de l’esclavage — ils  ne se souciaient pas de la sécession ni de l’union entre les États  américains. Au point que beaucoup d’entre eux prônaient la dissolution  de l’Union&amp;nbsp;; ils pensaient que le Nord devaient en prendre l’initiative  afin que les Nordistes ne soient plus accusés de maintenir les Noirs  prisonniers de leurs chaînes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bien sûr, toutes sortes de gens ayant toutes sortes d’idées voulaient abolir l’esclavage&amp;nbsp;: des quakers comme Whittier&amp;nbsp;[&lt;a class="spip_note" href="http://targetezine.blogspot.com/2011/03/de-laction-directe.html#nb10" id="nh10" rel="footnote" title="John Whittier (1807-1892) poète américain opposé à l’esclavage. Au (...)"&gt;10&lt;/a&gt;]  (les quakers, ces partisans de la paix à tout prix, furent en fait les  premiers partisans de l’abolition de l’esclavage, dès leur arrivée en  Amérique)&amp;nbsp;; des partisans modérés de l’action politique qui voulaient  racheter les esclaves pour résoudre le problème rapidement&amp;nbsp;; et puis des  gens extrêmement violents qui croyaient en la violence et menèrent  toutes sortes d’actions radicales.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En ce qui concerne les politiciens, pendant trente ans ils essayèrent  de se défiler, de conclure des compromis, de marchander, de maintenir  le statut quo, d’amadouer les deux parties, alors que la situation  exigeait des actes, ou au moins une parodie d’action. Mais «&amp;nbsp;les étoiles  dans leur course combattirent contre Sisera&amp;nbsp;[&lt;a class="spip_note" href="http://targetezine.blogspot.com/2011/03/de-laction-directe.html#nb11" id="nh11" rel="footnote" title="La citation est extraite du livre des Juges 5, 20 : « Du haut des cieux, (...)"&gt;11&lt;/a&gt;]&amp;nbsp;»,  le système s’effondra de l’intérieur et, sans éprouver le moindre  remords, les partisans de l’action directe agrandirent les fissures de  l’édifice esclavagiste.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Parmi les différentes expressions de la révolte directe mentionnons  l’organisation du «&amp;nbsp;chemin de fer souterrain&amp;nbsp;». La plupart de ceux qui y  participèrent soutenaient les deux formes d’action (directe et  politique)&amp;nbsp;; cependant, même si, en théorie, ils pensaient que la  majorité avait le droit d’édicter et d’appliquer des lois, ils n’y  croyaient pas totalement. Mon grand-père avait fait partie de ce réseau  clandestin et aidé de nombreux esclaves à rejoindre le Canada. C’était  un homme attaché aux règles, dans la plupart des domaines, même si j’ai  souvent pensé qu’il respectait la loi parce qu’il avait rarement affaire  à elle&amp;nbsp;; ayant toujours mené la vie d’un pionnier, la loi le touchait  généralement d’assez loin, alors que l’action directe avait pour lui la  valeur d’un impératif. Quoi qu’il en soit, et aussi légaliste fût-il, il  n’éprouvait aucun respect pour les lois esclavagistes, même si elles  avaient été votées à une majorité de 500 pour cent. Et il violait  consciemment toutes celles qui l’empêchaient d’agir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Parfois, le bon fonctionnement du «&amp;nbsp;chemin de fer souterrain&amp;nbsp;»  exigeait l’usage de la violence, et on l’employait. Je me souviens  qu’une vieille amie me raconta qu’elle et sa mère avaient surveillé leur  porte toute la nuit, pendant qu’un esclave recherché se cachait dans  leur cave. Toutes deux avaient beau descendre de familles quakers et  sympathiser avec leurs idées, elles avaient un fusil de chasse à portée  de main, sur la table. Heureusement, elles n’eurent pas besoin de tirer,  ce soir-là.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lorsque la loi sur les esclaves évadés fut votée, grâce à certains  politiciens du Nord qui voulaient encore amadouer les propriétaires  d’esclaves, les partisans de l’action directe décidèrent de libérer les  esclaves qui avaient été repris. Il y eut l’«&amp;nbsp;opération Shadrach&amp;nbsp;» puis  l’opération «&amp;nbsp;Jerry&amp;nbsp;» (cette dernière sous la direction du fameux Gerrit  Smith), et bien d’autres qui réussirent ou échouèrent. Cependant les  politiciens continuèrent leurs manœuvres et tentèrent de concilier  l’inconciliable. Les partisans de la paix à tout prix, les plus  légalistes, dénoncèrent les abolitionnistes, un peu de la même façon que  des gens comme William D. Haywood&amp;nbsp;[&lt;a class="spip_note" href="http://targetezine.blogspot.com/2011/03/de-laction-directe.html#nb12" id="nh12" rel="footnote" title="William D. (dit « Big Bill) Haywood (1869-) Travaille comme mineur dès (...)"&gt;12&lt;/a&gt;] et Frank Bohn&amp;nbsp;[&lt;a class="spip_note" href="http://targetezine.blogspot.com/2011/03/de-laction-directe.html#nb13" id="nh13" rel="footnote" title="Frank Bohn, ce militant de la gauche du Socialist Party et des IWW tourna (...)"&gt;13&lt;/a&gt;] sont dénoncés par leur propre parti  aujourd’hui.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt; John Brown&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’autre jour, j’ai lu dans le quotidien Daily Socialist de Chicago  une lettre du secrétaire du Socialist Party de Louisville au secrétaire  national. M.&amp;nbsp;Dobbs demandait que l’on remplace M.&amp;nbsp;Bohn, qui devait venir  parler dans sa ville, par un orateur plus responsable et plus  raisonnable. Pour expliquer sa démarche, il citait un passage de la  conférence de Bohn&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Si les frères McNamara avaient défendu avec  succès les intérêts de la classe ouvrière, ils auraient eu raison, de  même que John Brown  aurait eu raison s’il avait réussi à libérer les  esclaves. Pour John Brown, comme pour les McNamara, l’ignorance était  leur seul crime.&amp;nbsp;»&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et M.&amp;nbsp;Dobbs de faire le commentaire suivant. «&amp;nbsp;Nous nous élevons  fermement contre de tels propos. Cette comparaison entre la révolte  ouverte — même si elle était erronée — de John Brown d’un côté, et les  méthodes clandestines et meurtrières des frères McNamara de l’autre, est  le fruit d’un raisonnement creux qui conduit à des conclusions logiques  très dangereuses.&amp;nbsp;»&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;M.&amp;nbsp;Dobbs ignore certainement ce que furent la vie et les actions  de John Brown. Ce partisan convaincu de la violence aurait traité avec  mépris quiconque aurait essayé de le faire passer pour un agneau. Et une  fois qu’une personne croit en la violence, c’est à elle seule de  décider quelle est la façon la plus efficace de l’appliquer, en fonction  des conditions concrètes et de ses propres moyens. John Brown n’hésita  jamais à utiliser des méthodes conspiratives. Ceux qui ont lu l’  Autobiographie de Frederick Douglass&amp;nbsp;[&lt;a class="spip_note" href="http://targetezine.blogspot.com/2011/03/de-laction-directe.html#nb14" id="nh14" rel="footnote" title="Frederick Douglass (1817-1895). Fils d’un Blanc et d’une (...)"&gt;14&lt;/a&gt;] et les Souvenirsde Lucy Colman&amp;nbsp;[&lt;a class="spip_note" href="http://targetezine.blogspot.com/2011/03/de-laction-directe.html#nb15" id="nh15" rel="footnote" title="Lucy Colman (1817-1891) Conférencière et militante pour l’abolition (...)"&gt;15&lt;/a&gt;]  savent que John Brown avait prévu d’organiser une série de camps  fortifiés dans les montagnes de la Virginie-Occidentale, de la Caroline  du Nord et du Tennessee, d’envoyer des émissaires secrets parmi les  esclaves pour les inciter à venir se réfugier dans ces camps, et ensuite  réfléchir aux mesures et aux conditions nécessaires pour fomenter la  révolte chez les Noirs. Ce plan échoua surtout parce que les esclaves  eux-mêmes ne désiraient pas assez fortement la liberté.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Plus tard, lorsque des politiciens à l’esprit tortueux, toujours  soucieux de ne rien faire, votèrent la loi Kansas-Nebraska qui laissait  les colons décider seuls de la légalité de l’esclavage, les partisans de  l’action directe, dans les deux camps, envoyèrent de pseudo-colons dans  ces territoires et ceux-ci s’affrontèrent. Les partisans de l’esclavage  arrivèrent les premiers&amp;nbsp;; ils rédigèrent une constitution qui  reconnaissait l’esclavage et une loi punissant de mort toute personne  qui aiderait un esclave à s’échapper&amp;nbsp;; mais les Free Soilers&amp;nbsp;[&lt;a class="spip_note" href="http://targetezine.blogspot.com/2011/03/de-laction-directe.html#nb16" id="nh16" rel="footnote" title="Free Soilers : membres du Free Soil Party. Fondé en 1848, ce parti (...)"&gt;16&lt;/a&gt;],  qui arrivèrent un peu plus tard parce qu’ils venaient d’États plus  éloignés, rédigèrent une seconde constitution, et refusèrent de  reconnaître les lois de leurs adversaires. John Brown se trouvait parmi  eux et utilisa la violence, tantôt ouvertement tantôt clandestinement.  Les politiciens décents, favorables à la paix sociale, le considéraient  comme un «&amp;nbsp;voleur de chevaux et un assassin&amp;nbsp;». Et il ne fait pas le  moindre doute qu’il vola des chevaux, sans prévenir personne de son  intention de les dérober, et qu’il tua des partisans de l’esclavage. Il  se battit et réussit à s’en tirer un bon nombre de fois avant qu’il  tente de s’emparer de l’arsenal de Harpers Ferry&amp;nbsp;[&lt;a class="spip_note" href="http://targetezine.blogspot.com/2011/03/de-laction-directe.html#nb17" id="nh17" rel="footnote" title="Harpers Ferry, arsenal que tenta de prendre John Brown et qui marqua la fin (...)"&gt;17&lt;/a&gt;].  S’il n’utilisa pas la dynamite, c’est seulement parce qu’elle n’était  pas encore une arme très répandue à l’époque. Il attenta à la vie de  beaucoup plus de gens que les frères McNamara, dont M.&amp;nbsp;Dobbs condamne  les «&amp;nbsp;méthodes meurtrières&amp;nbsp;». Pourtant les historiens ont compris la  portée des actions de John Brown. Cet homme violent, qui avait du sang  sur les mains, fut condamné et pendu pour haute trahison&amp;nbsp;; mais tout le  monde sait que c’était une âme forte et belle, désintéressée, qui ne  pouvait supporter que quatre millions d’hommes soient traités comme des  animaux. John Brown pensait que combattre cette injustice, ce crime  horrible, était un devoir sacré qu’il accomplissait sur l’ordre de Dieu —  car cet homme très religieux appartenait à l’Eglise presbytérienne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est grâce aux actions, pacifiques ou violentes, des précurseurs du  changement social que la Conscience Humaine, la conscience des masses,  s’éveille au besoin du changement. Il serait absurde de prétendre  qu’aucun résultat positif n’a jamais été obtenu par les moyens  politiques traditionnels&amp;nbsp;; parfois de bonnes choses en résultent. Mais  jamais tant que la révolte individuelle, puis la révolte des masses ne  l’imposent. L’action directe est toujours le héraut, l’élément  déclencheur, qui permet à la grande masse des indifférents de prendre  conscience que l’oppression devient intolérable.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Les luttes actuelles contre l’esclavage salarié&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous subissons maintenant l’oppression dans ce pays — et pas  seulement ici, mais dans toutes les parties du monde qui jouissent des  bienfaits fort contrastés de la civilisation. Et de même que l’ancien  esclavage, le nouveau provoque à la fois des actions directes et des  actions politiques. Une fraction de la population américaine produit la  richesse matérielle qui permet à tous de vivre&amp;nbsp;; exactement de la même  façon que quatre millions d’esclaves noirs entretenaient la foule de  parasites qui les commandaient. Aujourd’hui ce sont les travailleurs  agricoles et les ouvriers d’industrie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A travers l’action imprévisible d’institutions qu’aucun d’eux n’a  créées, mais qui sévissent depuis leur naissance, ces travailleurs, la  partie la plus indispensable de toute la structure sociale, sans le  travail desquels personne ne pourrait ni manger, ni s’habiller, ni se  loger, ces travailleurs, disais-je, sont justement ceux qui disposent du  moins de nourriture, de vêtements et des pires logements — sans parler  des autres bienfaits que la société est censée leur dispenser, comme  l’éducation et l’accès aux plaisirs artistiques.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ces ouvriers ont, d’une façon ou d’une autre, joint leurs efforts  pour que leur condition s’améliore&amp;nbsp;; en premier lieu par l’action  directe, en second lieu par l’action politique. Nous avons des groupes  comme la Grange&amp;nbsp;[&lt;a class="spip_note" href="http://targetezine.blogspot.com/2011/03/de-laction-directe.html#nb18" id="nh18" rel="footnote" title="National Grange of the Patrons of Husbandry : association de fermiers créée (...)"&gt;18&lt;/a&gt;], les Farmers’ Alliances&amp;nbsp;[&lt;a class="spip_note" href="http://targetezine.blogspot.com/2011/03/de-laction-directe.html#nb19" id="nh19" rel="footnote" title="La Southern Farmers Alliance fut fondée au Texas en 1875 et la Northern (...)"&gt;19&lt;/a&gt;], les coopératives, les colonies expérimentales, les Knights of Labor&amp;nbsp;[&lt;a class="spip_note" href="http://targetezine.blogspot.com/2011/03/de-laction-directe.html#nb20" id="nh20" rel="footnote" title="Knights of Labor. Organisation au départ clandestine, fondée en 1869 et qui (...)"&gt;20&lt;/a&gt;],  les syndicats et les Industrial Workers of the World. Tous ont organisé  les travailleurs pour alléger le poids de l’exploitation, pour des prix  meilleur marché, des conditions de travail moins catastrophiques, et  une journée de travail un peu plus courte&amp;nbsp;; ou contre une réduction de  salaire, la détérioration des conditions de travail ou l’allongement des  horaires.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aucun de ces groupes, à part les IWW, n’a reconnu qu’il existe une  guerre sociale et qu’elle se poursuivra tant que se perpétueront les  conditions sociales et juridiques actuelles. Ils ont accepté les  institutions fondées sur la propriété privée, telles qu’elles étaient.  Ces organisations regroupent des gens ordinaires, aux aspirations  ordinaires, et elles ont entrepris de faire ce qu’il leur semblait  possible et raisonnable d’accomplir. Lors de la création de ces groupes,  ces militants ne se sont pas engagés sur un programme politique  particulier, ils se sont associés pour mener une action directe, décidée  par eux-mêmes, offensive ou défensive.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y a vingt-deux ans, j’ai rencontré des militants des Farmers’  Alliances, des Knights of Labor et des syndicalistes qui m’ont dit cela.  Ils voulaient lutter pour des objectifs plus larges que ceux que  proposés par leurs organisations&amp;nbsp;; mais ils devaient aussi accepter  leurs camarades de travail comme ils étaient, et essayer de les inciter à  lutter pour des objectifs immédiats qu’ils percevaient clairement&amp;nbsp;:  prix plus justes, salaires plus élevés, conditions de travail moins  dangereuses ou moins tyranniques, semaine de travail moins longue. A  l’époque où sont nés ces mouvements, les travailleurs agricoles ne  pouvaient pas comprendre que leur lutte convergeait avec le combat des  ouvriers des usines ou des transports&amp;nbsp;; et ces derniers ne voyaient pas  non plus leurs points communs avec le mouvement des paysans. D’ailleurs,  même aujourd’hui, peu d’entre eux le comprennent. Ils doivent encore  apprendre qu’il n’existe qu’une seule lutte commune contre ceux qui se  sont approprié les terres, les capitaux et les machines.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Malheureusement les grandes organisations paysannes ont gaspillé leur  énergie en s’engageant dans une course stupide au pouvoir politique.  Elles ont réussi à prendre le pouvoir dans certains États, mais les  tribunaux ont déclaré que les lois votées n’étaient pas  constitutionnelles, et toutes leurs conquêtes politiques ont été  enterrées. A l’origine, leur programme visait à construire leurs propres  silos, y stocker les produits et les tenir à l’écart du marché jusqu’à  ce qu’ils puissent échapper aux spéculateurs. Ils voulaient aussi  organiser des échanges de services et imprimer des billets de crédit  pour les produits déposés afin de payer ces échanges. Si ce programme  d’aide mutuelle directe avait fonctionné, il aurait montré, dans une  certaine mesure, au moins pendant un temps, comment l’humanité peut se  libérer du parasitisme des banquiers et des intermédiaires. Bien sûr, ce  projet aurait fini par être liquidé, à moins que sa vertu exemplaire  n’ait bouleversé tellement l’esprit des hommes qu’il leur ait donné  envie de mettre fin au monopole légal de la terre et des capitaux&amp;nbsp;; mais  au moins ce projet aurait eu un rôle éducatif fondamental.  Malheureusement, ce mouvement poursuivit une chimère et se désintégra  surtout à cause de sa futilité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les Knights of Labor sont eux aussi devenus pratiquement  insignifiants, non pas parce qu’ils n’ont pas eu recours à l’action  directe, ni parce qu’ils se sont mêlés de politique, mais parce qu’il  s’agissait d’une masse d’ouvriers trop hétérogène pour réussir à  conjuguer efficacement leurs efforts.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Pourquoi les patrons ont peur des grèves&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les syndicats ont atteint une taille bien plus imposante que celle  des Knights of Labor et leur pouvoir a continué à croître, lentement  mais sûrement. Certes cette croissance a connu des fluctuations, des  reculs&amp;nbsp;; de grandes organisations ont surgi puis disparu. Mais dans  l’ensemble, les syndicats constituent un pouvoir en plein développement.  Malgré leurs faibles ressources, ils ont offert, à une certaine  fraction des travailleurs, un moyen d’unir leurs forces, de faire  pression directement sur leurs maîtres et d’obtenir ainsi une petite  partie de ce qu’ils voulaient — de ce qu’ils devaient essayer d’obtenir,  vu leur situation. La grève est leur arme naturelle, celle qu’ils se  sont forgée eux-mêmes. Neuf fois sur dix, les patrons redoutent la grève  — même si, bien sûr, il peut arriver que certains s’en réjouissent,  mais c’est plutôt rare. Les patrons savent qu’ils peuvent gagner contre  les grévistes, mais ils ont terriblement peur que leur production  s’interrompe. Par contre, ils ne craignent nullement un vote qui  exprimerait «&amp;nbsp;la conscience de classe&amp;nbsp;» des électeurs&amp;nbsp;; à l’atelier,  vous pouvez discuter du socialisme, ou de n’importe quel autre  programme&amp;nbsp;; mais le jour où vous commencez à parler de syndicalisme,  attendez-vous à perdre votre travail ou au moins à ce que l’on vous  menace et que l’on vous ordonne de vous taire. Pourquoi&amp;nbsp;? Le patron se  moque de savoir que l’action politique n’est qu’une impasse où s’égare  l’ouvrier, et que le socialisme politique est en train de devenir un  mouvement petit-bourgeois. Il est persuadé que le socialisme est une  très mauvaise chose — mais il sait aussi que celui-ci ne s’instaurera  pas demain. Par contre, si tous ses ouvriers se syndiquent, il sera  immédiatement menacé. Son personnel aura l’esprit rebelle, il devra  dépenser de l’argent pour améliorer les conditions de travail, il sera  obligé de garder des gens qu’il n’aime pas et, en cas de grève, ses  machines ou ses locaux seront peut-être endommagés.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On dit souvent, et on le répète parfois jusqu’à la nausée, que les  patrons ont une «&amp;nbsp;conscience de classe&amp;nbsp;», qu’ils sont solidement soudés  pour défendre leurs intérêts collectifs, et sont prêts individuellement à  subir toutes sortes de pertes plutôt que de trahir leurs prétendus  intérêts communs. Ce n’est absolument pas vrai. La majorité des  capitalistes sont exactement comme la plupart des ouvriers&amp;nbsp;: ils se  préoccupent beaucoup plus de leurs pertes personnelles (ou de leurs  gains) que des pertes (ou des victoires) de leur classe. Et lorsqu’un  syndicat menace un patron, c’est à son portefeuille qu’il s’en prend.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Toute grève est synonyme de violence&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aujourd’hui chacun sait qu’une grève, quelle que soit sa taille,  est synonyme de violence. Même si les grévistes ont une préférence  morale pour les méthodes pacifiques, ils savent parfaitement que leur  action causera des dégâts. Lorsque les employés du télégraphe font  grève, ils sectionnent des câbles et scient des pylônes, tandis que les  jaunes bousillent leurs instruments de travail parce qu’ils ne savent  pas les utiliser. Les sidérurgistes s’affrontent physiquement aux  briseurs de grève, cassent des carreaux, détraquent certains appareils  de mesure, endommagent des laminoirs qui coûtent très cher et détruisent  des tonnes de matières premières. Les mineurs endommagent des pistes et  des ponts et font sauter des installations. S’il s’agit d’ouvriers, ou  d’ouvrières, du textile, un incendie d’origine inconnue éclate, des  pierres volent à travers une fenêtre apparemment inaccessible ou une  brique est lancée sur la tête d’un patron. Quand les employés des  tramways font grève, ils arrachent les rails ou élèvent des barricades  sur les voies avec des charrettes ou des wagons retournés, des clôtures  volées, des voitures incendiées. Lorsque les cheminots se mettent en  colère, des moteurs «&amp;nbsp;expirent&amp;nbsp;», des locomotives folles démarrent sans  conducteur, des chargements déraillent et des trains sont bloqués. S’il  s’agit d’une grève du bâtiment, les travailleurs dynamitent des  constructions. Et à chaque fois, des combats éclatent entre d’un côté  les briseurs de grève et les jaunes et, de l’autre, les grévistes et  leurs sympathisants, entre le Peuple et la Police.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour les patrons, une grève sera synonyme de projecteurs, de fil de  fer barbelé, de palissades, de locaux de détention, de policiers et  d’agents provocateurs, de kidnappings violents et d’expulsions. Ils  inventeront tous les moyens possibles pour se protéger directement, sans  compter l’ultime recours à la police, aux milices, aux brigades  spéciales et aux troupes fédérales.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tout le monde sait cela et sourit lorsque les responsables syndicaux  protestent, affirmant que leurs organisations sont pacifiques et  respectent les lois. Tout le monde est conscient qu’ils mentent. Les  travailleurs savent que les grévistes utilisent la violence, à la fois  ouvertement et clandestinement, et qu’ils n’ont pas d’autres moyens,  s’ils ne veulent pas capituler immédiatement. Et la population ne  confond pas les grévistes qui sont obligés de recourir à la violence  avec les crapules destructrices qui les provoquent délibérément.  Généralement, les gens comprennent que les grévistes agissent ainsi  parce qu’ils sont poussés par la dure logique d’une situation qu’ils  n’ont pas créée, mais qui les force à attaquer pour survivre, sinon ils  seront obligés de tomber tout droit dans la misère jusqu’à ce que la  mort les frappe, à l’hospice, dans les rues des grandes villes ou sur  les berges boueuses d’une rivière. Telle est l’horrible situation devant  laquelle se trouvent les ouvriers&amp;nbsp;; ce sont les êtres les plus humains —  ils font un détour pour soigner un chien blessé, ou ramener chez eux un  chiot et le nourrir, ou s’écartent d’un pas pour ne pas écraser un ver  de terre — et ils recourent à la violence contre leurs congénères. Ils  savent, parce que la réalité le leur a appris, que c’est l’unique façon  de gagner, si tant est qu’ils puissent gagner quelque chose. «&amp;nbsp;Vous  n’avez qu’à mieux voter aux prochaines élections&amp;nbsp;!&amp;nbsp;» affirment certains.  Il m’a toujours semblé qu’il s’agit de l’une des réponses les plus  ridicules qu’une personne puisse faire, lorsqu’un gréviste lui demande  de l’aide face à une situation matérielle délicate, et alors que les  élections auront lieu dans six mois, un an voire deux ans.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Malheureusement, ceux qui savent comment la violence est utilisée  dans la guerre des syndicats contre les patrons ne prennent pas  publiquement la parole pour dire&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Tel jour, à tel endroit, telle  action spécifique a été entreprise&amp;nbsp;; telles et telles concessions ont  été accordées à la suite de cette action&amp;nbsp;; tel patron a capitulé.&amp;nbsp;» Agir  ainsi mettrait en péril leur liberté et leur pouvoir de continuer le  combat. C’est pourquoi ceux qui sont les mieux informés doivent se taire  et ricaner discrètement en écoutant les ignorants pérorer. Pourtant  seule la connaissance des faits peut éclaircir leur position.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Les adversaires de l’action directe&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ces dernières semaines, certains n’ont pas été avares de paroles  creuses. Des orateurs et des journalistes, honnêtement convaincus de  l’efficacité de l’action politique, persuadés qu’elle seule peut  permettre aux ouvriers de remporter la bataille, ont dénoncé les  dommages incalculables causés par ce qu’ils appellent l’action directe  (ils veulent dire en fait la «&amp;nbsp;violence conspiratrice&amp;nbsp;»).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un certain Oscar Ameringer, par exemple, a récemment déclaré, lors  d’un meeting à Chicago, que la bombe lancée à Haymarket Square en 1886  avait fait reculer le mouvement pour la journée de huit heures d’un  quart de siècle. D’après lui, ce mouvement aurait été victorieux si la  bombe n’avait pas été lancée. Ce monsieur commet une grave erreur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Personne n’est capable de mesurer précisément l’effet positif ou  négatif d’une action, à l’échelle de plusieurs mois ou de plusieurs  années. Personne ne peut démontrer que la journée de huit heures aurait  pu devenir obligatoire vingt-cinq ans auparavant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous savons que les législateurs de l’Illinois ont voté une loi pour  la journée de 8 heures en 1871 et que ce texte est resté lettre morte.  On ne peut pas davantage démontrer que l’action directe des ouvriers  aurait pu l’imposer. Quant à moi, je pense que des facteurs beaucoup  plus puissants que la bombe de Haymarket ont joué un rôle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;D’un autre côté, si l’on croit que l’influence négative de la bombe a  été si puissante, alors les conditions de travail et l’exercice des  activités syndicales devraient être bien plus difficiles à Chicago que  dans les villes où rien d’aussi grave ne s’est produit. Pourtant on  constate le contraire. Même si les conditions des travailleurs y sont  déplorables, elles sont bien moins mauvaises à Chicago que dans d’autres  grandes villes, et le pouvoir des syndicats y est plus développé que  dans n’importe quel autre endroit, excepté San Francisco. Si l’on veut  donc absolument tirer des conclusions à propos des effets de la bombe de  Haymarket, il faut tenir compte de ces faits avant d’avancer une  hypothèse. En ce qui me concerne, je ne pense pas que cet événement ait  joué un rôle important dans l’évolution du mouvement ouvrier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et il en sera de même avec la vigoureuse [campagne] actuelle contre  la violence. Rien n’a fondamentalement changé. Deux hommes ont été  emprisonnés pour ce qu’ils ont fait (il y a vingt-quatre ans, leurs  semblables ont été pendus pour des actes qu’ils n’avaient pas commis) et  quelques autres seront peut-être incarcérés. Mais les forces de la Vie  continueront à se révolter contre leurs chaînes économiques. Cette  révolte ne faiblira pas, peu importe le parti qui remportera ou perdra  les élections, jusqu’à ces chaînes soient brisées.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Comment pourrons-nous briser nos chaînes&amp;nbsp;?&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les partisans de l’action politique nous racontent que seule l’action  électorale du parti de la classe ouvrière pourra atteindre un tel  résultat&amp;nbsp;; une fois élus, ils entreront en possession des sources de la  Vie et des moyens de production&amp;nbsp;; ceux qui aujourd’hui possèdent les  forêts, les mines, les terres, les canaux, les usines, les entreprises  et qui commandent aussi au pouvoir militaire à leur botte, en bref les  exploiteurs, abdiqueront demain leur pouvoir sur le peuple dès le  lendemain des élections qu’ils auront perdues.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Et en attendant ce jour béni&amp;nbsp;?&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En attendant, soyez pacifiques, travaillez bien, obéissez aux lois,  faites preuve de patience et menez une existence frugale (comme Madero&amp;nbsp;[&lt;a class="spip_note" href="http://targetezine.blogspot.com/2011/03/de-laction-directe.html#nb21" id="nh21" rel="footnote" title="Francisco Madero (1873-1913). Gros propriétaire foncier, adversaire de (...)"&gt;21&lt;/a&gt;] le conseilla aux paysans mexicains après les avoir vendus à Wall Street).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si certains d’entre vous sont privés de leurs droits civiques, ne  vous révoltez même pas contre cette mesure, cela risquerait de «&amp;nbsp;faire  reculer le parti&amp;nbsp;».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Action politique et action directe&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai déjà dit que, parfois, l’action politique obtient quelques  résultats positifs — et pas toujours sous la pression des partis  ouvriers, d’ailleurs. Mais je suis absolument convaincue que les  résultats positifs obtenus occasionnellement sont annulés par les  résultats négatifs&amp;nbsp;; de même que je suis convaincue que, si l’action  directe a parfois des conséquences négatives, celles-ci sont largement  compensées par les conséquences positives de l’action directe.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Presque toutes les lois originellement conçues pour le bénéfice des  ouvriers sont devenues une arme entre les mains de leurs ennemis, ou  bien sont restées lettre morte, sauf lorsque le prolétariat et ces  organisations ont imposé directement leur application. En fin de compte,  c’est toujours l’action directe qui a le rôle moteur. Prenons par  exemple la loi antitrusts censée bénéficier au peuple en général et à la  classe ouvrière en particulier. Il y environ deux semaines, 250  dirigeants syndicaux ont été cités en justice. La compagnie de chemins  de fer Illinois Central les accusait en effet d’avoir formé un trust en  déclenchant une grève&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais la foi aveugle en l’action indirecte, en l’action politique, a  des conséquences bien plus graves&amp;nbsp;: elle détruit tout sens de  l’initiative, étouffe l’esprit de révolte individuelle, apprend aux gens  à se reposer sur quelqu’un d’autre afin qu’il fasse pour eux ce qu’ils  devraient faire eux-mêmes&amp;nbsp;; et enfin elle fait passer pour naturelle une  idée absurde&amp;nbsp;: il faudrait encourager la passivité des masses jusqu’au  jour où le parti ouvrier gagnera les élections&amp;nbsp;; alors, par la seule  magie d’un vote majoritaire, cette passivité se transformera tout à coup  en énergie. En d’autres termes, on veut nous faire croire que des gens  qui ont perdu l’habitude de lutter pour eux-mêmes en tant qu’individus,  qui ont accepté toutes les injustices en attendant que leur parti  acquière la majorité&amp;nbsp;; que ces individus vont tout à coup se  métamorphoser en véritables «&amp;nbsp;bombes humaines&amp;nbsp;», rien qu’en entassant  leurs bulletins dans les urnes&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les sources de la Vie, les richesses naturelles de la Terre, les  outils nécessaires pour une production coopérative doivent devenir  accessibles à tous. Le syndicalisme doit élargir et approfondir ses  objectifs, sinon il disparaîtra&amp;nbsp;; et la logique de la situation forcera  graduellement les syndicalistes à en prendre conscience. Les problèmes  des ouvriers ne pourront jamais être résolus en tabassant des jaunes,  tant que des cotisations élevées et d’autres restrictions limiteront les  adhésions au syndicat et pousseront certains travailleurs à aider les  patrons. Les syndicats se développeront moins en combattant pour des  salaires plus élevés qu’en luttant pour une semaine de travail plus  courte, ce qui permettra d’augmenter le nombre de leurs membres,  d’accepter tous ceux qui veulent adhérer. Si les syndicats veulent  gagner des batailles, tous les ouvriers doivent s’allier et agir  ensemble, agir rapidement (sans en avertir les patrons à l’avance) et  profiter de leur liberté d’agir ainsi à chaque fois. Et si, un jour, les  syndicats regroupent tous les ouvriers, aucune conquête ne sera  permanente, à moins qu’ils se mettent en grève pour tout obtenir — pas  une augmentation de salaire, ni une amélioration secondaire, mais toutes  les richesses de la nature — et qu’ils procèdent, dans la foulée, à  l’expropriation directe et totale&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le pouvoir des ouvriers ne réside pas dans la force de leur vote,  mais dans leur capacité à paralyser la production. La majorité des  électeurs ne sont pas des ouvriers. Ceux-ci travaillent à un endroit  aujourd’hui, à un autre demain, ce qui empêche un grand nombre d’entre  eux de voter&amp;nbsp;; un grand pourcentage des ouvriers dans ce pays sont des  étrangers qui n’ont pas le droit de voter. Les dirigeants socialistes le  savent parfaitement. La preuve&amp;nbsp;? Ils affadissent leur propagande sur  tous les points afin de gagner le soutien de la classe capitaliste, du  moins des petits entrepreneurs. Selon la presse socialiste, des  spéculateurs de Wall Street assurent qu’ils sont prêts à acheter des  actions de Los Angeles à un administrateur socialiste aussi bien qu’à un  administrateur capitaliste. Les journaux socialistes prétendent que  l’administration actuelle de Milwaukee a créé une situation économique  très favorable aux petits investisseurs&amp;nbsp;; leurs articles publicitaires  conseillent aux habitants de cette ville de se rendre chez Dupont ou  Durand sur Milwaukee Avenue, qui les servira aussi bien qu’un grand  magasin dépendant d’une grosse chaîne commerciale. En clair, parce que  nos socialistes savent qu’ils ne pourront pas obtenir une majorité sans  les voix de cette classe sociale, ils essaient désespérément de gagner  le soutien (et de prolonger la vie) de la petite-bourgeoisie que  l’économie socialiste fera disparaître.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au mieux, un parti ouvrier pourrait, en admettant que ses députés  restent honnêtes, former un solide groupe parlementaire qui conclurait  des alliances ponctuelles avec tel ou tel autre groupe afin d’obtenir  quelques mini-réformes politiques ou économiques.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais lorsque la classe ouvrière sera regroupée dans une seule grande  organisation syndicale, elle pourra montrer à la classe possédante, en  cessant brusquement le travail dans toutes les entreprises, que toute la  structure sociale repose sur le prolétariat&amp;nbsp;; que les biens des patrons  n’ont aucune valeur sans l’activité des travailleurs&amp;nbsp;; que des  protestations comme les grèves sont inhérentes à ce système fondé sur la  propriété privée et qu’elles se reproduiront tant qu’il ne sera pas  aboli. Et, après l’avoir montré dans les faits, les ouvriers  exproprieront tous les possédants.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;«&amp;nbsp;Mais le pouvoir militaire, objectera le partisan de l’action  politique, nous devons d’abord obtenir le pouvoir politique, sinon on  utilisera l’armée contre nous&amp;nbsp;!&amp;nbsp;»&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Contre une véritable grève générale, l’armée ne peut rien. Oh, bien  sûr, si vous avez un socialiste dans le genre d’Aristide Briand&amp;nbsp;[&lt;a class="spip_note" href="http://targetezine.blogspot.com/2011/03/de-laction-directe.html#nb22" id="nh22" rel="footnote" title="Aristide Briand (1862-1932). Avocat et journaliste, partisan de la grève (...)"&gt;22&lt;/a&gt;]  au pouvoir, il sera prêt à déclarer que les ouvriers sont tous des  «&amp;nbsp;serviteurs de l’Etat&amp;nbsp;» et à essayer de les faire travailler contre  leurs propres intérêts. Mais contre le solide mur d’une masse d’ouvriers  immobiles, même un Briand se cassera les dents.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En attendant, tant que la classe ouvrière internationale ne se  réveillera pas, la guerre sociale se poursuivra, malgré toutes les  déclarations hystériques de tous ces individus bien intentionnés qui ne  comprennent pas que les nécessités de la Vie puissent s’exprimer&amp;nbsp;;  malgré la peur de tous ces dirigeants timorés&amp;nbsp;; malgré toutes les  revanches que prendront les réactionnaires&amp;nbsp;; malgré tous les bénéfices  matériels que les politiciens retirent d’une telle situation. Cette  guerre de classe se poursuivra parce que la Vie crie son besoin  d’exister, qu’elle étouffe dans le carcan de la Propriété, et qu’elle ne  se soumet pas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Et que la Vie ne se soumettra pas&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette lutte durera tant que l’humanité ne se libérera pas elle-même pour chanter l’Hymne à l’Homme de Swinburne&amp;nbsp;[&lt;a class="spip_note" href="http://targetezine.blogspot.com/2011/03/de-laction-directe.html#nb23" id="nh23" rel="footnote" title="Algernon Charles Swinburne (1837-1909). Bien qu’il fût (...)"&gt;23&lt;/a&gt;]&amp;nbsp;:&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;blockquote class="spip"&gt;«&amp;nbsp;Gloire à l’Homme dans ses plus beaux exploits&lt;br /&gt;Car il est le maître de toutes choses.&amp;nbsp;»&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;b&gt;Voltairine de Cleyre&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Traduit (et annoté) par Yves Coleman pour la revue &lt;i&gt;Ni patrie ni frontières&lt;/i&gt; n°2.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="fullpost"&gt;&lt;span style="color: red;"&gt;Disponible en format &lt;/span&gt;&lt;b style="color: red;"&gt;PDF&lt;/b&gt;&lt;span style="color: red;"&gt; sur&lt;/span&gt; &lt;a href="http://infokiosques.net/spip.php?auteur355"&gt;infokiosques&lt;/a&gt;. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="fullpost"&gt;&lt;hr /&gt;[&lt;a class="spip_note" href="http://targetezine.blogspot.com/2011/03/de-laction-directe.html#nh1" id="nb1" rev="footnote" title="Notes 1"&gt;1&lt;/a&gt;]  Le 10 octobre 1910, James et Joseph McNamara, respectivement membres  des syndicat des typographes et du bâtiment, posèrent une bombe à  proximité du Los Angeles Times,bombe censée causer uniquement des dégâts  matériels. Malheureusement l’explosion déclencha un violent incendie et  21 employés du journal moururent suite à cet attentat. Les deux frères,  sur le conseil de leur avocat Clarence Darrow, plaidèrent coupables et  évitèrent la peine de mort.&lt;br /&gt;[&lt;a class="spip_note" href="http://targetezine.blogspot.com/2011/03/de-laction-directe.html#nh2" id="nb2" rev="footnote" title="Notes 2"&gt;2&lt;/a&gt;]  IWW (Industrial Workers of the World) ou Wobblies.... Syndicat  révolutionnaire fondé en 1905 par des syndicalistes radicaux qui  s’opposaient à la politique conservatrice et pro-patronale de l’American  Federation of Labor. Les Wobblies comprenaient beaucoup de membres du  Socialist Party of America, du Socialist  Labor Party et d’autres  groupes radicaux de gauche. Pendant les années 1910, les IWW jouèrent un  rôle important dans la lutte pour les droits des travailleurs  américains. Des militants célèbres comme John Reed (auteur du classique  Dix jours qui ébranlèrent le monde), Mother Jones, Big Bill Haywood, Joe  Hill et d’autres prirent parti pour l’idée d’un «&amp;nbsp;grand syndicat  unique&amp;nbsp;» en espérant que les travailleurs du monde entier pourraient  s’unir et combattre ensemble contre leurs oppresseurs capitalistes. De  1905 à 1920 les IWW organisèrent des centaines de milliers d’ouvriers  dans les mines, les usines et chez les paysans. Ils ne regroupèrent  jamais plus de 150 000 membres à la fois mais près de 3 millions de  personnes y appartinrent à un moment ou un autre. Les IWW étaient  surtout implantés dans l’ouest des États Unis où ils organisaient  ensemble femmes et hommes, Noirs et Blancs, les immigrés et Américains  dans des syndicats d’industrie, non catégoriels. Leur but explicite  était de renverser le capitalisme et beaucoup de ses membres  sympathisèrent avec la révolution d’Octobre. Le gouvernement lança une  répression féroce contre les IWW en 1917 et l’influence du syndicat  baissa rapidement. Cette organisation, aujourd’hui anarcho-syndicaliste,  existe encore, mais ne regroupe que quelques centaines de militants.&lt;br /&gt;[&lt;a class="spip_note" href="http://targetezine.blogspot.com/2011/03/de-laction-directe.html#nh3" id="nb3" rev="footnote" title="Notes 3"&gt;3&lt;/a&gt;]  Socialist Party&amp;nbsp;: créé en 1901, ce parti compte plus de mille élus  (dont un membre du Congrès) en 1912 et joue à l’époque un rôle influent  dans les syndicats de l’American Federation of Labor. Les trois  dirigeants les plus importants furent Eugene Debs, Daniel De Leon et  William D. "Big Bill" Haywood. Ce dernier, partisan de l’action directe,  fut exclu du parti en 1913 après une longue discussion au terme de  laquelle le parti décida  que  «&amp;nbsp;l’utilisation de la violence et du  sabotage, méthodes destinées à la guerre de guérilla, démoralise ceux  qui emploient de telles méthodes et ouvrent la porte aux agents  provocateurs&amp;nbsp;».&lt;br /&gt;[&lt;a class="spip_note" href="http://targetezine.blogspot.com/2011/03/de-laction-directe.html#nh4" id="nb4" rev="footnote" title="Notes 4"&gt;4&lt;/a&gt;]  Les eaux de Siloé&amp;nbsp;: allusion à un réservoir qui constituait le seul  point d’eau permanent de Jérusalem au VIIe siècle avant J.-C. Elles  avaient la réputation d’avoir des vertus thérapeutiques, puisqu’il y est  fait allusion dans l’évangile selon Jean.&lt;br /&gt;[&lt;a class="spip_note" href="http://targetezine.blogspot.com/2011/03/de-laction-directe.html#nh5" id="nb5" rev="footnote" title="Notes 5"&gt;5&lt;/a&gt;]  Mouvement né en 1647 d’une révolte contre l’Eglise anglicane.  Persécutés en Angleterre comme en Amérique où ils s’établirent dès 1681,  ils jouèrent un rôle important dans la lutte contre l’esclavage.&lt;br /&gt;[&lt;a class="spip_note" href="http://targetezine.blogspot.com/2011/03/de-laction-directe.html#nh6" id="nb6" rev="footnote" title="Notes 6"&gt;6&lt;/a&gt;]   Puritains. Ce terme désigne au départ un groupe de presbytériens  rigides qui voulaient «&amp;nbsp;purifier&amp;nbsp;» l’Eglise anglicane des restes de  l’influence catholique. Ils commencèrent à émigrer en 1620, en Virginie  et en Nouvelle-Angleterre, notamment, pour constituer des communautés  fermées. Pendant presque un siècle, ils essayèrent d’imposer leurs  normes intolérantes et persécutèrent tous ceux qui ne pensaient pas  comme eux. Leur attachement au sens littéral de la Bible, qui les  caractérise, a influencé toute l’histoire américaine jusqu’à aujourd’hui  — comme en témoignent de nombreux aspects de la culture des États-Unis.&lt;br /&gt;[&lt;a class="spip_note" href="http://targetezine.blogspot.com/2011/03/de-laction-directe.html#nh7" id="nb7" rev="footnote" title="Notes 7"&gt;7&lt;/a&gt;]  La dernière d’entre elles s’appelait Mary Dyer, mère de six enfants,  pendue à un arbre en 1660 à Boston. De 1660 à 1677, les sœurs Wright,  Mary, Hannah et Lydia vinrent successivement protester à Boston contre  les persécutions dont étaient victimes les quakers. Elles furent à  chaque fois, emprisonnées, jugées puis expulsées de la ville. Les  quakers étaient dénudés jusqu’à la ceinture, attachés à une charrette et  fouettés dans les rues avant d’être chassés de la colonie. Lydia  accompagna à Boston Margaret Brewster qui entra dans une église  puritaine, vêtue comme une pénitente, pieds nus, cheveux au vent, des  cendres sur la tête, et un sac recouvrant ses vêtements.&lt;br /&gt;[&lt;a class="spip_note" href="http://targetezine.blogspot.com/2011/03/de-laction-directe.html#nh8" id="nb8" rev="footnote" title="Notes 8"&gt;8&lt;/a&gt;]   Nathaniel Bacon (1647-1676) dirigea en 1676 un groupe de colons  révoltés qui s’emparèrent de la ville de Jamestown et l’incendièrent  pour obtenir des réformes et une plus grande participation dans le  gouvernement de la Virginie.&lt;br /&gt;[&lt;a class="spip_note" href="http://targetezine.blogspot.com/2011/03/de-laction-directe.html#nh9" id="nb9" rev="footnote" title="Notes 9"&gt;9&lt;/a&gt;]  Les comités de correspondance furent créés en 1774 pour rassembler les doléances des Américains contre les Britanniques.&lt;br /&gt;[&lt;a class="spip_note" href="http://targetezine.blogspot.com/2011/03/de-laction-directe.html#nh10" id="nb10" rev="footnote" title="Notes 10"&gt;10&lt;/a&gt;]  John Whittier (1807-1892) poète américain opposé à l’esclavage. Au  sud-est de Los Angeles, en Californie, il existe une ville fondée par  les quakers et qui porte son nom&lt;br /&gt;[&lt;a class="spip_note" href="http://targetezine.blogspot.com/2011/03/de-laction-directe.html#nh11" id="nb11" rev="footnote" title="Notes 11"&gt;11&lt;/a&gt;]  La citation est extraite du livre des Juges 5, 20&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Du haut des  cieux, les étoiles ont combattu, de leurs sentiers, elles ont combattu  Sisera.&amp;nbsp;» L’Ancien Testament fait allusion à une intervention  miraculeuse des étoiles en faveur des Juifs au cours de leur bataille  contre le général Sisera.&lt;br /&gt;[&lt;a class="spip_note" href="http://targetezine.blogspot.com/2011/03/de-laction-directe.html#nh12" id="nb12" rev="footnote" title="Notes 12"&gt;12&lt;/a&gt;]  William D. (dit «&amp;nbsp;Big Bill) Haywood (1869-) Travaille comme mineur dès  l’âge de 9 ans et perd un œil à la suite d’un accident de travail. Suite  aux sévères défaites subies par les mineurs à partir de 1901, il  développe l’idée d’un «&amp;nbsp;grand syndicat unique&amp;nbsp;» et joue un rôle  important dans la création des IWW. En 1917, le gouvernement arrête  Haywood et une centaine d’autres militants en les accusant d’espionnage  et aussi parce qu’ils ont appelé à des grèves en temps de guerre. Big  Bill est condamné à une lourde peine de prison, mais s’enfuit en Union  soviétique où il meurt en 1928.&lt;br /&gt;[&lt;a class="spip_note" href="http://targetezine.blogspot.com/2011/03/de-laction-directe.html#nh13" id="nb13" rev="footnote" title="Notes 13"&gt;13&lt;/a&gt;]  Frank Bohn, ce militant de la gauche du Socialist Party et des IWW  tourna fort mal puisqu’il termina sa carrière comme député du Parti  républicain&amp;nbsp;!&lt;br /&gt;[&lt;a class="spip_note" href="http://targetezine.blogspot.com/2011/03/de-laction-directe.html#nh14" id="nb14" rev="footnote" title="Notes 14"&gt;14&lt;/a&gt;]   Frederick Douglass (1817-1895). Fils d’un Blanc et d’une esclave  noire, il ne connut jamais son père et fut séparé très jeune de sa mère.  Il vécut jusqu’à l’âge de 8 ans sur une plantation puis fut envoyé à  Baltimore comme domestique. La femme de son maître lui apprit à lire,  bien que ce fût illégal. Il dut retourner ensuite travailler sur la  plantation. A 21 ans il s’échappa et devint un conférencier et  journaliste célèbre. Partisan du droit de vote des femmes, il occupa  plusieurs postes dans l’administration. Son autobiographie écrite en  1845 est un classique&amp;nbsp;: Mémoires d’un esclave américain, traduit de  l’anglais par Fanchita Gonzalez, Paris, F. Maspero, 1980.&lt;br /&gt;[&lt;a class="spip_note" href="http://targetezine.blogspot.com/2011/03/de-laction-directe.html#nh15" id="nb15" rev="footnote" title="Notes 15"&gt;15&lt;/a&gt;]  Lucy Colman (1817-1891) Conférencière et militante pour l’abolition de  l’esclavage et l’égalité des femmes, contre le racisme et la  discrimination (notamment dans les écoles où elle enseigna), elle devint  libre-penseuse et agnostique à la fin d’une vie riche en  rebondissements et en anecdotes savoureuses comme celle-ci&amp;nbsp;: lors d’une  réunion du mouvement pour le droit de vote des femmes, face à une motion  de Frederick Douglass qui affirmait candidement&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;le sacrifice de soi  est une valeur positive qui doit être enseignée à toutes les femmes&amp;nbsp;»,  elle lui demanda&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Pourquoi n’avez-vous pas appliqué vous-même cette  vertu&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»&lt;br /&gt;[&lt;a class="spip_note" href="http://targetezine.blogspot.com/2011/03/de-laction-directe.html#nh16" id="nb16" rev="footnote" title="Notes 16"&gt;16&lt;/a&gt;]  Free Soilers&amp;nbsp;: membres du Free Soil Party. Fondé en 1848, ce parti  s’opposait à l’extension de l’esclavage dans les nouveaux territoires et  à l’admission des États esclavagistes dans l’Union.&lt;br /&gt;[&lt;a class="spip_note" href="http://targetezine.blogspot.com/2011/03/de-laction-directe.html#nh17" id="nb17" rev="footnote" title="Notes 17"&gt;17&lt;/a&gt;] Harpers Ferry, arsenal que tenta de prendre John Brown et qui marqua la fin de son combat&lt;br /&gt;[&lt;a class="spip_note" href="http://targetezine.blogspot.com/2011/03/de-laction-directe.html#nh18" id="nb18" rev="footnote" title="Notes 18"&gt;18&lt;/a&gt;]  National Grange of the Patrons of Husbandry&amp;nbsp;: association de fermiers  créée en 1867 et qui prit de l’ampleur après la crise agricole de 1873,  durant laquelle les prix agricoles chutèrent considérablement. La Grange  était organisée en sections où les femmes étaient admises à égalité  avec les hommes. Les Grangers luttaient contre l’endettement et les  tarifs de fret élevés pratiqués par les compagnies de chemin de fer. Le  mouvement fut important dans l’Iowa, le Minnesota, le Wisconsin et  l’Illinois où des lois furent votées en faveur des agriculteurs, mais  balayées par le lobbying des chemins de fer auprès de la Cour suprême.  Le mouvement atteignit son apogée en 1875, regroupant près de 20 000  membres puis déclina au profit d’autres forces comme le Greenback Party  des années 1870, les Farmers Alliances des années 1880 et le Populist  Party des années 1890. La Grange montra que les fermiers pouvaient  s’organiser et avoir un rôle politique.&lt;br /&gt;[&lt;a class="spip_note" href="http://targetezine.blogspot.com/2011/03/de-laction-directe.html#nh19" id="nb19" rev="footnote" title="Notes 19"&gt;19&lt;/a&gt;]  La Southern Farmers Alliance fut fondée au Texas en 1875 et la Northern  Farmers Alliance à Chicago en 1880. Les coopératives qu’elles créèrent  firent faillite et les Alliances se tournèrent vers la politique  politicienne pour former le People’s or Populist Party&amp;nbsp;; parti qui  réclamait à la fois le droit de vote des femmes et l’arrêt de  l’immigration, dénonçait la ploutocratie («&amp;nbsp;les banquiers, les  actionnaires, les grandes sociétés capitalistes&amp;nbsp;») mais aussi les Noirs,  les Juifs et les catholiques (!), et qui réclamait la journée de 8  heures. Le populisme est une des plaies de la vie politique américaine,  comme en témoigna encore la campagne de Clinton en 1992 qui prétendit  «&amp;nbsp;défendre en priorité les intérêts du peuple&amp;nbsp;» — avec le résultat  catastrophique que l’on connaît.&lt;br /&gt;[&lt;a class="spip_note" href="http://targetezine.blogspot.com/2011/03/de-laction-directe.html#nh20" id="nb20" rev="footnote" title="Notes 20"&gt;20&lt;/a&gt;]  Knights of Labor. Organisation au départ clandestine, fondée en 1869 et  qui regroupa jusqu’à 700 000 «&amp;nbsp;producteurs&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: ouvriers, petits  commerçants et paysans. Son objectif était de remplacer le capitalisme  par des coopératives ouvrières. Son influence déclina à partir de 1886.&lt;br /&gt;[&lt;a class="spip_note" href="http://targetezine.blogspot.com/2011/03/de-laction-directe.html#nh21" id="nb21" rev="footnote" title="Notes 21"&gt;21&lt;/a&gt;]   Francisco Madero (1873-1913). Gros propriétaire foncier, adversaire de  Porfiro Diaz, il est soutenu par Pancho Villa. Elu président de la  République en 1911, il est renversé par un coup d’Etat militaire deux  ans plus tard et assassiné.&lt;br /&gt;[&lt;a class="spip_note" href="http://targetezine.blogspot.com/2011/03/de-laction-directe.html#nh22" id="nb22" rev="footnote" title="Notes 22"&gt;22&lt;/a&gt;]   Aristide Briand (1862-1932). Avocat et journaliste, partisan de la  grève générale, il devient secrétaire général du Parti socialiste  français qu’il fonde avec Jaurès, en opposition aux guesdistes du Parti  ouvrier français. Hostile aux décisions de la Seconde Internationale qui  interdisent, en 1904, aux députés socialistes de devenir ministres, il  quitte le Parti socialiste unifié, puis la SFIO. Il sera 25 fois  ministre et 11 fois président du Conseil&amp;nbsp;! Il réprime la grève des  cheminots en 1910. Avant la Première Guerre mondiale et entre les deux  guerres, Briand est l’incarnation parfaite, jusqu’à la caricature, du  socialiste qui trahit tous ses idéaux.&lt;br /&gt;[&lt;a class="spip_note" href="http://targetezine.blogspot.com/2011/03/de-laction-directe.html#nh23" id="nb23" rev="footnote" title="Notes 23"&gt;23&lt;/a&gt;]  Algernon Charles Swinburne (1837-1909). Bien qu’il fût d’origine  aristocratique, ce poète romantique anglais était républicain et  antichrétien. Il dénonça tous les despotes de son époque, du tsar au  pape, en passant par le Kaiser.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4548877961369105280-9208650485360860211?l=targetezine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://targetezine.blogspot.com/feeds/9208650485360860211/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4548877961369105280&amp;postID=9208650485360860211&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4548877961369105280/posts/default/9208650485360860211'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4548877961369105280/posts/default/9208650485360860211'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://targetezine.blogspot.com/2011/03/de-laction-directe.html' title='[De l&apos;action directe]'/><author><name>X8X</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='22' height='32' src='http://4.bp.blogspot.com/-dWeIxybNlyQ/TZ5u76ew15I/AAAAAAAAATg/LnYJkidY-J8/s220/BigBrother1984_sml.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4548877961369105280.post-3079764908576289995</id><published>2011-03-01T09:05:00.000-08:00</published><updated>2011-03-20T13:41:27.825-07:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Contr&apos;info'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Publié en Presse Ecrite'/><title type='text'>[Paris-Texas : une proposition politique des mis en examen de Tarnac]</title><content type='html'>&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;par &lt;b&gt;Aria, Benjamin, Bertrand, Christophe, Elsa, Gabrielle, Julien, Manon, Matthieu et Yildune&lt;/b&gt; publié dans&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size: x-small;"&gt; &lt;a href="http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/02/24/paris-texas-une-proposition-politique-des-mis-en-examen-de-tarnac_1484538_3232.html"&gt;Le Monde&lt;/a&gt; le 25 février 2011&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;"Printemps des peuples arabes", "révolution en marche", "transition démocratique", "fin de la dictature". Les grandes machines discursives sont de sortie. Il n'en faut pas moins pour parvenir à présenter le renversement des régimes pro-occidentaux du Maghreb comme de nouvelles victoires de l'Occident, et le triomphe inespéré de ses valeurs.&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La fièvre révolutionnaire qui s'est récemment emparée des plus prudents éditorialistes témoigne d'abord de l'intense réaction immunitaire à quoi l'événement accule le discours dominant. On répond par un violent accès d'orientalisme à la nécessité de disposer, au plus vite, entre nous et les bouleversements en cours, un solide cordon sanitaire. On s'émerveille de ces "révolutions" pour mieux esquiver les évidences qu'elles nous jettent au visage pour mieux dissoudre le trouble qu'elles suscitent en nous.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Faut-il qu'elles soient précieuses, les illusions qu'il s'agit d'ainsi préserver, pour que l'on se répande partout en pareilles apologies de l'insurrection, pour que l'on décerne la palme de la non-violence à un mouvement qui a brûlé 60 % des commissariats égyptiens. Quelle heureuse surprise de soudain découvrir que les principales chaînes d'information sont entre les mains des amis du peuple !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;Or voilà : si les insurgés de l'autre côté de la Méditerranée disent : "Avant, nous étions des morts-vivants. A présent, nous nous sommes réveillés", cela signifie en retour que nous, qui ne nous insurgeons pas, nous sommes des morts-vivants, que nous dormons. S'ils disent : "Avant, nous vivions comme des bêtes, nous vivions dans la peur. A présent, nous avons retrouvé confiance en nous, en notre force, en notre intelligence", cela signifie que nous vivons comme des bêtes, nous qui sommes si évidemment gouvernés par nos peurs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ceux qui peignent aujourd'hui aux couleurs les plus lugubres l'impitoyable dictature de l'atroce Ben Ali ne le trouvaient-ils pas hier encore si fréquentable ? Il faut donc qu'ils mentent aujourd'hui, comme ils mentaient hier. Le tort de Michèle Alliot-Marie réside d'ailleurs là : avoir dévoilé en quelques phrases à l'Assemblée nationale que, derrière tant de dissertations d'écoliers sur la différence entre leurs dictatures et nos démocraties, se cache la continuité policière des régimes; en quoi les uns sont certes plus experts et moins grossiers que les autres.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On peut détailler ad nauseam la brutalité de la répression sous Ben Ali. Il n'en reste pas moins que les doctrines contre-insurrectionnelles – l'art d'écraser les soulèvements – sont désormais la doctrine officielle des armées occidentales, qu'il s'agisse de les appliquer en banlieue ou dans les centres-villes, en Afghanistan ou place Bellecour à Lyon. Le feuilleton hebdomadaire des petits mensonges et des misérables combines de Mme Alliot-Marie ne saurait effacer le véritable scandale : avoir traité de "situation sécuritaire" une situation révolutionnaire. Si nous n'étions pas occupés à tresser des couronnes de jasmin ou de lotus aux révoltes du Maghreb, peut-être n'aurions-nous pas déjà oublié que Ben Ali, quatre jours avant de disparaître dans les poubelles de l'histoire, avait parlé des émeutes de Sidi Bouzid comme d'"impardonnables actes terroristes perpétrés par des voyous cagoulés". Ou que son successeur a cru apaiser la colère du peuple en annonçant comme première mesure l'abrogation de "toutes les lois antidémocratiques", à commencer par les lois antiterroristes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si nous refusons de tenir pour miraculeux l'enchaînement qui mène de l'immolation de Mohamed Bouazizi à la fuite de Ben Ali, c'est que nous refusons d'admettre comme normale, à l'inverse, l'indifférence feutrée qu'a partout rencontrée pendant tant d'années la persécution de tant d'opposants. Ce que nous vivons, nous et une certaine jeunesse politisée, depuis trois ans, y est certainement pour quelque chose. Dans les trois dernières années, nous dénombrons en France plus d'une vingtaine de camarades qui, toutes tendances confondues, sont passés par la case prison, dans la plupart des cas sous prétexte d'antiterrorisme et pour des motifs dérisoires – détention de fumigènes, introduction de glu dans des distributeurs de billets, tentative ratée d'incendie de voiture, collage d'affiches ou coup de pied.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous en sommes arrivés en janvier au point où la magie du signalement sur le fichier des "anarcho-autonomes" a mené une jeune femme en prison – pour un tag. Cela se passe en France, et non en Russie, et non en Arabie saoudite, et non en Chine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Chaque mois désormais, nous apprenons qu'un nouveau camarade a été prélevé en pleine rue, que l'on a intimé à telle amie, après bien d'autres, de devenir indic en échange de l'impunité ou d'un salaire ou de conserver son poste de professeur, que telle connaissance a, à son tour, basculé dans la dimension parallèle où nous vivons désormais, avec ses cellules miteuses, ses petits juges pleins de haine rentrée, de mauvaise foi et de ressentiment, avec ses insomnies, ses interdictions de communiquer, ses flics devenus des intimes à force de vous épier. Et l'apathie qui vous gagne, l'apathie de ceux qui vivent "normalement" et s'étonnent, l'apathie organisée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Car c'est une politique européenne. Les rafles régulières d'anarchistes en Grèce ces derniers temps le prouvent. Aucun régime ne peut renoncer au broyeur judiciaire, quand il s'agit de venir à bout de ce qui lui résiste. La culpabilité est une chose qui se produit. Comme telle, c'est une question d'investissement, financier, personnel. Si vous êtes prêt à y mettre des moyens hors normes, vous pouvez bien transformer une série de faux procès-verbaux, de faux témoignages et de manœuvres de barbouzes en dossier d'accusation crédible.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans l'affaire dite de Tarnac, la récente reconstitution de la nuit des sabotages, si longtemps réclamée par la défense, en a administré le plus bel exemple. Ce fut un de ces moments d'apothéose où éclate, jusque dans les détails les plus infimes, le caractère de machination de toute vérité judiciaire. Ce jour-là, le juge Fragoli a su occulter avec art tout ce qui démontre l'impossibilité de la version policière. Il devenait subitement aveugle dès que l'indocile réalité contredisait sa thèse. Il a même réussi à mettre les rédacteurs du faux PV de filature à l'abri de la contradiction, en les dispensant d'être là. Et cela était en effet superflu, puisque tout ce petit monde s'était déjà transporté sur les lieux, une semaine auparavant, en privé et en douce.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A dire vrai, qu'il ait fallu contrefaire la reconstitution suffit à montrer que le procès-verbal lui-même était contrefait. C'est sans doute cela qu'il a fallu abriter des regards en bouclant la zone par des murs de gendarmes appuyés de brigades cynophiles, d'hélicoptères et de dizaines de brutes de la sous-direction antiterroriste.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A ce jour, il en aura coûté quelques millions d'euros pour transformer en instruction bien ficelée des fantasmes de flics. Il importe peu de savoir à qui, pour finir, on imputera les actes qui furent le prétexte de notre arrestation. Quant à nous, nous plaignons d'ores et déjà le tribunal qui aura à faire passer pour du terrorisme la pose de quelques innocents crochets, maintenant que bloquer les flux est devenu le moyen d'action élémentaire d'un mouvement de masse contre la réforme des retraites.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le silence frileux des gouvernants européens sur les événements de Tunisie et d'Egypte dit assez l'angoisse qui les étreint. Le pouvoir tient donc à si peu. Un avion décolle et c'est tout un édifice de forfaiture qui tombe en miettes. Les portes des prisons s'ouvrent. La police s'évanouit. On honore ce qui hier encore était méprisé, et ce qui était l'objet de tous les honneurs est maintenant sujet à tous les sarcasmes. Tout pouvoir est assis sur ce gouffre. Ce qui nous apparaît, à nous, comme démence sécuritaire n'est que pragmatisme policier, antiterrorisme raisonné.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Du point de vue du gestionnaire de situations sécuritaires, l'ordre public n'aurait jamais été ébranlé, et Ben Ali serait encore tranquillement président, si l'on avait réussi à neutraliser à temps un certain Mohamed Bouazizi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est à l'évidence, dans les banlieues comme dans les mouvements de révolte, la chasse aux Bouazizi, aux fauteurs d'insurrection potentiels qui est lancée, et c'est une course contre la montre; car, de Ben Ali à Sarkozy, qui règne par la peur s'expose à la fureur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Monsieur le président, il y a des ranchs à vendre au Texas, et votre avion vous attend sur la piste de Villacoublay.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aria, Benjamin, Bertrand, Christophe, Elsa, Gabrielle, Julien, Manon, Matthieu et Yildune, sont les dix personnes mises en examen dans l'affaire dite "de Tarnac" &lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4548877961369105280-3079764908576289995?l=targetezine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://targetezine.blogspot.com/feeds/3079764908576289995/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4548877961369105280&amp;postID=3079764908576289995&amp;isPopup=true' title='3 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4548877961369105280/posts/default/3079764908576289995'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4548877961369105280/posts/default/3079764908576289995'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://targetezine.blogspot.com/2011/03/une-proposition-politique-des-mis-en.html' title='[Paris-Texas : une proposition politique des mis en examen de Tarnac]'/><author><name>X8X</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='22' height='32' src='http://4.bp.blogspot.com/-dWeIxybNlyQ/TZ5u76ew15I/AAAAAAAAATg/LnYJkidY-J8/s220/BigBrother1984_sml.gif'/></author><thr:total>3</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4548877961369105280.post-4354377258100063456</id><published>2011-02-17T16:14:00.000-08:00</published><updated>2011-02-17T16:16:18.452-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Big-Brother'/><title type='text'>[Comment neutraliser l’Internet]</title><content type='html'>&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;par &lt;b&gt;Jean-Paul Baquiast &lt;/b&gt;publié par &lt;a href="http://www.automatesintelligents.com/"&gt;A.I.&lt;/a&gt; le 16 février 2011&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Les deux « révolutions » survenues récemment en Tunisie et en Egypte ont mis en évidence aux yeux du monde entier le rôle joué par ceux que l'on a nommé des cyber-militants ou cyber-activistes. &lt;/b&gt;Ceux-ci, issus généralement des classes éduquées, ont su utiliser pleinement les anciens et nouveaux outils du web et du téléphone portable pour se coordonner et animer des populations moins bien informées. Ce qui a été fait avec succès dans ces deux pays par l'opposition se poursuit actuellement dans un certain nombre d'États autoritaires où grandissent des contestations populaires.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;L'expérience de l'Egypte montre cependant que face à ces attaques, les gouvernements peuvent réagir très efficacement &lt;/b&gt;(1). En quelques minutes à partir du 28 janvier et pendant plusieurs jours, plus de 20 millions d'utilisateurs furent pratiquement coupés du monde. Ils ont vu également leurs communications internes fortement dégradées. Il est très probable qu'en cas de montée des revendications, les autres gouvernements de la région procèderont de même.&lt;br /&gt;&lt;span class="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;Les communautés Internet du monde entier s'interrogent fébrilement ces jours-ci sur les conditions permettant de tels coups de force. Certes, en Egypte comme dans beaucoup de pays politiquement peu ouverts sur l'extérieur, les voies d'accès à haut débit, les portails internationaux et les grands serveurs sont contrôlées par des organismes d'Etat, tels que Telecom Egypt. Les routeurs sont moins centralisés (ce qui a toujours fait la force de l'Internet) mais leur fonctionnement dépend cependant des facilités de passage à travers les aires centralisées. Les autorités peuvent donc très facilement couper les voies d'entrée-sortie et de commutation. Il en résulte un désordre général qui atteint tout le trafic interne, puisque par exemple les serveurs de noms de domaines qui se trouvent à l'étranger, aux Etats-Unis ou en Europe, ne sont plus accessibles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'Egypte de Moubarak s'était inspirée du vaste système de filtrage mis en place en Chine depuis plusieurs années. Il s'agit du projet dit Golden Shield qui a pu en 2009 isoler complètement la région jugée séparatiste du Xinjiang. Le Népal et la Birmanie firent également momentanément appel à ces solutions. Mais les ingénieurs égyptiens au service du gouvernement sont allés beaucoup plus loin, sans que leurs méthodes aient encore été pleinement mises au jour. Les sites individuels de Facebook et Twitter ont été coupés, beaucoup d'iPhones ont cessé de pouvoir recevoir des messages. Progressivement, toutes les fonctions même les plus simples n'ont plus été assurées. L'Egypte se retrouvait au 19e siècle. Certains militants ont essayé d'utiliser les échanges radio, mais rien d'efficace ne pu être mis en oeuvre à temps.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il se trouve cependant que la révolution s'est cependant produite et a réussi. Les stratèges en déduisent que le gouvernement égyptien avait réagi trop tard. Il aurait fallu court-circuiter les cyber-militants bien plus tôt. On peut penser que les autres régimes dictatoriaux en tireront la leçon. Les oppositions potentielles doivent y réfléchir elles aussi. Elles doivent prévoir des outils plus rustiques de communication, permettant d'échapper aux blocages imposés par les gouvernements. Mais est-ce à leur portée ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On a trop tendance à penser que l'Internet est une ressource si distribuée qu'elle peut échapper aux contrôles et demeurer à la disposition de tous. C'est une erreur. Il en est de l'Internet, dans nos sociétés complexes, comme des réseaux d'approvisionnement en essence ou en ressources alimentaires. Si les gouvernements veulent décourager une insurrection commençante, voire une simple grève générale, ils peuvent, directement ou indirectement, neutraliser ces réseaux. Tout le monde rentrera alors dans le rang. Nous avons dans un article précédent indiqué que les peuples européens devraient pouvoir grâce à l'Internet se mobiliser pour lutter contre l'exploitation que leur impose les pouvoirs de la finance internationale, soutenus par la plupart des gouvernements. Encore faudrait-il que ces derniers ne décident pas, quitte à paralyser momentanément la société (à l'exception des forces armées et de police qui disposent de leurs propres réseaux) de priver ceux que l'on nomme désormais les cyber-activistes cognitifs de leurs outils de travail.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;La fragilité intrinsèque d'Internet&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sur le thème de la fragilité d'Internet, divers travaux sont menés aujourd'hui, sans référence particulières à ce qui s'est passé en Egypte. On sait depuis longtemps que les réseaux de télécommunications et de gestion des sites industriels pourraient facilement être détruits, sur une plus ou moins grande échelle, par des radiations ionisantes provenant de sources d'émission aériennes ou spatiales. Mais il s'agirait, soit d'un risque majeur cosmologique, soit d'opérations de guerre difficiles à envisager par des gouvernements, sans courir le risque de rétorsions meurtrières. N'existerait-il pas cependant des méthodes plus subtiles permettant à des forces malveillantes, quelles qu'elles soient, d'exploiter des faiblesses du web encore mal connues ? Un article du NewScientist fait le point à cet égard (2).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Selon Max Schuchard de l'Université du Minesota, il existe des failles qui pourraient mettre en défaut la redondance bien connue du réseau mondial, laquelle fait sa force. Les millions de petits serveurs constituant le réseau, dits « systèmes autonomes », communiquent entre eux à travers des routeurs. Ceux-ci peuvent tenir compte de la défaillance d'une voie particulière en s'alertant les uns les autres à travers un protocole dit BGP (border gateway protocol). Une voie de rechange est alors presque instantanément trouvée. Il se trouve qu'il y a quelques années, une méthode d'attaque, dite ZMW, avait été mise au point par des chercheurs américains. Elle permet d'interférer avec le BGP pour empêcher deux routeurs de signaler l'indisponibilité de la ligne qui les relie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'équipe de Schuchard propose la généralisation de ce processus. Un réseau de 250.000 calculateurs infectés par un logiciel permettant de les contrôler de l'extérieur (botnet), sur le mode de ceux utilisés pour perpétrer des attaques dites déni de service, pourrait suffire à mettre à bas l'Internet. Une procédure que nous ne décrirons pas ici permettrait progressivement de contaminer tous les routeurs. Les files d'attentes deviendraient telles, du fait des efforts de reconnection entrepris par ceux-ci, que le trafic s'effondrerait. Il faudrait au réseau des semaines, à supposer que les attaques cessent, pour que le réseau redevienne opérationnel, grâce à l'intervention d'opérateurs manuels chargés de rebouter individuellement chacun des routeurs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La procédure d'attaque semble si complexe qu'elle devrait être hors de portée de hackers occasionnels. Elle n'interviendrait qu'en cas de cyber-guerre déclarée. Mais comme nous l'avons vu, des Etats pourraient l'utiliser contre leurs propres citoyens, au cas où ces Etats voudraient désarmer une révolution populaire utilisant Internet. Des parades seraient possibles, telle la construction d'un mini « shadow-internet » déconnecté du reste du réseau. Mais il s'agirait d'opérations coûteuses, nécessitant de nombreux techniciens dédiés. Leur mise en place serait facilement détectable par les forces de sécurité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quoiqu'il en soit, les simulations actuelles conduisent à penser qu'avec les méthodes évoquées ci-dessus, l'Internet mondial est si robuste qu'il ne serait affecté que temporairement et localement. Sera-ce suffisant pour rassurer les cyber-activistes ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(1) cf. article "&lt;a href="http://www.nytimes.com/2011/02/16/technology/16internet.html?_r=2"&gt;Egypt Leaders Found ‘Off’ Switch for Internet&lt;/a&gt;" du NYTimes.&lt;br /&gt;(2) cf. article du "&lt;a href="http://www.newscientist.com/article/dn20113-the-cyberweapon-that-could-take-down-the-internet.html"&gt;NewSientist&lt;/a&gt;"&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4548877961369105280-4354377258100063456?l=targetezine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://targetezine.blogspot.com/feeds/4354377258100063456/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4548877961369105280&amp;postID=4354377258100063456&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4548877961369105280/posts/default/4354377258100063456'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4548877961369105280/posts/default/4354377258100063456'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://targetezine.blogspot.com/2011/02/comment-neutraliser-linternet.html' title='[Comment neutraliser l’Internet]'/><author><name>X8X</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='22' height='32' src='http://4.bp.blogspot.com/-dWeIxybNlyQ/TZ5u76ew15I/AAAAAAAAATg/LnYJkidY-J8/s220/BigBrother1984_sml.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4548877961369105280.post-7708390213896374393</id><published>2011-01-26T18:17:00.000-08:00</published><updated>2011-01-27T07:48:24.780-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Carte Blanche'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Belgique'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Contr&apos;info'/><title type='text'>[Le temps d’un large mouvement contre le nationalisme et pour la solidarité est venu]</title><content type='html'>par les &lt;b&gt;Éditions Aden&lt;/b&gt; publié sur le site d'&lt;b&gt;&lt;a href="http://www.aden.be/index.php?aden=l-appel-des-editions-aden"&gt;Aden&lt;/a&gt;&lt;/b&gt; en janvier 2011.&lt;br /&gt;&amp;nbsp;&lt;b&gt;&lt;br /&gt;Six mois de négociations, trois notes et notre pays s'enfonce encore plus profondément dans la crise. Le jusqu’au-boutisme nationaliste ne semble pas connaître de limites.&lt;/b&gt; Certains, pour arrêter cette surenchère nationaliste, en viennent à espérer une intervention des marchés financiers internationaux. D'autres estiment qu'il est temps de tourner la page de la Belgique. Ces deux scénarios mèneront à la destruction de ce qui fait pour une grande part notre identité au Nord comme au Sud du pays: la solidarité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le temps est venu pour les syndicats, le monde du travail, les ONG, les associations, les intellectuels, les artistes, les jeunes de s'emparer d'un débat fondamental qui est depuis trop longtemps confisqué par les conciliabules secrets de nos politiques. Au Nord comme au Sud du pays. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En Flandre, plusieurs appels et actions du monde artistique, scientifique et syndical s’organisent et font entendre une autre « voix ». Au Sud, des centaines d'acteurs du monde culturel ont manifesté leur opposition au nationalisme et leur volonté de dialogue, à l’appel de Culture et Démocratie.&amp;nbsp; Le 21 janvier, toutes ces voix se manifesteront lors d'une grande soirée au KVS (Koninklijke Vlaamse Schouwburg) à Bruxelles par le biais de la plateforme "Niet in onze naam" ("Pas en notre nom"). D’autres initiatives du même genre voient le jour comme un grand meeting syndical et associatif début février à Bruxelles.&lt;br /&gt;&lt;span class="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;Nous appelons à soutenir la constitution d’un large mouvement contre le nationalisme et pour la solidarité avec ceux au Nord du pays qui s’élèvent de plus en plus nombreux contre le programme anti-social qu’on nous prépare.&amp;nbsp; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous nous opposons ainsi à la création d'une image caricaturale de nos communautés, dressant les uns contre les autres les citoyens de notre pays décrits comme des groupes culturels inconciliables. En ce sens, si nous rejetons les clichés véhiculés au Nord du pays par les nationalistes flamands sur les francophones, nous rejetons également les stéréotypes d’une Flandre prétendument homogène, nationaliste et égoïste. Il existe encore aujourd'hui une très large majorité d'habitants - au Sud du pays mais aussi au Nord - qui sont contre la scission du pays. Il est important de donner une plus grande place à la voix de tous ceux qui ne se sentent pas représentés dans la manière dont on parle de chacune de nos communautés. Aussi nous sommes pour une approche commune où Wallons, Bruxellois et Flamands reconstruisent un projet d'une nouvelle Belgique solidaire. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Derrière les discussions institutionnelles autour de l’avenir de la Belgique se joue l’avenir de notre sécurité sociale et de tous les éléments&amp;nbsp; qui constituent notre système social. Mercredi dernier, la N-VA a exigé la régionalisation de toute la politique de l’emploi, y compris la scission de l’ONEM, ce qui mènerait à la scission de toute la sécurité sociale. Et faciliterait ainsi son démantèlement. N’oublions pas que Bart De Wever, lors des négociations, n’a pas hésité à déclarer que « le Voka (fédération du patronat flamand) est mon patron ». Le VOKA partage avec la N-VA des points de programme comme la limitation des allocations de chômage dans le temps, la suppression totale des prépensions, la généralisation du travail intérimaire, le blocage total des salaires. Or le modèle de société du VOKA est celui d'un pays où les profits primeront sur la solidarité. Il se dessine donc déjà un débat sur les solutions à la crise économique. Sur ce plan, il ne s’agit pas d’une opposition entre néerlandophones et francophones comme on nous la présente trop souvent, il s’agit de savoir comment faire face à la crise économique et qui va la payer. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est pourquoi la défense de notre système social ne peut pas se faire au nom des intérêts des francophones mais au nom de l’intérêt commun des citoyens du pays. Il est crucial de dépasser la logique de la défense de « sa » communauté inhérente à la division électorale sur base communautaire de notre champ politique qui entraîne trop souvent une dynamique centrifuge dangereuse. Aussi si les partis francophones autour de la table se sont opposés à la scission de la sécurité sociale et des impôts au cours des négociations, ils l’ont fait trop souvent dans une logique de défense économique de Bruxelles et de la Wallonie, et non dans celle de l'intérêt commun du monde du travail du Nord comme du Sud du pays. Cette logique s’est malheureusement faite au détriment d’un réel soutien aux courants d’opinion en Flandre qui défendent également une sécurité sociale nationale et ce au nom de tous les citoyens.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L'Union européenne se construit sur un modèle néo-libéral et mène des politiques d'austérité. En France, en Grèce, au Portugal, en Grande-Bretagne, en Italie, jeunes et travailleurs ont exprimé, dans un cadre national, leur rejet de ces politiques. Les acquis sociaux qu'ils défendent ont été acquis à ce niveau. Et leur défense efficace passe par le développement d'une solidarité au niveau européen qui est contraire à tout repli sur des «entités culturelles » encore plus petites. Et « la culture déborde les frontières et défie les logiques de repli »(1). Aussi dans l'Europe à laquelle nous aspirons, notre pays a tous les atouts potentiels (en raison de sa diversité de langues et de cultures) pour être un exemple d'unité et de solidarité, un&amp;nbsp; modèle pour la société de demain.&amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;br /&gt;« La Belgique représente bien plus que la vieille “Belgique de papa”, elle est également celle du prêtre Daens ou de Julien Lahaut. La Belgique, c'est également la mise sur pied de la sécurité sociale, « la plus belle cathédrale du pays », comme le disent les syndicalistes. Une cathédrale qui fut bâtie par des Flamands, des Wallons, des Bruxellois et des immigrés venus de nombreux horizons : le mouvement social belge. »(2)&amp;nbsp; &lt;br /&gt;&amp;nbsp; &lt;br /&gt;L'heure est venue de reconstruire ce mouvement social et de jeter à nouveau un maximum de ponts entre Wallons, Bruxellois et Flamands qui s'opposent au nationalisme borné. Nous ne voulons pas rester silencieux face à la fuite en avant vers le séparatisme. Nous pensons qu’il est temps de développer d’autres perspectives. Des perspectives capables de dépasser le clivage communautaire. Et de travailler à ce dont la NV-A a le plus peur : un mouvement large contre le nationalisme et pour la solidarité.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;span class="fullpost"&gt; &lt;span style="color: red;"&gt;//Lectrices et lecteurs belges, &lt;/span&gt;&lt;a href="http://www.aden.be/index.php" style="color: red;"&gt;signez l'appel!&lt;/a&gt;&lt;span style="color: red;"&gt;// &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;span class="fullpost"&gt; _____&lt;br /&gt;(1) « Privilégier le dialogue, refuser le nationalisme », Le Soir 22 décembre 2010. &lt;br /&gt;(2) « Appel La solidarité grandit une culture », Le Soir, 19 octobre. &lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4548877961369105280-7708390213896374393?l=targetezine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://targetezine.blogspot.com/feeds/7708390213896374393/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4548877961369105280&amp;postID=7708390213896374393&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4548877961369105280/posts/default/7708390213896374393'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4548877961369105280/posts/default/7708390213896374393'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://targetezine.blogspot.com/2011/01/le-temps-dun-large-mouvement-contre-le.html' title='[Le temps d’un large mouvement contre le nationalisme et pour la solidarité est venu]'/><author><name>X8X</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='22' height='32' src='http://4.bp.blogspot.com/-dWeIxybNlyQ/TZ5u76ew15I/AAAAAAAAATg/LnYJkidY-J8/s220/BigBrother1984_sml.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4548877961369105280.post-3692908081050998573</id><published>2011-01-23T16:07:00.000-08:00</published><updated>2011-01-23T16:09:24.651-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Belgique'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Contr&apos;info'/><title type='text'>[La Flandre de demain : Une république fédérale allemande?]</title><content type='html'>&lt;span style="font-size: x-small;"&gt;par&lt;b&gt; Herwig Lerouge &lt;/b&gt;publié dans &lt;b&gt;&lt;a href="http://www.ptb.be/weekblad/artikel/la-flandre-de-demain-une-republique-federale-allemande.html"&gt;Solidaire&lt;/a&gt;&lt;/b&gt; le 19 janvier 2011&amp;nbsp;&lt;/span&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;Le secteur financier allemand partisan d’une scission de la Belgique&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Tout est en mouvement, sur ce continent. Les nations ne sont pas éternelles, quand les langues et les traditions s’avèrent aussi incroyablement tenaces », lit-on dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung. Ainsi, le journal corrobore entièrement le discours en faveur de l’Europe des régions, dans laquelle l’intention des régions plus riches est de se débarrasser de la solidarité avec les plus pauvres. (&lt;a href="http://www.ptb.be/index.php?eID=tx_cms_showpic&amp;amp;file=uploads%2Fpics%2Fp09_map__1600_x_1200__01.jpg&amp;amp;md5=fd3994e517643d3d5b61944fa922a8ae1323ce4c&amp;amp;parameters[0]=YTo0OntzOjU6IndpZHRoIjtzOjQ6IjgwMG0iO3M6NjoiaGVpZ2h0IjtzOjM6IjYw&amp;amp;parameters[1]=MCI7czo3OiJib2R5VGFnIjtzOjQyOiI8Ym9keSBiZ0NvbG9yPSIjZmZmZmZmIiBz&amp;amp;parameters[2]=dHlsZT0ibWFyZ2luOjA7Ij4iO3M6NDoid3JhcCI7czozNzoiPGEgaHJlZj0iamF2&amp;amp;parameters[3]=YXNjcmlwdDpjbG9zZSgpOyI%2BIHwgPC9hPiI7fQ%3D%3D"&gt;Carte : Alliance européenne libre&lt;/a&gt;)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’Allemagne et Bart De Wever vont bien ensemble. À plusieurs reprises, Bart De Wever a déjà laissé transparaître son amour de la Bavière. En décembre, il s’est fait interviewer par le journal allemand Der Spiegel. Et, aujourd’hui, il s’avère que certains milieux allemands influents ne verraient pas d’un mauvais œil une scission de la Flandre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans l’influent journal boursier Frankfurter Allgemeine Zeitung du 10 janvier, le journaliste Dirk Schümer témoigne toute sa compréhension à l’égard des séparatistes flamands : « L’historien De Wever n’a-t-il pas raison quand il dit que l’État belge a échoué, 180 ans après sa création, parce que la minorité francophone ne veut pas accepter les demandes de la majorité flamande de la population ? (…) Ça a l’air une plaisanterie, que le centre vital d’un marché européen multilingue et multiculturel puisse s’écrouler sur des futilités comme BHV. Comment l’Europe pourra-t-elle jamais être le symbole d’un système de multilinguisme et d’ouverture culturelle alors que, après presque 200 ans, les Belges enterrent en silence leur projet de diversité ? (…) Donc, la désintégration de cet État européen modèle ne dépend plus que des coûts à moyen terme d’une scission. Personne ne versera plus une larme pour cette Belgique. (…) Tout est en mouvement, sur ce continent. Les nations ne sont pas éternelles. Mais les langues et les traditions s’avèrent incroyablement tenaces. Dans une économie mondialisée, un État peut devenir superflu en transférant ses compétences à une institution supranationale, alors que les régions et les communes peuvent faire le reste du travail. »&lt;br /&gt;&lt;span class="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;&lt;b&gt;L’emprise allemande sur l’Europe&lt;/b&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans l’article du Frankfurter Allgemenine Zeitung, on retrouve mot pour mot l’argumentation du courant, au sein du patronat allemand, qui plaide pour une Europe des régions. L’un des pionniers de ce courant n’est autre qu’Otto de Habsbourg, descendant de l’ancienne dynastie austro-hongroise et représentant de l’aile droite de la démocratie chrétienne allemande. Il est le président du fameux « groupe de Locarno », qui est à peu près l’égal de « In de Warande », un groupe de réflexion des patrons séparatistes flamands. Le groupe soutient les mouvements séparatistes en Italie, en France, en Espagne, en Belgique, dans les Balkans et l’Europe de l’Est et il est à la base d’une charte des peuples européens dans laquelle le concept d’« ethnie » est repris conjointement au concept de « peuple » et bel et bien en opposition au concept de « nation ». Si l’Europe se composait d’une grande Allemagne homogène, avec à côté tout un patchwork de petites régions et minuscules États séparés, alors, l'emprise de l’Allemagne sur l’Europe serait assurée.&lt;br /&gt;Spéculer sur la fin de la Belgique&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans les milieux financiers allemands, on spécule donc sur une fin rapide du pays. la Flandre pourrait ainsi devenir un « État partiel », un Land de l’Allemagne, même si son indépendance formelle est déjà claire pour le magazine allemand on-line www.german-foreign-policy.com. « Un nouvel État vassal », dit le titre d’un article.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Déjà aujourd’hui, la Flandre est étroitement liée à l’Allemagne et elle cherche à étendre encore ces relations. En 2010, l’université d’Anvers a connu une « année de l’Allemagne », dans le but d’étendre la collaboration avec les entreprises allemandes actives en Flandre. En 2009, le volume commercial entre la Flandre et l’Allemagne atteignait presque 50 milliards d’euros. Des entreprises allemandes ont de considérables investissements en Flandre : Bayer, BASF et Evonik à Anvers. Le port d’Anvers, le second d’Europe après Rotterdam, est d’une grande importance pour l’industrie allemande.&lt;br /&gt;L’indépendance est une illusion&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Nous voulons rapprocher encore plus l’Allemagne de la Flandre et la Flandre de l’Allemagne », disait l’ambassadeur d’Allemagne en Belgique lors d’un « débat sur l’Allemagne » tenu à l’université d’Anvers le 10 mai dernier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Il ne fait aucun doute », disait un journal grec, « qu’une Flandre indépendante se muera en État satellite de l’Allemagne1. »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;« Une Flandre indépendante, mais dépendante de Berlin, tel était déjà, avant la Premier Guerre mondiale, le but de la politique étrangère allemande. Quand, en 1916, l’objectif de guerre visant à dégrader économiquement toute la Belgique en une province allemande fut jugé irréalisable, le chancelier impérial Theobald von Bethmann Hollweg suggéra : « Via une forte stimulation du “Flamentum” (le nationalisme flamand, NdlR), ne pourrions-nous pas renforcer notre position en Belgique ? » La même stratégie fut encore répétée durant la Seconde Guerre mondiale, via la collaboration d’une grande partie du mouvement nationaliste flamand avec l’Allemagne nazie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Qu'une partie de l’Allemagne patronale de droite reprenne ouvertement, aujourd’hui, le discours séparatiste flamand, n’est donc pas anecdotique. Cela prouve en tout cas une chose : dans ces milieux, on réfléchi déjà à une possible indépendance flamande.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;1. www.ethnos.gr&amp;nbsp; 1er avril 2010.&amp;nbsp; &lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4548877961369105280-3692908081050998573?l=targetezine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://targetezine.blogspot.com/feeds/3692908081050998573/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4548877961369105280&amp;postID=3692908081050998573&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4548877961369105280/posts/default/3692908081050998573'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4548877961369105280/posts/default/3692908081050998573'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://targetezine.blogspot.com/2011/01/la-flandre-de-demain-une-republique.html' title='[La Flandre de demain : Une république fédérale allemande?]'/><author><name>X8X</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='22' height='32' src='http://4.bp.blogspot.com/-dWeIxybNlyQ/TZ5u76ew15I/AAAAAAAAATg/LnYJkidY-J8/s220/BigBrother1984_sml.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4548877961369105280.post-4761638608895149621</id><published>2011-01-01T17:05:00.000-08:00</published><updated>2011-01-23T16:09:42.082-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Contr&apos;info'/><title type='text'>[A propos d’attentats dits "anarchistes"]</title><content type='html'>&lt;span style="font-size: 85%;"&gt;par &lt;/span&gt;&lt;span style="font-size: 85%; font-weight: bold;"&gt;Irène Pereira&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size: 85%;"&gt; publié par &lt;b&gt;&lt;a href="http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/a-propos-d-attentats-dits-86557"&gt;agoravox&lt;/a&gt;&lt;/b&gt;  le 30 décembre 2010&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Le rôle du chercheur en sciences sociales face aux questions sensibles n’est pas de prétendre avoir des révélations ou des informations exclusive à dévoiler, mais de désamorcer les fantasmes, d’expliquer et de déjouer les amalgames afin de permettre aux citoyens, contre l’agitation de peurs, d’exercer leur réflexion.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;En tant que sociologue ayant travaillé et publié sur l'anarchisme, je reçois actuellement des sollicitations de journalistes me demandant s'il existe un réseau anarchiste international européen prêt à commettre des attentats. &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;Je constate par ailleurs la publication d'articles où des universitaires suggèrent l'existence d'une coordination anarchiste européenne clandestine et où des journalistes titrent comme ceux du Figaro : "Cette mouvance anarchiste qui empoisonne l'Italie" (24/12/10).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;L’éthique du chercheur en sciences sociales&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les journalistes ont parfois tendance à penser que les scientifiques peuvent s'exprimer sur tous les sujets et malheureusement ils trouvent des chercheurs disposés à leur faire croire que c'est le cas.&lt;br /&gt;&lt;span class="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;Or on peut se demander actuellement comment des universitaires dans leur bureau pourraient prétendre connaître les dessins cachés d'organisations clandestines dites anarchistes. Un moment de réflexion, et non de recherche de sensationnalisme et d'agitation des peurs, pourrait bien laisser penser que quel que soit la nature de tels groupes, il doivent certainement cultiver le secret et qu'il est inutile d'aller voir des scientifiques pour obtenir des informations exclusives et inédites sur les dessins de ces groupes. Une telle demande tend à confondre le sociologue avec l'indicateur de police infiltré. Les scientifiques n'ont rien à dire là dessus parce que tout simplement on se doute bien que des groupes clandestins n'accordent pas d'entretiens à des sociologues.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si un scientifique peut et doit s'exprimer sur un tel sujet dans les médias, c'est bien pour tenter de désamorcer les fantasmes des journalistes ou des citoyens sur ce type de questions et non pour les faire enfler.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;De quelques remarques de bon sens qu'il est utile de rappeler&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Par conséquent, il me semble important de rappeler quelques éléments :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Les revendications d'attentats, les accusations et les enquêtes sur ces sujets doivent nous inciter à la prudence. Nous avons pu constater par exemple encore récemment avec l'affaire Tarnac que la détermination des auteurs des actes n'est pas si simple que peut le laisser présumer les revendications. L'affaire de la Piazza Fontana en Italie en 1969 montre comment ces affaires peuvent être particulièrement embrouillées puisque dans celle-ci des anarchistes ont d'abord été accusés avant que la piste de néo-fascistes ne soit envisagée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- La notion d'anarchiste dans les médias tend à désigner bien souvent de manière simple des groupes clandestins qui commettent des attentats sans se préoccuper du fait qu'il existe nombre de militants qui se revendiquent au grand jour comme anarchistes et qui n'appellent pas à des attentats. Pour ces derniers être anarchistes, c'est par exemple être syndicalistes ( les anarcho-syndicalistes) ou mettre en place des projets culturels autour de l'anarchisme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La notion d'anarchisme est une notion complexe qui recouvre des courants différents.&lt;br /&gt;Ainsi dans un texte de janvier 2004, la Fédération anarchiste italienne, au sujet des conceptions qui seraient revendiqués par la Fédération anarchiste informelle lors d'attentats ayant eu lieu en 2003, exprimait une conception différente de l'anarchisme, attachée à une activité au grand jour cherchant le lien avec la population et non pas à se couper d'elle par des activités clandestines.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Ce sont les mêmes raccourcis et amalgames qui tendent à réduire la notion anarchiste d'action directe à des attentats alors qu'elle désigne toute action sans l'intermédiaire de représentants politiques. Sa principale forme était autrefois la grève et aujourd'hui elle se traduit bien souvent également par la désobéissance civile non-violente.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Dernier point qu'il me semble important de souligner, c'est que l'agitation des peurs et les amalgames ont pu être utilisés par le passé et encore actuellement par des gouvernements pour édicter des législations réduisant les libertés publiques et les libertés militantes, que l'on se souvienne par exemple des Lois scélérates durant la Belle époque, permettant ainsi la répression de militants n'ayant rien à voir avec de troubles histoires d'attentats.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Irène Pereira&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size: 85%;"&gt;&lt;span style="color: #666666;"&gt;Irène Pereira est co-fondatrice de l'IRESMO (Institut de recherche sur le syndicalisme et les mouvement sociaux) et auteure entre autres de : Anarchistes (La ville Brûle, 2009) et L'anarchisme dans les textes ( à paraître en février 2011 aux éditions Textuel).&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4548877961369105280-4761638608895149621?l=targetezine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://targetezine.blogspot.com/feeds/4761638608895149621/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4548877961369105280&amp;postID=4761638608895149621&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4548877961369105280/posts/default/4761638608895149621'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4548877961369105280/posts/default/4761638608895149621'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://targetezine.blogspot.com/2011/01/propos-dattentats-dits-anarchistes.html' title='[A propos d’attentats dits &quot;anarchistes&quot;]'/><author><name>X8X</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='22' height='32' src='http://4.bp.blogspot.com/-dWeIxybNlyQ/TZ5u76ew15I/AAAAAAAAATg/LnYJkidY-J8/s220/BigBrother1984_sml.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4548877961369105280.post-8858888696787257754</id><published>2010-12-23T16:28:00.000-08:00</published><updated>2011-01-16T22:41:52.923-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Belgique'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Contr&apos;info'/><title type='text'>[Menace sur les acquis sociaux : les vrais enjeux de la réforme de l’Etat belge]</title><content type='html'>&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Par &lt;/span&gt;&lt;span style="font-weight: bold;font-size:85%;" &gt;Gregory Mauzé&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt; publié par &lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;a style="font-weight: bold;" href="http://www.michelcollon.info/Menace-sur-les-acquis-sociaux-les,2892.html"&gt;www.michelcollon.info&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;le 16 décembre 2010&lt;/span&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En Belgique, les négociations pour réformer le fédéralisme belge piétinent, devant l’intransigeance des séparatistes flamands de la N-VA. Alors que partis et médias des deux côtés de la frontière linguistique livrent une lecture surtout communautaire de la crise, certains privilégient une analyse en termes socio-économiques et idéologiques : Derrière les revendications flamandes pour plus d’ autonomie, c'est la solidarité entre les travailleurs que l’on tenterait de briser.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour l’opinion publique francophone, la crise politique qui paralyse le pays depuis six mois porte un nom : Bart De Wever. Cet imposant quadragénaire au visage poupin est le président du parti qui, depuis le 13 juin dernier, est le plus puissant de Flandre : la N-VA (« Alliance Néo-Flamande », droite nationaliste). C’est lui qui, après deux mois de tractations politiques, claqua la porte des négociations, devant « l’intransigeance des francophones ». Il accuse ces derniers de vivre aux crochets de la Flandre – reprenant là une rengaine habituelle des nationalistes flamands – et de rechigner à sortir du « fédéralisme d’argent de poche ». Un point de vue généralement relayé par la presse flamande.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si la N-VA peut être à juste titre accusée de prolonger le blocage politique, il serait réducteur d’appréhender cette crise uniquement à l’aune de l’opposition séculaire entre flamands et francophones. Les médias en offrent ainsi trop souvent une lecture exclusivement communautaire, et opposent deux communautés aux intérêts et cultures politiques divergents. Cette analyse, qui fait en partie appel à l’émotion, peut présenter pour eux quelque intérêt – notamment en termes d’audience et de lectorat, certains journaux optant volontiers pour un ton racoleur. Mais elle risque d’occulter des enjeux autrement plus fondamentaux, d’ordres sociaux et économiques, et qui transcendent le clivage linguistique.&lt;br /&gt;&lt;span class="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;Car outre le fait d’être le champion de l’autonomie flamande, la N-VA est surtout l’un des partis les plus libéraux de l’échiquier politique belge. « Le Voka (ndlr : l’union des entreprises flamandes) est mon patron », aurait ainsi affirmé Bart De Wever durant les négociations en vue de la fameuse « réforme de l’Etat ». La lecture du programme électoral de ce parti présente d’ailleurs de fortes similitudes avec les recommandations de l’organisation patronale : suppression des pré-retraites, limitation des allocations de chômage dans le temps, régionalisation de l’ impôt sur les personnes physiques (IPP), calcul du temps de travail sur base annuelle (et non plus hebdomadaire), réduction du nombre de fonctionnaires, allègement des charges patronales, etc.[1] Il convient donc de se pencher sur l’agenda social caché du parti jaune et noir qui, au-delà des divergences linguistiques, inquiète les travailleurs et le monde syndical.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;« Briser la solidarité entre les travailleurs »&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En Belgique comme ailleurs, la norme en termes de politiques économiques consiste, depuis la crise des années 70, à favoriser les politiques de l’offre, c’est-à-dire visant à offrir les meilleures possibilités d’investissement pour les entreprises. Au niveau européen, cette course à la compétitivité s’est notamment manifestée par la Stratégie de Lisbonne de 2000, vaste projet visant à faire de l’Union Européenne la zone la plus compétitive du monde à l’horizon 2010[2]. Dans cette perspective, les modèles sociaux des Etats membres sont souvent vus comme un frein à cette marche vers le progrès que représenterait l’ « économie de la connaissance ». Or, la tâche représente, en Belgique, un effort considérable. Le modèle social belge présente en effet certaines anomalies  qui font pâlir plus d’un artisan de la déréglementation du travail : liaison des salaires à l’indice des prix, négociations salariales institutionnalisées, un important système de sécurité sociale, etc. Des acquis sociaux obtenus chèrement par les travailleurs au fil des luttes, mais parfois vues par les élites patronales comme autant d’anachronismes qui freinent le développement économique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dès lors, l’une des stratégies envisagées consiste à monter les travailleurs les uns contre les autres afin de briser la synergie qui permet de lutter efficacement pour la défense de leurs droits. La xénophobie ne joue-t-elle pas un rôle historique d’arme de division massive àl’encontredes travailleurs[3] ? « N’oublions pas qu’au-delà de dissensions ponctuelles, la plupart des avancées sociales se sont faites grâce à l’union des travailleurs francophones et néerlandophones », souligne Hendrik Vermeersch, syndicaliste et initiateur de la pétition « sauvons la solidarité ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aidé par le discours nationaliste, le patronat de Flandre (constitué en partie d’investisseurs étrangers) entend donc affaiblir le poids des travailleurs, dans un pays où les syndicats possèdent un pouvoir non négligeable. La victoire de la N-VA aux dernières élections représente donc pour celui-ci quelque chose de providentiel,cette dernière ayant promis de mettre fin aux anomalies du modèle social belge.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Un front ouvert contre les acquis sociaux&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Symbole s’il en est de tout Etat-providence, la sécurité sociale représente le secteur par excellence que la N-VA désire régionaliser. Elle comprend notamment l’indemnisation du chômage, le financement des retraites et la prise en charge des soins de santé, et est financée par les cotisations patronales, salariales et par la fiscalité. Sans la redistribution effectuée par l’Etat à travers la sécurité sociale, le taux de pauvreté doublerait, tandis que les inégalités croîtraient de façon exponentielle[4].« La sécurité sociale est un moyen d’émancipation par rapport au travail, et, outre le fait d’assurer une sécurité d’existence, représente quelque chose de fondamental sur le plan psychique », rappelle Guy Tordeur, délégué permanent du syndicat chrétien CSC. De leur côté, les employeurs entendent contribuer le moins possible à son financement. Ils la perçoivent généralement comme un mal nécessaire à assurer la paix sociale. Depuis les années 80, on assiste ainsi à une réduction quasi-continue de la part des cotisations versées par le patronat, tandis que la part venantdes salaires augmente[5].&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans ce cadre, le projet de la N-VA et d’une partie de la classe politique flamande de scinder de larges pans de la sécurité sociale pour les transférer aux régions bouleverserait le compromis social belge : en cas de scission, l’assiette sur laquelle les transferts sont effectués se réduirait considérablement, et on aboutirait à une solidarité à deux vitesses. « La volonté de scinder la sécurité sociale doit être comprise comme une volonté de mettre en compétition les deux communautés » Ajoute le sociologue Mateo Alaluf, qui souligne que la région qui appliquerait les standards sociaux les plus bas attirerait probablement davantage les investisseurs. Pour Hendrik Vermeersch, « Une scission de la sécurité sociale signifierait la destruction de ce que les Wallons, les Flamands et les Bruxellois ont conquis ensemble »[6].&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Face à ce démembrement, la sécurité sociale serait considérablement affaiblie. La porte serait ainsi ouverte à un recours aux assurances privées pour financer les retraites. Or, le système prôné par le secteur privé, la retraite par capitalisation, se fonde sur la faiblesse des mécanismes de solidarité, chaque adhérent cotisant pour lui-même. De plus, en recourant aux placements financiers (les fameux fonds de pension), ce modèle s’est montré à plusieurs reprises sensible aux aléas boursiers, comme l’ont notoirement démontré la crise économique argentine et l’affaire Enron aux Etats-Unis[7].&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Autre symbole du modèle social belge : la négociation collective. La Belgique présente en effet la particularité de voir une série de questions liées à l’emploi (salaires, durée de travail, etc.) fixées par des négociations entre syndicats et organisations d’employeurs au niveau national. Si leur rôle s’est peu à peu affaissé depuis la crise des années 70, les Conventions Collectives de Travail (CCT) restent parfois déterminantes pour le fonctionnement des relations de travail en entreprise. La scission de ce système sur une base communautaire, envisagée par la N-VA, risquerait de compliquer son fonctionnement. Guy Tordeur y voit une manœuvre destinée à affaiblir les salariés : « L’agenda caché des promoteurs d’une telle scission est de la rendre ingérable, afin qu’elle soit ramenée à son niveau le plus atomisé : l’entreprise ». En effet, en l’absence d’accord national ou sectoriel, c’est au sein des entreprises que sont conclus la plupart de ces accords, qui, en l’absence d’encadrement politique, sont souvent peu favorables aux travailleurs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Est également envisagée la scission de l’Impôt sur les Personnes physiques. Elle aurait pour résultat que les entreprises ne seraient plus imposées au même taux dans les différentes régions du pays. Ainsi, une région imposant davantage les entreprises serait désavantagée par rapport à une autre, sauf à baisser à son tour le taux d’imposition. Cela entraînerait ainsi une surenchère à la compétitivité, accentuant par là le déficit public, qu’il sera vraisemblablement demandé aux travailleurs de combler.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfin, la scission des politiques de l’emploi mènerait à une course au moins-disant social entre les régions du pays. Un phénomène de dumping est déjà présent à l’échelon européen, notamment avec l’Allemagne, dont le faible coût du travail force ses voisins à la modération salariale[8]. Une scission des politiques de l’emploi induirait immanquablement la reproduction de ce phénomène à l’intérieur des frontières belges. Alors que les partisans d’une scission insistent sur la différence des marchés de l’emploi des trois régions du pays pour la justifier, le professeur Maxime Stroobant, ancien directeur général de l’ONEM (ndlr : organisme qui gère l’assurance-chômage) minimise la portée de cet argument. « Si on suit ce raisonnement, on en arrive inévitablement à se demander jusqu’où il faut aller dans la scission de la gestion du marché de l’emploi. Ici, en Brabant flamand, le chômage est de 8 % et il est d’un tout autre genre qu’à Anvers, où il est d’ailleurs de 4 ou 5 %. Faut-il pour autant créer un Onem anversois et un autre pour le Brabant flamand ? »[9]. Cette différence entre les marchés régionaux n’a par ailleurs rien d’anormal par rapport aux autres pays européens.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tous ces projets de scission ont un point commun : ils conduiraient les régions à rivaliser d’ingéniosité pour attirer les investisseurs, ce qui les placerait dans une situation de concurrence. « On va vers la mise en place progressive d’un fédéralisme concurrentiel, qui supplante le fédéralisme coopératif actuel », analyse le professeur Michel Quévit, qui insiste sur le fait que les réformes promues par la N-VA priveraient l’Etat de mécanismes de solidarité entre régions[10]. Argument rejeté par les nationalistes flamands. Ils préfèrent y voir une responsabilisation  nécessaire des régions, qui seraient les plus à même de gérer les matières évoquées. Le professeur Stroobant attire l’attention sur la faiblesse de cet argumentaire. « Dans [un contexte mondialisé], il est absurde de se replier uniquement sur sa région ». Ce repli est particulièrement dangereux pour les travailleurs. « Les gens actifs sur le terrain syndical et qui réfléchissent à la position des travailleurs se rendent pleinement compte que collaborer et être solidaire constituent la seule issue pour pouvoir affronter les grands problèmes qui les attendent[11] ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;De part et d’autre, l’union s’organise&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour toute réponse à cette offensive contre les acquis sociaux, le centre-gauche francophone au pouvoir dans 1es régions bruxelloises et wallonnes (La coalition dite « olivier », rassemblant chrétiens centristes, écologistes et socialistes) a décidé de former un front francophone durant les négociations. Une étude de l’argumentaire des membres de ce front montre qu’ils s’opposent à la réforme de l’Etat proposée par la N-VA pas tant en ce qu’elle menace les acquis sociaux des travailleurs belges, mais parce que cela appauvrirait les francophones[12]. Cette stratégie ne manque pas de logique électorale dans la mesure où les politiques francophones ne sont pas élus par des flamands. Mais cela accrédite d’une certaine manière la thèse d’un affrontement communautaire, relayant ainsi au second plan le clivage gauche-droite.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De leur côté, les syndicats ont fait le choix de créer des ponts entre les partisans flamands et francophones du maintien d’une forte protection sociale. Ainsi, les ailes flamandes des syndicats socialistes et chrétiens (qui, à la différence des partis politiques, ne sont pas divisés sur base linguistique) ne ménagent pas leurs efforts pour lutter contre le discours dominant. Sur ce point, l’aile flamande du mouvement syndical est claire : considérant que tous les travailleurs sont égaux quelle que soit leur langue, l’essentiel reste donc de sauvegarder la solidarité et de protéger le modèle social belge des assauts de la droite. En 2007 déjà, après la première poussée de la N-VA aux élections législatives, une pétition lancée par les syndicats intitulée « sauvons la solidarité » avait rapidement récolté 100 000 signatures. Le milieu culturel n’est pas en reste, puisqu’un appel a récemment été lancé par 400 artistes flamands « contre le nationalisme borné », avec pour slogan « la solidarité grandit une culture »[13]. De façon générale, les syndicats et le monde associatif multiplient les campagnes de sensibilisation, et tentent de démontrer qu’en dépit des discours de ses leaders, le programme de la N-VA est avant tout destiné à servir le grand capital[14]. « Il est important pour les flamands de résister aux discours du patronat et de bien choisir leur camp, celui de la solidarité et de l’unité des travailleurs », martèle le syndicaliste Johan Fobelets.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une union d’autant plus nécessaire que la N-VA et le Voka n’ont pas attendu pour nouer des liens avec les partisans francophones d’un démembrement du modèle social belge. Bart De Wever n’a en effet jamais caché ses réticences à intégrer une « majorité de centre-gauche »[15].Il privilégierait depuis toujours une alliance avec les libéraux, grands perdants du scrutin, mais sur la même longueur d’onde au plan socio-économique. Par ailleurs, le patronat ne s’encombre pas des querelles communautaires qui divisent le monde ouvrier : bien conscients des intérêts qu’ils partagent avec leurs homologues flamands, les patrons francophones ne voient pas forcément d’un mauvais œil les propositions radicales mises sur la table par les nationalistes flamands.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi, Bart De Wever était, mardi 30 novembre, invité à faire un discours devant un parterre d’entrepreneurs wallons à Liège, introduit par Didier Reynders (président du MR, libéraux francophones), les deux se montrant de plus en plus complice. Si les positions du leader nationaliste en faveur de la fin graduelle de la Belgique heurtent les plus fervents belgicains, les patrons qui assistaient à la conférence ont généralement été séduits par le programme socio-économique de la N-VA. « S’il y a une volonté de redressement chez les Wallons, le pays restera uni », constate Pierre Fortez, entrepreneur wallon et élu libéral, cette volonté devant se comprendre comme un abandon des rigidités du modèle social belge.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lors d’une entrevue accordée au Monde en 2007, Bart De Wever interrogeait : « L’Europe peut réguler nos fonctionnements et nos solidarités. Faudrait-il s’acharner à maintenir ce toit intermédiaire qu’on appelle la Belgique ? » Posée en ces termes, la question susciterait probablement une réponse négative pour une partie de l’opinion publique, conditionnée à un discours d’affrontement entre communautés. En revanche, s’il est rappelé aux Belges qu’avant d’être Flamands, Wallons ou Bruxellois, ils sont avant tout des citoyens et des travailleurs qui partagent les mêmes intérêts à un fonctionnement efficace de l’Etat social, la réponse sera, en tout état de cause, très différente.&lt;span style="font-size:14px;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Gregory Mauzé&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;source:&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;a href="http://www.michelcollon.info/Menace-sur-les-acquis-sociaux-les,2892.html"&gt;www.michelcollon.info&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;  &lt;hr style="height: 2px;font-size:78%;" align="left" width="33%" &gt;  &lt;div id="edn1"&gt;   &lt;div style="margin-bottom: 0.0001pt;"&gt;    &lt;span style="font-size:85%;"&gt;[1] Programme de la NVA – &lt;a href="http://www.n-va.be/standpunten/economie_werk_en_ondernemen"&gt;économie, travail et entreprises&lt;/a&gt;&lt;br /&gt; &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;  &lt;/div&gt;  &lt;div id="edn2"&gt;   &lt;div style="margin-bottom: 0.0001pt;"&gt;    &lt;span style="font-size:85%;"&gt;[2]  La stratégie de Lisbonne fut renouvelée en 2010, poursuivant  grosso-modo les mêmes objectifs. Pour plus de détavails voir HOUBEN, H, &lt;a href="http://www.econospheres.be/spip.php?article130"&gt;&lt;i&gt;Stratégie de Lisbonne : attention, chute d’emplois !&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;  &lt;/div&gt;  &lt;div id="edn3"&gt;   &lt;div style="margin-bottom: 0.0001pt;"&gt;    &lt;span style="font-size:85%;"&gt;[3] Collectif Manouchian, « OUVRONS LES YEUX, CAMARADE ! N°2, &lt;a href="http://www.lesfiguresdeladomination.org/index.php?id=236"&gt;l’actualité des dominations&lt;/a&gt;, Septembre 2010 », in, &lt;em&gt;Les Figures de la Domination&lt;/em&gt; [En ligne]&lt;br /&gt; &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;  &lt;/div&gt;  &lt;div id="edn4"&gt;   &lt;div style="margin-bottom: 0.0001pt;"&gt;    &lt;span style="font-size:85%;"&gt;[4] NAGELS, J, &lt;i&gt;« Eléments d'économie politique : critique de la pensée unique », &lt;/i&gt;p.171, Bruxelles : Editions de l'Université de Bruxelles, 2006.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;  &lt;/div&gt;  &lt;div id="edn5"&gt;   &lt;div style="margin-bottom: 0.0001pt;"&gt;    &lt;span style="font-size:85%;"&gt;[5] Rapport de l’ONSS &lt;i&gt; : &lt;a href="http://www.onss.fgov.be/binaries/assets/statistics/reductions/reductions_full_fr_20101.pdf"&gt;« Réduction  des cotisations de sécurité sociale demandées pour le premier trimestre  2010 : nombre de travailleurs concernés et impact budgétaire »&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt; &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;  &lt;/div&gt;  &lt;div id="edn6"&gt;   &lt;div style="margin-bottom: 0.0001pt;"&gt;    &lt;span style="font-size:85%;"&gt;[6] VAN DYCK, G., KENNES,M., &lt;a href="http://www.archivesolidaire.org/scripts/article.phtml?section=A1AAAABPBD&amp;amp;obid=36100"&gt;&lt;em&gt;"Rik Vermeersch (FGTB) et Guy Tordeur (CSC) à propos de Sauvons la solidarité"&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, Solidaire, 4 décembre 2007&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;  &lt;/div&gt;  &lt;div id="edn7"&gt;   &lt;div&gt;    &lt;span style="font-size:85%;"&gt;[7] BULARD, M, &lt;i&gt;« Les retraités trahis par les fonds de pension »&lt;/i&gt;, Le Monde Diplomatique, mai 2003&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;  &lt;/div&gt;  &lt;div id="edn8"&gt;   &lt;div style="margin-bottom: 0.0001pt;"&gt;    &lt;span style="font-size:85%;"&gt;[8] il n’existe pas de salaire minimum en Allemagne&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;  &lt;/div&gt;  &lt;div id="edn9"&gt;   &lt;div style="margin-bottom: 0.0001pt;"&gt;    &lt;span style="font-size:85%;"&gt;[9] VAN DYCK, G., &lt;a href="http://www.ptb.be/nouvelles/article/le-professeur-maxime-stroobant-la-scission-du-marche-de-lemploi-mene-a-celle-de-la-securite-socia.html"&gt;&lt;em&gt;"Le professeur Maxime Stroobant : La scission du marché de l’emploi mène à celle de la sécurité sociale et de la Belgique"&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, Solidaire, 8 avril 2008&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;  &lt;/div&gt;  &lt;div id="edn10"&gt;   &lt;div style="margin-bottom: 0.0001pt;"&gt;    &lt;span style="font-size:85%;"&gt;[10] DEMONTY,B., &lt;a href="http://archives.lesoir.be/-vers-le-federalisme-de-concurrence-_t-20100825-011851.a.html?&amp;amp;v5=1"&gt;« Vers le fédéralisme de concurrence »&lt;/a&gt;, Le Soir, 25 août 2010&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;  &lt;/div&gt;  &lt;div id="edn11"&gt;   &lt;div style="margin-bottom: 0.0001pt;"&gt;    &lt;span style="font-size:85%;"&gt;[11] VAN DYCK,G., loc.cit.&lt;br /&gt; &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;  &lt;/div&gt;  &lt;div id="edn12"&gt;   &lt;div style="margin-bottom: 0.0001pt;"&gt;    &lt;span style="font-size:85%;"&gt;[12] Les trois partis ont notamment affirmé dans un communiqué commun qu’ils resteront unis &lt;i&gt;« Dans l’intérêt supérieur du pays en général et des Wallons et des Bruxellois en particulier ». &lt;/i&gt;&lt;a href="http://www.rtbf.be/info/sites/rtbf-info/files/Communique_conjoint_du_PS_du_cdH_et_dEcolo.pdf"&gt;"Communiqué conjoint du PS, du CDH et d’Ecolo" &lt;/a&gt;– le 4 octobre 2010&lt;i&gt;.&lt;br /&gt; &lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;  &lt;/div&gt;  &lt;div id="edn13"&gt;   &lt;div style="margin-bottom: 0.0001pt;"&gt;    &lt;span style="font-size:85%;"&gt;[13] &lt;a href="http://www.michelcollon.info/200-artistes-flamands-contre-le.html"&gt;200 artistes flamands contre le nationalisme borné &lt;/a&gt;&lt;br /&gt; &lt;/span&gt;&lt;/div&gt;  &lt;/div&gt;  &lt;div id="edn14"&gt;   &lt;div style="margin-bottom: 0.0001pt;"&gt;    &lt;span style="font-size:85%;"&gt;[14] LEROUGE,H., &lt;em&gt;&lt;a href="http://www.ptb.be/nieuws/artikel/la-pensee-unique-de-bart-contestee-en-flandre.html"&gt;"La pensée unique de Bart contestée en Flandre ?"&lt;/a&gt;,&lt;/em&gt; Solidaire, 27 octobre 2010&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;  &lt;/div&gt;  &lt;div id="edn15"&gt;   &lt;div style="margin-bottom: 0.0001pt;"&gt;    &lt;span style="font-size:85%;"&gt;[15] &lt;a href="http://www.lesoir.be/actualite/belgique/elections_2010/2010-10-15/armand-de-decker-de-wever-n-y-a-jamais-cru-798329.php"&gt;&lt;em&gt;"Armand De Decker : « De Wever n’y a jamais cru »"&lt;/em&gt;&lt;/a&gt;, Lesoir.be, 15 octobre 201&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;  &lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4548877961369105280-8858888696787257754?l=targetezine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://targetezine.blogspot.com/feeds/8858888696787257754/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4548877961369105280&amp;postID=8858888696787257754&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4548877961369105280/posts/default/8858888696787257754'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4548877961369105280/posts/default/8858888696787257754'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://targetezine.blogspot.com/2010/12/menace-sur-les-acquis-sociaux-les-vrais.html' title='[Menace sur les acquis sociaux : les vrais enjeux de la réforme de l’Etat belge]'/><author><name>X8X</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='22' height='32' src='http://4.bp.blogspot.com/-dWeIxybNlyQ/TZ5u76ew15I/AAAAAAAAATg/LnYJkidY-J8/s220/BigBrother1984_sml.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4548877961369105280.post-8746104804749449088</id><published>2010-12-22T14:55:00.000-08:00</published><updated>2011-01-16T22:33:02.586-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Carte Blanche'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Belgique'/><title type='text'>[Le national-socialisme* du Vlaams Belang… Et les collatéraux de la NVA.]</title><content type='html'>&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Par &lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Willy Van Hecke &amp;amp; Christine Pay&lt;/span&gt; pour le &lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Front Anti-Fasciste&lt;/span&gt;, publié en décembre 2010&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;La doctrine fasciste n’attend pas d’avoir pris le pouvoir pour s’étaler un peu partout.&lt;/span&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt; En effet, on la retrouve au préalable sous la plume de ses grands idéologues, qui la noient dans une certaine phraséologie autoproclamée « anticapitaliste ».&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais très clairement, la doctrine fasciste est, comme le soutient Daniel Guérin dans son Fascisme et Grand Capital, comme une sœur de la philosophie réactionnaire de l’Ancien Régime féodal, clérical et absolutiste.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Depuis nos législatives (belges) du 13 juin dernier, notre petit monde politico-médiatique est tétanisé face à la percée de la NVA qui s’est engouffrée dans le sillon creusé par son imposant leader. Ce dernier échappe en effet au cordon sanitaire généralement attribué aux fascistes grâce à l’alliance rondement menée avec le parti catholique.&lt;br /&gt;Le point commun essentiel donc, entre jeune NVA et national-socialisme d’hier et d’aujourd’hui, est bel et bien la lutte contre toute forme de socialisme et d’organisations du monde du travail qui nuit à l’évolution du taux de profit par rapport à la masse salariale. Ce point commun donc, est la raison pour laquelle le patronat flamand trouve soudainement très tendance de passer le plus clair de son temps à la NVA.&lt;br /&gt;&lt;span class="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Même Barroso, garant du capitalisme européen, se rend chez Mr. De Wever&lt;/span&gt; pour avoir confirmation de cette « politique économique ». On laisse ainsi carte blanche à la NVA sur la possibilité du démantèlement de l’Etat, sur fond maquillé de communautarisme primaire affaiblissant les organisations ouvrières pour en réduire l’impact.&lt;br /&gt;Les néo-nazis du Vlaams Blok/Belang ont défriché le terrain depuis trente ans. Ces héritiers du nazisme, fers de lance de la lutte contre les organisations ouvrières, n’ont fort heureusement jamais été très loin, faute de n’avoir pu masquer intelligemment leur haine du Wallon, du Juif, de l’Arabe, de l’Africain, de l’Asiatique, de l’Indien, etc.&lt;br /&gt;Avec son bagage historique, le Vlaams Belang a voulu jouer dans la continuité. Les autres partis et la bourgeoisie flamande, par la force des choses, n’ont jamais pu se compromettre en acceptant de s’allier avec un parti aussi peu fréquentable.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Le Vlaams Belang tentera alors des appels du pied pour la création d’un « syndicat » dont le but est de briser les grèves&lt;/span&gt;, mais en vain : Là encore, faute de stratégie et grâce à la puissance des CSC et FGTB en Flandre, le projet capotera.&lt;br /&gt;Une autre tentative d’un VB décidément motivé à approcher la bourgeoisie est l’élection à sa présidence de l’ancien directeur du port d’Anvers, qui de par cette fonction entretient naturellement des relations privilégiées avec le monde patronal et financier. Un énième essai qui pour la énième fois ne réussit pas à convaincre la classe dirigeante que le Vlaams Belang serait son meilleur représentant.&lt;br /&gt;La NVA porte bien son nom. Cette Nouvelle Alliance est un véritable cocktail du national-socialisme et de l’ultranationalisme, mais saupoudrée cette fois de catholicisme réactionnaire qui lui ouvrit les portes du pouvoir. Comme nous l’avons dit plus haut, le Vlaams Belang a défriché, la NVA parachève.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;La NVA ou le bon qualitatif&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les deux sont d’ailleurs compères. On retrouve en effet Philip de Winter du Vlaams Belang et Bart De Wever de la NVA courtisant tous deux les mouvements de jeunes nationaux-socialistes et ultranationalistes pour un ordre nouveau flamand (sic !) (KVHS-NSV-TAK…). Au sein même de la NVA, on retrouve carrément les TAK, mais aussi les VMO (Vlaamse Militante Orden) et les Voorpost (Avant-poste). Autre exemple, l’alter ego de Mr. De Wever et président du parlement flamand, Jan Peumans, est très explicite quant à ses opinions concernant la Résistance, usant de termes tels que lâches, assassins, crapules de la rue… La bande tend vers un Etat flamand autoritaire, radical et catholique. Bart De Wever est un nostalgique militant convaincu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Les nostalgiques de l’histoire&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Déjà durant l’Occupation, le Vlaams National Verbond, séparatiste par définition, a grossi ses troupes de cent mille têtes, passant alors à cent-trente mille sympathisants. Le VNV aspirait alors à un Etat autoritaire basé sur le Gau (Région) et le Gauleiter (Chef de Région) hitlériens. Cela dans la continuité de l’organisation politique nazie qui divisait la grande Allemagne en régions dirigées chacune par un chef absolu. La NVA ne va jamais dénoncer cette histoire puisque cette dernière est pour elle une référence incontournable à sa haine du socialisme et du régime parlementaire.&lt;br /&gt;Ce que Bart De Wever ne dira pas non plus, c’est qu’Adolf Hitler a longtemps hésité à donner à la Flandre ce statut de Gau. Et pourquoi ? Simplement parce qu’un autre prétendant au pouvoir absolu, Léopold III, proposait avec sa cour un pouvoir belge absolutiste et corporatiste, et ce avec la bénédiction du Cardinal Van Roey. Pressé par les évènements du 6 juin 1944, Hitler donnera finalement à la Flandre (incluant alors le nord de la France) son statut de Gau par l’intervention d’Himmler qui nommera un Gauleiter allemand, qui fort heureusement n’aura guère le temps de prendre ses fonctions, au vu de la percée alliée. Ceux qui ne purent suivre les nazis dans leur fuite furent naturellement arrêtés. D’où la haine de Jan Peumans à l’égard des résistants, ces empêcheurs de tourner en Reich !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Tactiques et stratégie de la NVA&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Avec l’aide du VB mais aussi du CD&amp;amp;V, la NVA a pu s’étendre et se déployer. Le Vlaams Belang a perdu beaucoup de voix et de sièges. Mais peu importe, il peut applaudir sans retenue l’élément électoral de masse qui lui manquait et qui s’est donné à la NVA. Celle-ci a passé le cordon sanitaire, et peut mener à bien sa politique – commune avec le VB – de démantèlement de l’Etat Belge et du mouvement ouvrier. Historien, Bart de Wever connaît bien la manière utilisée par le national-socialisme pour s’approprier le pouvoir : Courbettes, soumission et alliances avec le Grand Capital, « populisme » pour s’appuyer sur une masse électorale importante...&lt;br /&gt;Ce avant d’être à même de faire son coup d’Etat sans contrainte. Nous voyons ainsi sous nos yeux se dérouler en Belgique ce qu’il s’est passé en Allemagne dans les années 1920-1930.Le second point tactique de la NVA, à savoir la prise de distance par rapport au racisme virulent du Vlaams Belang, lui a conféré les voix d’un large électorat catholique een beetje humaniste.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il est paradoxal de constater que les organisations nationales-socialistes se montrent dans les champs politiques et idéologiques, mais elles visent en fait à un changement économique radical. Le but des NVA et Vlaams Belang est de casser les reins des organisations ouvrières et du monde du travail en général. Et de fait, que ce soit le patronat flamand, la classe moyenne opulente ou la FEB, tous voient en la NVA la possibilité de réduire la masse salariale et la sécurité sociale pour augmenter le taux de profit.&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;La plus grotesque de ces salivations vient du patron de la FEB&lt;/span&gt;, Rudy Thomas, qui veut fusionner les dix-neuf communes bruxelloises, pour des contrats plus juteux par concentration des adjudications : Thomas reconnaît même la position « délicate » de sa proposition. En effet, c’était un principe nazi de 1941 qui visait à mieux contrôler la population…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Maintenant Bart De Wever enrage du réflexe de classe qu’ont les travailleurs Wallons et Bruxellois. D’où le fait qu’il commence à lorgner sur le VLD et le MR pour faire « front » contre le monde du travail. A suivre…En Flandre cependant, l’ultra-nationalisme a porté ses fruits et détruit par paliers la conscience de classe. Et historiquement, le poids du syndicat catholique et des organisations catholiques a toujours freiné les luttes contre le national-socialisme et l’ultranationalisme. La scission vers un Etat Flamand afin d’écarter la partie la plus combattive du monde du travail est dès lors pour le Vlaams Belang et la NVA l’un des objectifs centraux, et il est en phase d’être atteint.&lt;br /&gt;De Wever de De Winter peuvent mener "à bien" cette politique national-socialiste sur la base d’un pouvoir fort et au service du capital. Tout dépendra d’un rapport de force dont nous ne pouvons connaître l’évolution…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alors oui, la NVA fait dans la continuité du Vlaams Belang.&lt;br /&gt;Oui, Bart De Wever a régulièrement été présent aux manifestations nationales-socialistes, qu’elles soient conférences,  enterrements, réunions ou mouvements de jeunesse.&lt;br /&gt;Oui encore, il use de ses connaissances militantes pour continuer le national-socialisme.&lt;br /&gt;Oui toujours, il exprime une certaine amertume lorsque la ville d’Anvers présente des excuses officielles concernant la déportation des Juifs.&lt;br /&gt;Oui enfin, il joue sur la note « d’abord être flamand avant d’être travailleur ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;(*Terme premier du fascisme et du nazisme)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour le FAF,Willy Van Hecke, président ; Christine Pay, secrétaire politique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’ensemble de cet article a comme références principales les livres suivants : &lt;br /&gt;•    L’Ordre Nouveau, de Maurice De Wilde, Ed. Duculot.&lt;br /&gt;•    Le Chagrin des Flamands, de Hugo Gijstel et Jos Vander Velpen, Ed. EPO. &lt;br /&gt;•    Le Vlaams Blok, de Hugo Gijstel, Ed. Luc Pire.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4548877961369105280-8746104804749449088?l=targetezine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://targetezine.blogspot.com/feeds/8746104804749449088/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4548877961369105280&amp;postID=8746104804749449088&amp;isPopup=true' title='3 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4548877961369105280/posts/default/8746104804749449088'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4548877961369105280/posts/default/8746104804749449088'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://targetezine.blogspot.com/2010/12/le-national-socialisme-du-vlaams-belang.html' title='[Le national-socialisme* du Vlaams Belang… Et les collatéraux de la NVA.]'/><author><name>X8X</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='22' height='32' src='http://4.bp.blogspot.com/-dWeIxybNlyQ/TZ5u76ew15I/AAAAAAAAATg/LnYJkidY-J8/s220/BigBrother1984_sml.gif'/></author><thr:total>3</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4548877961369105280.post-4572014149384529388</id><published>2010-11-15T06:13:00.000-08:00</published><updated>2011-01-16T22:45:54.637-08:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Contr&apos;info'/><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Publié en Presse Ecrite'/><title type='text'>[Pour sortir de la nasse -  (A permanent economic emergency)]</title><content type='html'>&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Par &lt;/span&gt;&lt;span style="font-weight: bold;font-size:85%;" &gt;Slavoj Zizek&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;  publié par &lt;/span&gt;&lt;a href="http://www.monde-diplomatique.fr/2010/11/ZIZEK/19826"&gt;&lt;span style="font-weight: bold;font-size:85%;" &gt;Le Monde Diplomatique&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt; en novembre 2010.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;A Madrid, Athènes, Bucarest ou Paris, la colère populaire témoigne d'une exaspération sociale, d'un profond désir de changement. Manquent encore la stratégie politique permettant de le faire aboutir et l'espérance qu'il adviendra. Faut-il prendre le risque de laisser passer l'occasion au motif que les conditions de sa réalisation n'existent pas encore ? Ou faire le pari que parfois «l'impossible arrive » ?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les mouvements de protestation qui déferlent en Europe cette année contre les politiques d'austérité — en Grèce et en France, mais aussi, dans une moindre mesure, en Irlande, en Italie, en Espagne —ont donné le jour à deux fictions. La première, forgée par le pouvoir et les médias, repose sur une dépolitisation de la crise : les mesures de restriction budgétaire édictées par les gouvernements sont mises en scène non comme un choix politique, mais comme une réponse technique à des impératifs financiers. La morale, c'est que si nous voulons que l'économie se stabilise, nous devons nous serrer la ceinture. L'autre histoire, celle des grévistes et des manifestants, postule que les mesures d'austérité ne constituent qu'un outil aux mains du capital pour démanteler les derniers vestiges de l'Etat-providence.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="fullpost"&gt;Dans un cas, le Fonds monétaire international (FMI) apparaît comme un arbitre ayant à coeur de faire respecter l'ordre et la discipline; dans l'autre. il joue encore une fois son rôle de supplétif de la finance mondialisée.&lt;br /&gt;Si ces deux perspectives contiennent chacune quelques éléments de vérité. l'une comme l'autre sont fondamentalement erronées. La stratégie de défense des dirigeants européens ne tient évidemment pas compte du fait que l'énorme déficit des budgets publics résulte en grande partie des dizaines de milliards engloutis dans le sauvetage des banques, et que le crédit accordé à Athènes servira en premier lieu à rembourser sa dette aux banques françaises et allemandes. L'aide européenne à la Grèce n'a d'autre fonction que de secourir le secteur bancaire privé.&lt;br /&gt;En face, l'argumentaire des mécontents trahit à nouveau l'indigence de la gauche contemporaine : il ne contient aucun volet programmatique, juste un refus de principe de voir disparaître les acquis sociaux.&lt;br /&gt;L'utopie du mouvement social ne consiste plus à changer le système, mais à se convaincre que celui-ci peut s'accommoder du maintien de l'Etat-providence. Cette position défensive appelle une objection difficile à réfuter : si nous demeurons dans les clous du système capitaliste mondialisé, nous n'avons pas d'autre option que d'accepter les sacrifices imposés aux travailleurs, aux étudiants et aux retraités.&lt;br /&gt;Une chose est sûre : après des décennies d'Etat-providence durant lesquelles les coupes budgétaires restaient limitées et toujours accompagnées de la promesse que les choses reviendraient un jour à la normale.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous entrons à présent dans un état d'urgence économique permanent. Une ère nouvelle, qui porte en elle la promesse de plans d'austérité toujours plus sévères, d'économies toujours plus drastiques sur la santé, les retraites et l'éducation, ainsi que d'une préconisation accrue de l'emploi. Dos au mur, la gauche doit relever le défi redoutable consistant à expliquer que la crise économique est d'abord une crise politique — qu'elle n'a rien de naturel, que le système existant résulte d'une série de décisions intrinsèquement politiques —, tout en restant consciente que ce système, aussi longtemps que l'on se situe dans son cadre, obéit à une logique pseudo-naturelle dont on ne saurait bafouer les règles sans provoquer un désastre économique.&lt;br /&gt;Il serait illusoire d'espérer que la crise toujours à l'oeuvre n'aura que des conséquences limitées et que le capitalisme européen continuera de garantir un niveau de vie correct à une majorité de la population. Et quelle étonnante conception de la radicalité que de miser sur le seul concours des circonstances pour atténuer les dégâts de la crise... Ce ne sont certes pas les anticapitalistes qui manquent. Nous sommes littéralement submergés de réquisitoires contre les horreurs du capitalisme : jour après jour déferlent les enquêtes journalistiques, les reportages télévisés et les ouvrages à succès consacrés aux industriels qui saccagent l'environnement, aux banquiers corrompus qui s'engraissent de bonus faramineux tandis que leurs coffres siphonnent l'argent public, aux fournisseurs des chaînes de prêt-à-porter qui emploient des enfants douze heures par jour.&lt;br /&gt;Pourtant, aussi tranchantes que ces critiques puissent paraître, elles s'émoussent en sortant du fourreau : jamais elles ne remettent en question le cadre libéral-démocratique au sein duquel le capitalisme exerce ses ravages. L'objectif, explicite ou implicite, consiste invariablement à réguler le capitalisme — sous la pression des médias, du législateur ou d'enquêtes policières honnêtes — et surtout pas à contester les mécanismes institutionnels de l'Etat de droit bourgeois.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Des révolutions... oui, mais à bonne distance&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;C'est là que l'analyse marxiste conserve toute sa fraîcheur, aujourd'hui peut-être plus que jamais. Pour Marx, la question de la liberté ne se situe pas en première ligne au sein de la sphère politique, celle du moins à laquelle se réfèrent les institutions internationales lorsqu'elles jugent d'un pays : les élections y sont-elles libres, les juges indépendants, les droits de l'homme respectés? La clé d'une liberté véritable est à chercher plutôt dans le réseau « apolitique » des relations sociales, depuis le travail jusqu'à la famille, où ce n'est pas la réforme politique qui apporterait le changement nécessaire, mais une transformation des relations sociales dans l'appareil de production.&lt;br /&gt;Jamais en effet on ne demande aux électeurs d'établir qui doit posséder quoi, ou de se prononcer sur les normes de management en vigueur sur leur lieu de travail. Inutile d'espérer que la sphère politique consente à étendre la démocratie à ces domaines&lt;br /&gt;relégués loin d'elle, en organisant par exemple des banques « démocratiques » sous contrôle des citoyens. Dans ce domaine, les transformations radicales se situent au-delà de la sphère des droits légaux.&lt;br /&gt;Il arrive, bien sûr, que les procédures démocratiques débouchent sur des conquêtes sociales. Mais elles n'en demeurent pas moins un rouage de l'appareil d'Etat bourgeois, dont le rôle consiste à garantir la reproduction optimale du capital. Deux fétiches doivent donc être renversés simultanément : celui des « institutions démocratiques », d'une part, mais aussi celui de leur contrepartie négative, la violence.&lt;br /&gt;Au coeur de la notion marxiste de lutte des classes, l'idée prévaut que la vie sociale «paisible» manifeste la victoire (temporaire) de la classe dominante. Du point de vue des opprimés, l'existence même de 1 'Etat, en tant qu'appareil de la classe dominante, constitue un acte de violence. Le credo selon lequel la violence n'est jamais légitime, mais parfois nécessaire, apparaît largement insuffisant. Dans une perspective radicale et émancipatrice, les termes du postulat devraient s'inverser : la violence des opprimés est toujours légitime — puisque leur statut même résulte d'une violence — mais jamais nécessaire : le choix de recourir ou non à la force contre l'ennemi relève strictement d'une considération stratégique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans l'état d'urgence économique que nous connaissons, il saute aux yeux que nous avons affaire non à des mouvements financiers aveugles, mais à des interventions stratégiques mûrement pesées par les pouvoirs publics et les institutions financières, lesquels entendent résoudre la crise selon leurs propres critères et à leur propre avantage. Comment, dans ces conditions, ne pas envisager une contre-offensive ?&lt;br /&gt;De telles considérations ne peuvent qu'ébranler le confort des intellectuels radicaux. A mener une existence moelleuse et protégée, ne sont-ils pas tentés de bâtir des scénarios-catastrophes pour justifier la conservation de leur niveau de vie? Pour nombre d'entre eux, si une révolution doit avoir lieu, c'est à bonne distance de leur domicile — à Cuba, au Nicaragua, au Venezuela —, afin qu'ils se réchauffent le coeur tout en veillant à la promotion de leurs carrières. Pourtant, avec l'effondrement de l'Etat-providence dans les économies industrielles avancées, les intellectuels radicaux pourraient trouver leur moment de vérité : ils voulaient un vrai changement, maintenant ils peuvent l'avoir.&lt;br /&gt;Rien ne justifie que l'état d'urgence économique permanent conduise la gauche à abandonner le travail intellectuel patient, sans utilité pratique immédiate. Pourtant, progressivement disparaît la fonction véritable de la pensée. Non pas proposer des solutions aux problèmes que rencontre «la société» — c'est-à-dire l'Etat et le Capital —, mais réfléchir à la façon même dont ces questions se posent. C'est-à-dire interroger sur la façon dont nous percevons un problème donné.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au cours de la dernière période du capitalisme post-1968, l'économie elle-même —la logique du marché et de la concurrence — s'est imposée comme l'idéologie&lt;br /&gt;hégémonique. Dans le domaine de l'éducation, par exemple, l'école représente de moins en moins un service public indépendant du marché, choyé par l'Etat et sanctuaire de valeurs éclairées — liberté, égalité, fraternité. En vertu de la formule liturgique «à moindres coûts, meilleure efficacité », elle s'est laissé envahir par diverses formes de partenariat public-privé. Dans le domaine politique, le système électoral qui organise et légitime le pouvoir paraît de plus en plus se modeler sur la libre entreprise : le scrutin est conçu comme une transaction commerciale au cours de laquelle les électeurs «achètent» l'article susceptible de préserver au mieux l'ordre social, de punir les criminels, etc.&lt;br /&gt;En vertu du même principe, des fonctions réservées jadis à la force publique, comme la gestion des prisons, sont désormais privatisables. L'armée ne repose plus sur la conscription mais sur le mercenariat. Même la bureaucratie d'Etat a perdu son caractère universel hégélien, comme le montre à satiété l'appareil berlusconien. Dans l'Italie d'aujourd'hui, c'est la base bourgeoise qui exerce directement le pouvoir légal, exploitant celui-ci ouvertement et sans scrupules à seule fin de protéger ses intérêts. Il n'est pas jusqu'aux relations de couple qui ne s'adossent aux lois du marché : speed dating, rencontres sur Internet ou agences matrimoniales, les services proposés aux futurs partenaires les incitent à se considérer comme des marchandises, dont il leur incombe de vanter les qualités et de sélectionner les meilleures photos.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aux confins d'une telle constellation, l'idée même d'une transformation radicale de la société ressemble à un rêve impossible. Mais c'est cet impossible, justement, qui doit nous arrêter et nous faire réfléchir. Aujourd'hui, la répartition entre ce qui est possible et ce qui ne l'est pas s'organise de manière étrange, avec un même excès dans la définition de chaque catégorie. D'un côté, dans le domaine des loisirs et des technologies. On nous martèle que « rien n'est impossible» : nous pouvons jouir d'un vaste éventail de prestations sexuelles, des archives encyclopédiques de chansons, de films et de séries télévisées nous sont accessibles par téléchargement, nous pouvons même voyager dans l'espace (si nous sommes milliardaires). Et on nous promet que, dans un futur proche, il sera «possible» d'optimiser nos capacités physiques et psychiques par la manipulation du génome humain. Même le rêve technognostique de l'immortalité semble désormais à portée de main, par la transformation de nos identités en applications informatiques téléchargeables sur divers appareils.&lt;br /&gt;Dans le domaine socio-économique, en revanche, notre époque se caractérise par la croyance en une humanité parvenue à pleine maturité, ayant su renoncer aux vieilles utopies millénaires et accepter les contraintes de la réalité (entendre : de la réalité capitaliste), avec tous les impossibles qui l'arment. «Vous ne pouvez pas» est son mot d'ordre, son premier commandement : vous ne pouvez pas vous engager dans de grandes actions collectives, qui s'achèveront nécessairement en terreur totalitaire ; vous ne pouvez pas vous accrocher à l'Etat-providence, sous peine de perdre votre compétitivité et de provoquer une crise économique ; vous ne pouvez pas vous couper du marché mondial, sauf à faire allégeance à la Corée du Nord. L'écologie, dans sa version idéologique, ajoute à cet inventaire ses propres interdits, ces fameuses valeurs planchers — pas plus de deux degrés de réchauffement climatique — basées sur des avis d'experts.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;« L’impossible arrive »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;Aujourd'hui, l'idéologie dominante s'efforce de nous persuader de l'impossibilité d'un changement radical, de l'impossibilité d'une abolition du capitalisme, de l'impossibilité de la création d'une démocratie qui ne se réduirait pas à un jeu parlementaire corrompu, réussissant du même coup à rendre invisible l'antagonisme qui traverse nos sociétés. C'est pourquoi Jacques Lacan, pour surmonter ces barrières idéologiques, substituait à la formule «tout est possible» le constat plus sobre que «l'impossible arrive».&lt;br /&gt;MM. Evo Morales en Bolivie. Hugo Chàvez au Venezuela ou le gouvernement maoïste du Népal sont parvenus au pouvoir par des élections démocratiques « équitables ». Et non par l'insurrection. Leur situation n'en est pas moins « objectivement» désespérée: ils prennent à contre-courant le flux de l'histoire et ne peuvent s'appuyer pour cela sur aucune « tendance objective ». Tout ce qu'ils peuvent faire, c'est improviser dans une situation apparemment sans issue. Mais est-ce que cela ne leur donne pas aussi une liberté exceptionnelle ? Et ne sommes-nous pas tous, à gauche, dans la même galère ?&lt;br /&gt;Notre situation actuelle se situe à l'exact opposé de celle qui prévalait au début du XX siècle, quand la gauche savait ce qu'elle devait faire, mais devait attendre patiemment le moment propice pour passer à l'acte. Aujourd'hui, nous ne savons pas ce que nous devons faire, mais nous devons agir tout de suite, car notre inertie pourrait bientôt avoir des conséquences désastreuses. Plus que jamais. nous sommes contraints de vivre comme si nous étions libres.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;SLAVOJ ZIZEK.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Auteur de “Living in the End Times”, Verso, Londres, 2010.&lt;br /&gt;Ce texte reprend une analyse publiée par la &lt;a href="http://www.newleftreview.org/?page=article&amp;amp;view=2853"&gt;New Left Review, ri' 64, Londres, juillet-août 2010&lt;/a&gt;.&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4548877961369105280-4572014149384529388?l=targetezine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://targetezine.blogspot.com/feeds/4572014149384529388/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4548877961369105280&amp;postID=4572014149384529388&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4548877961369105280/posts/default/4572014149384529388'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4548877961369105280/posts/default/4572014149384529388'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://targetezine.blogspot.com/2010/11/pour-sortir-de-la-nasse-permanet.html' title='[Pour sortir de la nasse -  (A permanent economic emergency)]'/><author><name>X8X</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='22' height='32' src='http://4.bp.blogspot.com/-dWeIxybNlyQ/TZ5u76ew15I/AAAAAAAAATg/LnYJkidY-J8/s220/BigBrother1984_sml.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4548877961369105280.post-6770406045294548193</id><published>2010-11-06T11:14:00.000-07:00</published><updated>2010-11-06T11:19:25.985-07:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Contr&apos;info'/><title type='text'>[Du Venezuela à l’Equateur : des signaux préoccupants]</title><content type='html'>&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Interview d’&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Eric Toussaint&lt;/span&gt; par &lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Sergio Ferrari&lt;/span&gt; publié par le &lt;a href="http://www.cadtm.org/Du-Venezuela-a-l-Equateur-des"&gt;CADTM&lt;/a&gt; le 18 octobre 2010.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Malgré une situation globalement favorable, étant donné l’existence de gouvernements progressistes et de mouvements sociaux dynamiques, des signaux préoccupants sont perceptibles dans l’Amérique Latine d’aujourd’hui.&lt;/span&gt; La récente tentative de coup d’Etat en Equateur, le 30 septembre passé, ainsi que les résultats électoraux au Vénézuela, quatre jours plus tôt, constituent des signaux qui doivent être correctement interprétés, souligne Eric Toussaint. Militant social et de l’altermondialisme, coordinateur du Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde (CADTM) qui a son siège en Belgique, membre du Comité International du Forum Social Mondial, Eric Toussaint est, de plus, un analyste perspicace de la réalité latino-américaine. Entretien exclusif, réalisé durant sa récente visite en Suisse, invité par le CETIM de Genève et Solidarités.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;“L’analyse profonde de l’étape que vit actuellement l’Amérique Latine me donne de grandes inquiétudes, parce que j’ai l’impression que la situation se dégrade”, affirme Eric Toussaint. De nombreux faits récents fondent l’argumentation de l’historien belge, qui les énumère avec une rigoureuse logique analytique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span class="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Equateur et Vénézuela&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le plus récent a été la rébellion policière contre le Président Rafael Correa en Equateur, à la fin septembre 2010. “Il s’agit d’une véritable tentative de coup d’Etat, promue par la police, un secteur de l’armée et comptant avec l’appui de la principale force d’opposition, regroupée autour de l’ancien président Lucio Gutierrez”.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Même si la tentative a échoué, en particulier du fait d’une très mauvaise organisation, elle a mis à jour des faiblesses politiques significatives du gouvernement. La principale, selon Toussaint (qui a conseillé il y a quelques années le président Correa sur le thème de la dette extérieure), “a été la faible mobilisation populaire pour s’opposer au coup”. Même s’il y a bien eu une mobilisation pendant les heures durant lesquelles Correa a été “séquestré” par les rebelles dans l’hôpital où il était soigné, “l’importance de celle-ci à Quito, la capitale, où elle a à peine regroupé quelques 5 à 10’000 personnes, a été beaucoup plus faible que, par exemple, la réaction populaire lors de la tentative de coup d’Etat contre Hugo Chavez en 2002 au Vénézuela, qui avait réunit des centaines de milliers de personnes.”&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;“Nous l’avions déjà signalé à Correa, pas seulement moi, mais également quelques uns de ses conseillers, ainsi que d’autres personnes de gauche qui l’appuient de manière critique. Il commet une erreur grave en marginalisant les mouvements populaires importants, ce qui inclut des organisations indigènes puissantes, parce qu’il les considère “corporatistes” et manquant d’une vision globale de société”.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette distance entre le gouvernement et les acteurs sociaux est également la conséquence des mobilisations qui se sont déroulées durant les trois dernières années, comme celle d’indigènes, de syndicats d’enseignants et de la communauté universitaire qui défend le principe d’autonomie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;S’il est certain que les indices de popularité de Correa ont augmenté après la tentative de coup d’Etat – pour se situer actuellement à plus de 70% - ces enquêtes n’impliquent pas nécessairement “une capacité de mobilisation réelle et populaire afin de défendre le processus en marche”.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le deuxième signal préoccupant, selon l’analyste belge, est constitué par les dernières élections au Vénézuela, qui constituent la deuxième “défaite” (“et j’insiste à utiliser le mot « défaite » entre guillemets”, souligne Toussaint) du chavisme lors des 10 élections auxquelles il a participé depuis 1998.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Même si la coalition du président Hugo Chavez a obtenu 98 des 165 députés – et conserve ainsi la majorité simple au parlement – “en termes réels cela représente concrètement 50% de l’électorat, un chiffre nettement inférieur au 60% qu’a obtenu le président en 2006” |1|.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;“La base la plus ferme et populaire est entrée dans une phase de déception. On assiste à un déplacement des votes et une augmentation de l’abstentionnisme”, affirme-t-il.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;“Un temps précieux perdu”&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour le directeur du CADTM, des faits aux conclusions générales, il n’y a qu’un simple pas conceptuel à faire. “Nous le disons depuis deux ans : en Amérique Latine, les gouvernements progressistes perdent un temps précieux”.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’ALBA (Alliance Bolivarienne pour les Peuples de notre Amérique) - un Traité Commercial des Peuples - n’a pas avancé et reste pour le moment lettre morte. Il n’existe pas de Banque de l’ALBA et il n’y a pas de programme d’intégration des économies des pays qui adhèrent à l’ALBA, souligne Toussaint.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce qui existe, explique-t-il, ce sont des accords bilatéraux importants, comme celui entre Cuba et le Vénézuela pour l’échange de pétrole contre des services de santé et des médecins, le traité entre le Vénézuela et la Bolivie ou encore la politique vénézuélienne de vendre par solidarité du pétrole à un prix inférieur à celui du marché aux pays qui intègrent PETROCARIBE.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La Banque du Sud – qui pourrait être un instrument financier de grande importance pour la région – « est resté sur le papier depuis 2007, dans l’attente de la ratification par au moins quatre parlements des sept pays participants. En attendant, le projet n’avance pas vraiment ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les causes sont multiples. Fondamentalement, pour cause de manque d’intérêt, “comme c’est le cas du Brésil, qui possède, avec sa propre Banque de Développement, la BNDES, un portefeuille de prêts très important, qui sert à appuyer les investissements et les contrats des grandes multinationales brésiliennes. Le Brésil voit le projet de la Banque du Sud comme concurrent de sa propre institution, et pour cette raison ne stimule pas son avance”, estime Eric Toussaint.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’Amérique Latine semble donc être un printemps démocratique couvert par de croissants nuages. Plus précisément, aux dires d’Eric Toussaint, “par le risque d’accumuler des frustrations. Ces processus, ces expériences en marche, ces programmes stratégiques et ces alternatives non concrétisées – comme l’ALBA et la Banque du Sud – peuvent amener à une nouvelle frustration“.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;“Les événements de fin septembre en Equateur, les dernières élections au Vénézuela, les énormes attentes populaires reléguées au Brésil durant les huit dernières années, le coup d’Etat au Honduras l’année passée, l’élection de la droite au Chili avec Sébastian Piñera, sont des signaux qui ne peuvent pas ne pas nous préoccuper”, conclut-il.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sergio Ferrari&lt;br /&gt;Traduction Mathieu Glayre&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="color: rgb(102, 102, 102);font-size:85%;" &gt;Notes&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;|1| La coalition gouvernementale PSUV-PCV a obtenu la majorité simple, 98 des 165 sièges, bien qu’elle a perdu la majorité qualifiée des deux tiers qu’elle possédait depuis 2005. De son côté, l’opposition, regroupée dans la coalition “Table de l’Unité”, a obtenu 33 députés de moins que le chavisme, bien que la différence de votes entre les deux forces a été inférieure à 1%. Il faut également souligner le bloc indépendant de “Patrie Pour Tous”, ex-allié de Chavez. Il a gagné deux députés et il pourra appuyer ou empêcher l’approbation de lois qui requièrent les trois cinquièmes de l’Assemblée, c’est-à-dire, la majorité absolue de 99 députés.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/4548877961369105280-6770406045294548193?l=targetezine.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://targetezine.blogspot.com/feeds/6770406045294548193/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=4548877961369105280&amp;postID=6770406045294548193&amp;isPopup=true' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4548877961369105280/posts/default/6770406045294548193'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/4548877961369105280/posts/default/6770406045294548193'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://targetezine.blogspot.com/2010/11/interview-d-eric-toussaint-par-sergio.html' title='[Du Venezuela à l’Equateur : des signaux préoccupants]'/><author><name>X8X</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='22' height='32' src='http://4.bp.blogspot.com/-dWeIxybNlyQ/TZ5u76ew15I/AAAAAAAAATg/LnYJkidY-J8/s220/BigBrother1984_sml.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-4548877961369105280.post-8241884514954642846</id><published>2010-11-02T14:55:00.000-07:00</published><updated>2010-11-02T15:32:48.952-07:00</updated><category scheme='http://www.blogger.com/atom/ns#' term='Archive'/><title type='text'>[Anarchie et Communisme]</title><content type='html'>&lt;span style="font-size:85%;"&gt;par &lt;/span&gt;&lt;span style="font-weight: bold;font-size:85%;" &gt;Carlo Cafiero&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt; publié par &lt;/span&gt;&lt;span style="font-weight: bold;font-size:85%;" &gt;Le Révolté&lt;/span&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt; en 1880&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Au congrès tenu à Paris par la région du Centre, un orateur, qui s’est distingué par son acharnement contre les anarchistes, disait :&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Communisme et anarchie hurlent de se trouver ensemble.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Un autre orateur qui parlait aussi contre les anarchistes, mais avec moins de violence, s’est écrié, en parlant d’égalité économique :&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Comment la liberté peut-elle être violée, lorsque l’égalité existe ?&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Eh bien ! je pense que les deux orateurs avaient tort.&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On peut parfaitement avoir l’égalité économique, sans avoir la moindre liberté. Certaines communautés religieuses en sont une preuve vivante, puisque la plus complète égalité y existe en même temps que le despotisme. La complète égalité, car le chef s’habille du même drap et mange à la même table que les autres ; il ne se distingue d’eux que par le droit de commander qu’il possède. Et les partisans de "l’Etat populaire" ? S’ils ne rencontraient pas d’obstacles de toute sorte, je suis sûr qu’ils finiraient par réaliser la parfaite égalité, mais, en même temps aussi le plus parfait despotisme, car, ne l’oublions pas, le despotisme de l’Etat actuel augmenterait du despotisme économique de tous les capitaux qui passeraient aux mains de l’Etat, et le tout serait multiplié par toute la centralisation nécessaire à ce nouvel Etat. Et c’est pour cela que nous, les anarchistes, amis de la liberté, nous nous proposons de les combattre à outrance.&lt;br /&gt;&lt;span class="fullpost"&gt;&lt;br /&gt;Ainsi, contrairement à ce qui a été dit, on a parfaitement raison de craindre pour la liberté, lors même que l’égalité existe ; tandis qu’il ne peut y avoir aucune crainte pour l’égalité là où existe la vraie liberté, c’est-à-dire l’anarchie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfin, anarchie et communisme, loin de hurler de se trouver ensemble, hurleraient de ne pas se trouver ensemble, car ces deux termes, synonymes de liberté et d’égalité, sont les deux termes nécessaires et indivisibles de la révolution.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Notre idéal révolutionnaire est très simple, on le voit : il se compose, comme celui de tous nos devanciers, de ces deux termes : liberté et égalité. Seulement il y a une petite différence.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Instruits par les escamotages que les réactionnaires de toute sorte et de tout temps ont faits de la liberté et de l’égalité, nous nous sommes avisés de mettre, à côté de ces deux termes, l’expression de leur valeur exacte. Ces deux monnaies précieuses ont été si souvent falsifiées, que nous tenons enfin à en connaître et à en mesurer la valeur exacte.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-weight: bold;"&gt;Nous plaçons donc, à côté de ces deux termes : liberté et égalité, deux équivalents dont la signification nette ne peut pas prêter à l’équivoque, et nous disons : "Nous voulons la liberté, c’est-à-dire l’anarchie, et l’égalité, c’est-à-dire le communisme."&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Anarchie, aujourd’hui, c’est l’attaque, c’est la guerre à toute autorité, à tout pouvoir, à tout Etat. Dans la société future, l’anarchie sera la défense, l’empêchement apporté au rétablissement de toute autorité, de tout pouvoir, de tout Etat : pleine et entière liberté de l’individu qui, librement et poussé seulement par ses besoins, par ses goûts et ses sympathies, se réunit à d’autres individus dans le groupe ou dans l’association ; libre développement de l’association qui se fédère avec d’autres dans la commune ou dans le quartier ; libre développement des communes qui se fédèrent dans la région – et ainsi de suite : les régions dans la nation ; les nations dans l’humanité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le communisme, la question qui nous occupe plus spécialement aujourd’hui, est le second point de notre idéal révolutionnaire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le communisme actuellement, c’est encore l’attaque ; ce n’est pas la destruction de l’autorité, mais c’est la prise de possession, au nom de toute l’humanité, de toute la richesse existant sur le globe. Dans la société future, le communisme sera la jouissance de toute la richesse existante, par tous les hommes et selon le principe : De chacun selon ses facultés, à chacun selon ses besoins, c’est-à-dire : De chacun et à chacun suivant sa volonté.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il faut remarquer, – et ceci répond surtout à nos adversaires, les communistes autoritaires ou étatistes – que la prise de possession et la jouissance de toute la richesse existante doivent être, selon nous, le fait du peuple lui-même. Le peuple, l’humanité, n’étant pas des individus capables de saisir la richesse et la tenir dans leurs deux mains, on a voulu en conclure, il est vrai, qu’il faut, pour cette raison, instituer toute une classe de dirigeants, de représentants et de dépositaires de la richesse commune. Mais nous ne partageons pas cet avis. Pas d’intermédiaires, pas de représentants qui finissent toujours par ne représenter qu’eux-mêmes ! Pas de modérateurs de l’égalité, pas davantage de modérateurs de la liberté ! Pas de nouveau gouvernement, pas de nouvel Etat, dut-il se dire populaire ou démocrate, révolutionnaire ou provisoire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La richesse commune étant disséminée sur toute la terre, tout en appartenant de droit à l’humanité entière, ceux donc qui se trouvent à la portée de cette richesse et en mesure de l’utiliser l’utiliseront en commun. Les gens de tel pays utiliseront la terre, les machines, les ateliers, les maisons, etc., du pays et ils s’en serviront tous en commun. Partie de l’humanité, ils exerceront ici, de fait et directement, leur droit sur une part de la richesse humaine. Mais si un habitant de Pékin venait dans ce pays, il se trouverait avoir les mêmes droits que les autres ; il jouirait en commun avec les autres de toute la richesse du pays, de la même façon qu’il l’eût fait à Pékin.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il s’est donc bien trompé, cet orateur qui a dénoncé les anarchistes comme voulant constituer la propriété des corporations. La belle affaire que l’on ferait, si l’on détruisait l’Etat pour le remplacer par une multitude de petits Etats ! Tuer le monstre à une tête pour entretenir le monstre à mille têtes !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Non ; nous l’avons dit, et nous ne cesserons de le répéter : point d’entremetteurs, point de courtiers et d’obligeants serviteurs qui finissent toujours par devenir les vrais maîtres : nous voulons que toute la richesse existante soit prise directement par le peuple lui-même, qu’elle soit gardée par ses mains puissantes, et qu’il décide lui-même de la meilleure manière d’en jouir, soit pour la production, soit pour la consommation.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais on nous demande : le communisme est-il applicable ? Aurions-nous assez de produits pour laisser à chacun le droit d’en prendre à sa volonté, sans réclamer des individus plus de travail qu’ils ne voudront en donner ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous répondons : Oui. Certainement, on pourra appliquer ce principe : De chacun et à chacun suivant sa volonté, parce que, dans la société future, la production sera si abondante qu’il n’y aura nul besoin de limiter la consommation, ni de réclamer des hommes plus d’ouvrage qu’ils ne pourront ou ne voudront en donner.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette immense augmentation de production, dont on ne saurait même aujourd’hui se faire une juste idée, peut se deviner par l’examen des causes qui la provoqueront. Ces causes peuvent se réduire à trois principales :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;1. L’harmonie de la coopération dans les diverses branches de l’activité humaine, substituée à la lutte actuelle qui se traduit dans la concurrence ;&lt;br /&gt;2. L’introduction sur une immense échelle des machines de toutes sortes ;&lt;br /&gt;3. L’économie considérable des forces du travail, des instruments de travail et des matières premières, réalisée par la suppression de la production nuisible ou inutile.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La concurrence, la lutte est un des principes fondamentaux de la production capitaliste, qui a pour devise : Mors tua vita mea, ta mort est ma vie. La ruine de l’un fait la fortune de l’autre. Et cette lutte acharnée se fait de nation à nation, de région à région, d’individu à individu, entre travailleurs aussi bien qu’entre capitalistes. C’est une guerre au couteau, un combat sous toutes les formes : corps à corps, par bandes, par escouades, par régiments, par corps d’armée. Un ouvrier trouve de l’ouvrage où un autre en perd ; une industrie ou plusieurs industries prospèrent, lorsque telles ou telles industries périclitent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Eh bien ! imaginez-vous lorsque, dans la société future, ce principe individualiste de la production capitaliste, chacun pour soi et contre tous, et tous contre chacun, sera remplacé par le vrai principe de la sociabilité humaine : chacun pour tous et tous pour chacun – quel immense changement n’obtiendra-t-on pas dans les résultats de la production ? Imaginez-vous quelle sera l’augmentation de la production, lorsque chaque homme, loin d’avoir à lutter contre tous les autres, sera aidé par eux, quand il les aura, non plus comme ennemis, mais comme coopérateurs. Si le travail collectif de dix hommes atteint des résultats absolument impossibles pour un homme isolé, combien grands seront les résultats obtenus par la grande coopération de tous les hommes qui, aujourd’hui, travaillent hostilement les uns contre les autres ?&lt;br /&gt;Et les machines ? L’apparition de ces puissants auxiliaires du travail, si grande qu’elle nous paraisse aujourd’hui, n’est que très minime en comparaison de ce qu’elle sera dans la société à venir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La machine a contre elle, aujourd’hui, souvent l’ignorance du capitaliste, mais plus souvent encore son intérêt. Combien de machines restent inappliquées uniquement parce quelles ne rapportent pas un bénéfice immédiat au capitaliste ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Est-ce qu’une compagnie houillère, par exemple, ira se mettre en frais pour sauvegarder les intérêts des ouvriers et construira de coûteux appareils pour descendre les mineurs dans les puits ? Est-ce que la municipalité introduira une machine pour casser les pierres, lorsque ce travail lui fournit le moyen de faire à bon marché de l’aumône aux affamés ? Que de découvertes, que d’applications de la science restent lettre morte, uniquement parce qu’elles ne rapporteraient pas assez au capitaliste !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le travailleur lui-même est aujourd’hui l’ennemi des machines, et ceci avec raison, puisqu’elles sont vis-à-vis de lui le monstre qui vient le chasser de l’usine, l’affamer, le dégrader, le torturer, l’écraser. Et quel immense intérêt il aura, au contraire, à en augmenter le nombre lorsqu’il ne sera plus au service des machines ; au contraire, elles-mêmes seront à son service, l’aidant et travaillant pour son bien-être !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfin, il faut tenir compte de l’immense économie qui sera faite sur les trois éléments du travail : la force, les instruments et la matière, qui sont horriblement gaspillés aujourd’hui, puisqu’on les emploie à la production de choses absolument inutiles, quand elles ne sont pas nuisibles à l’humanité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Combien de travailleurs, combien de matières et combien d’instruments de travail ne sont-ils pas employés aujourd’hui par l’armée de terre et de mer, pour construire les navires, les forteresses, les canons et tous ces arsenaux d’armes offensives et défensives ! Combien de ces forces sont usées à produire des objets de luxe qui ne servent qu’à satisfaire des besoins de vanité et de corruption !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et lorsque toute cette force, toutes ces matières, tous ces instruments de travail seront employés à l’industrie, à la production d’objets qui eux-mêmes serviront à produire, quelle prodigieuse augmentation de la production ne verrons-nous pas surgir !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Oui, le communisme est applicable ! On pourra bien laisser à chacun prendre à volonté ce dont il aura besoin, puisqu’il y en aura assez pour tous. On n’aura plus besoin de demander plus de travail que chacun n’en voudra donner, parce qu’il y aura toujours assez de produits pour le lendemain.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et c’est grâce à cette abondance que le travail perdra le caractère ignoble de l’asservissement, en lui laissant seulement le charme d’un besoin moral et physique, comme celui d’étudier, de vivre avec la nature.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce n’est pas tout d’affirmer que le communisme est chose possible nous pouvons affirmer qu’il est nécessaire. Non seulement on peut être communiste ; il faut l’être sous peine de manquer le but de la révolution.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En effet, après la mise en commun des instruments de travail et des matières premières, si nous conservions l’appropriation individuelle des produits du travail, nous nous trouverions forcés de conserver la monnaie, partant une accumulation de richesses plus ou moins grande, selon plus ou moins de mérite, ou plutôt d’adresse des individus. L’égalité aurait ainsi disparu, puisque celui qui parviendrait à posséder plus de richesses se serait déjà élevé par cela même au-dessus du niveau des autres Il ne resterait plus qu’un pas à faire pour que les contre-révolutionnaires établissent le droit d’héritage. Et, en effet, j’ai entendu un socialiste de renom, soi-disant révolutionnaire, qui soutenait l’attribution individuelle des produits, finir par déclarer qu’il ne verrait pas d’inconvénients à ce que la société admît la transmission de ces produits en héritage : la chose selon lui, ne porterait pas à conséquence. Pour nous qui connaissons de près les résultats auxquels la société en est arrivée avec cette accumulation des richesses et leur transmission par héritage, il ne peut pas y avoir de doute à ce sujet.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais l’attribution individuelle des produits rétablirait non seulement l’inégalité parmi les hommes, elle rétablirait encore l’inégalité entre les différents genres de travail. Nous verrions reparaître immédiatement le travail "propre" et le travail "malpropre", le travail "noble" et le travail "ignoble" : le premier serait fait par les plus riches, le second serait l’attribution des plus pauvres. Alors ce ne serait plus la vocation et le goût personnel qui détermineraient l’homme à s’adonner à tel genre d’activité plutôt qu’à un autre : ce serait l’intérêt, l’espoir de gagner davantage dans telle profession. Ainsi renaîtraient la paresse et la diligence, le mérite et le démérite, le bien et le mal, le vice et la vertu, et, par conséquent, la "récompense
