28/05/2011

[Comprendre les groupes dominants : l’option fasciste]

par Raul Zibechi, publié par "La Jornada" le 20 mai 2011.

Tout plan d’action des mouvements anti systémique doit partir de la compréhension la plus complète et large possible des objectifs stratégiques que poursuivent les groupes dominants, c’est à dire la technocratie qui tire les ficelles principales du pouvoir mondial. Il ne s’agit pas d’ériger une stratégie alternative dans une relation de symétrie, mais de comprendre comment les classes dominantes projettent de se perpétuer à leur place actuelle, pour nous préparer et manœuvrer en conséquence.

Durant ces dernières années l’option fasciste a pris corps. La naissance et l’expansion du Tea Party aux États-Unis, l’ascension de l’extrême droite en France et la droitisation jusqu’à des limites dangereuses de plusieurs droites européennes comme l’espagnole, tels sont les signaux d’alerte. En Amérique Latine la consolidation de l’oligarchie colombienne au pouvoir et le retour probable des Fujimori au gouvernement du Pérou, sont des symptômes plus qu’inquiétants.

Par fascisme je n’entends pas une idéologie, mais la militarisation et l’extermination de ceux d’en bas organisés sous forme de mouvements. Il est évident que ces actes ne peuvent être menés sans arrêter de prononcer des phrases « démocratiques » et que les gouvernants sortis des urnes peuvent aussi réaliser l’extermination, étant donné que le système politique a été réduit à un exercice électoral qui ne se traduit pas dans des changements structuraux. Haïti, Colombie et Mexique nous apprennent qu’une militarisation, une extermination et une « démocratie » sont entièrement compatibles. La récente proposition de Douglas Fraser, chef du Commando Sud [US], pour ouvrir un nouveau front de guerre au sud du Mexique et dans le triangle Guatemala - Salvador - Honduras qu’il définit comme « la zone la plus létale du monde, hors des zones de guerres actives » nous renseigne qui prend les grandes décisions qui nous affectent.

La tendance la plus importante que l’humanité vit est la concentration du pouvoir. Nous sommes face au pouvoir le plus concentré que connaît l’histoire, et cet énorme pouvoir est celui qui permet une concentration brutale de richesse et chaque fois plus grande la concentration de pauvreté dans la moitié de la population mondiale. Si grand est ce pouvoir qu’il échappe au contrôle des états. Cet énorme pouvoir transnational utilise quelques états très puissants, comme les États-Unis, pour se perpétuer au sommet. Pour ce pouvoir, l’humanité est aujourd’hui une gêne, comme les zapatistes l’ont déjà dit dans « La quatrième guerre mondiale », un texte de rigoureuse actualité qui a déjà 10 ans.

Fernand Braudel remarquait que jusqu’au XVIIIe siècle la démographie avait connu des périodes plus ou moins constantes de flux et de reflux, avec de rares et exceptionnelles situations d’équilibre. Seulement à partir du XVIIIe siècle s’est produite une « rupture des frontières de l’impossible » et la population a commencé à grandir sans que n’ait été enregistré, en presque trois siècles, aucun recul (La dynamique du capitalisme). C’est l’une des dures données du monde actuel : l’énorme expansion de ce que William I. Robinson dénomme comme « la population globale superflue », qui selon son opinion représente déjà un tiers de l’humanité ( « Global capitalism and 21st century fascism » Al Jazeera, 8/5/2011).

Ce tiers exclu est l’un des objectifs du pouvoir. Et il l’est de diverses formes : c’est le tiers de la population du Brésil qui est assistée par le programme « Bourse Famille » ; le même tiers qui se nourrissait dans des « soupes populaires » pendant le régime d’Alberto Fujimori administrés par son clientélisme mafieux. Et ainsi de suite. Bien sûr, le revers de la médaille est la militarisation des favelas brésiliennes et l’assassinat de 70 000 Péruviens durant la même décennie, en plus de la stérilisation inévitable de 300 000 femmes indiennes. Dans chaque pays et région on peut faire les comptes et conclure combien sont en trop et comment des programmes sont mis en application pour les neutraliser/assassiner.

En Colombie, par exemple, la guerre a déplacé 4 millions de paysans de leurs terres et elle a provoqué des centaines de milliers de morts. Le plus terrible est que le génocide continue, comme le dénonce, l’Association de Cabildos Indigènes du Nord du Cauca (ACIN). La guerre et la militarisation au service de ce que le Robinson dénomme comme « une accumulation militarisée » sont menées depuis quelques mois sous les nouvelles formes « démocratiques » ébauchées par le président Juan Manuel Santos, qui en étant ministre a inventé les « faux positifs » (civils assassinés par l’armée, pour les faire passer pour des guérilleros morts dans un combat) et maintenant fait office en même temps d’ami de l’Unasur et de l’Alliance du Pacifique, deux projets antagoniques.

Pour les mouvements anti systémiques, comprendre que la variante génocide de ceux d’en haut gagne de plus en plus de grands espaces suppose de regarder la réalité de face, non pour nous paralyser mais pour définir avec une plus grande netteté les formes d’action. Gaspiller des forces dans de petites disputes n’a pas le moindre sens. Il y a ceux qui ont encore l’illusion que ceux d’en haut peuvent tolérer une autre politique sans auparavant neutraliser ou dynamiter les espaces collectifs. Nous ne devons pas nous embourber dans des disputes verbales sur les chemins à suivre. Cela divise et paralyse ; nous devons créer et inventer.

Les faits montrent qu’il est nécessaire de créer des espaces pour que nous , ceux d’en bas soyons unis, que nous puissions débattre et controverser, organiser et mobiliser. Ce qui arrive ces jours à la Puerta del Sol de Madrid ou dans le quartier Exarxia d’Athènes, en suivant plus ou moins les mêmes pas qui ont mené à occuper la place Tahrir au Caire, montre que c’est un chemin aussi nécessaire que possible. Un chemin différent de celui de la grève traditionnelle suivie de manifestation pour faire pression sur le pouvoir, qui ne regarde pas là-haut mais horizontalement, qui cherche à tisser des liens non systémiques pour dessiner un autre monde.

Ces mouvements sont habituellement criminalisés, poursuivis et réprimés. Ceux de là-haut peuvent opter pour le massacre comme ils ont fait tant de fois et continuent de le faire maintenant au Moyen-Orient. S’impose la nécessité de défendre ces espaces, un travail dans lequel les mouvements sont très en retard par rapport au pouvoir. Mais qu’ils devront aborder avant qu’il ne soit trop tard.

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi.
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15/05/2011

[Une polémique]

par Norman Baillargeon, publié par Espace de la parole le 16 avril 2000

Connaissez-vous les libertariens? Pas les libertaires, ni les libertins, ne confondons pas. Les libertariens.

Disons en première approximation - mais j'en dirai plus long plus bas - qu'il s'agit d'une école de pensée économique, politique et philosophique contemporaine selon laquelle une société sans État (ou alors avec un État vraiment minimal...) est possible (et souhaitable) à condition qu'une telle société soit fondée sur l'extension du mécanisme du marché libre et non entravé à toutes les activités humaines. Dans une telle société, les individus sont égaux devant la loi et libres de conclure des contrats qui les rémunèrent selon le marché.
Les anarchistes souhaitent eux aussi la disparition de l'État; ils ont également prôné la liberté, l'égalité et, pour certains d'entre eux du moins, ils ont misé sur des contrats librement consentis entre individus pour coordonner certaines activités humaines. Superficiellement, on pourrait penser que tout cela se ressemble au point de se confondre et la confusion entre les idées des libertariens et celles des anarchistes - on dit aussi: des libertaires - est dès lors facile pour qui n'est pas au courant des différences cruciales qui existent entre les deux écoles, derrière cette similitude de vocabulaire. Disons, là encore en première approximation et avec toutes les nuances qu'on doit apporter en usant de ces termes, que les libertaires - les anarchistes - sont radicalement de gauche tandis que les libertariens sont typiquement de droite.
Les libertariens québécois ont leur publication, qui paraît sur internet : elle s'appelle Le Québécois libre. Leurs idées y sont exposées et défendues, parfois avec conviction et avec une argumentation serrée, souvent avec clarté. J'ai plus d'une fois recommandé qu'on les lise : je suis en effet convaincu qu'il faut se frotter à leur argumentaire qui, en certaines de ses composantes, joue aujourd'hui un rôle réel dans la définition des politiques qui définissent les institutions dans lesquelles nous vivons.

Cette longue entrée en matière pour vous informer que l'éditorial du dernier numéro du Québécois libre est consacré à l'anarchisme et, entre autres, à l'exposé que j'en ai proposé dans un récent ouvrage intitulé justement Anarchisme. Martin Masse, l'auteur de cet article m'a, et je l'en remercie, offert un droit de réplique dans sa publication mais, finalement, je vais plutôt l'utiliser ici: je pense en effet que ce débat devrait intéresser les lecteurs d'Espaces de la parole. Ma réponse se fera en deux temps. C'est beaucoup, direz-vous peut-être. Mais je pense qu'il faut pouvoir répondre de manière argumentée à ces gens; et je pense aussi qu'il y a un grand intérêt pédagogique à comprendre ce qu'ils avancent et surtout les raisons qui expliquent que les anarchistes s'y opposent avec tant de force.

Dans ma réponse je vais, la prochaine fois, citer abondamment l' article de M. Masse (1) pour assurer que je réponds bien à des arguments et à des idées effectivement avancées par l'auteur. Mais j'invite instamment mon lecteur, ma lectrice, à lire directement cet éditorial et à constater par lui-même en quoi consiste cette volée de bois verts à laquelle je réplique ici.

Réponse en deux temps, donc. Cette semaine, je vais m'efforcer de présenter les idées de libertariens et expliquer pourquoi je pense qu'il faut s'y opposer - et en tout cas pourquoi les anarchistes s'y opposent aussi radicalement.

La prochaine fois, je répondrai en détail à la partie de l' argumentaire de M. Masse qui concerne plus spécifiquement mon livre et les idées de l'anarchisme

Qui sont donc les libertariens et que proposent-ils?

Les libertariens appartiennent à une famille idéologique qui comprend aussi des gens qui ont le culot de s'appeler anarcho-capitalistes. Cette famille idéologique se réclame du libéralisme économique et du libéralisme politique. En économie, ils puisent surtout à l'interprétation donnée du marché par les économistes de l'École Autrichienne. Selon Ludwig Von Mises et Friedrich Hayek, le marché, pur et non entravé par des interventions étatiques, est une "catallaxie", un mode abstrait de gestion d'informations qui produit une ordre spontané optimal qu'aucune organisation ou planification ne saurait espérer atteindre. Dans sa forme abstraite, il présuppose la liberté reconnue à tous, des droits également reconnus à tous et réalise donc la justice en même temps que la liberté. Mais à propos de ces dernières idées, il faut maintenant rappeler ce que les libertariens doivent au libéralisme politique. Au fond et en un mot, une position dite "jusnaturaliste" par quoi on désigne une conception des droits développée à partir de John Locke. Pour aller rapidement à l'essentiel, libertariens et (mutatis mutandis) anarcho-capitalistes défendent l'idée que les individus ont un droit naturel (d'où l'expression "jusnaturalisme") sur leur personne, les produits de leur travail ainsi que les ressources naturelles par eux découvertes et, ou transformées. Dans leur perspective, la considération d'autres droits est superflue voire nuisible. Le droit à la vie, par exemple, est essentiellement celui de ne pas être tué, pas celui de recevoir les ressources nécessaires au bien-être. Face à l'ensemble de ces droits, les anarcho-capitalistes et les libertariens tendent donc à s'opposer à ce qu'ils décrivent volontiers le paternalisme déresponsabilisant des institutions étatiques, lesquelles sont à leurs yeux coercitives et, de toute façon, inefficaces.
La critique de l'État occupe une part bien réelle dans ce courant d'idées. Murray Rothbard écrit par exemple ceci, que ne désavouera pas un libertarien: "Les hommes de l'État se sont notamment arrogés un monopole violent sur les services de la police et de l'armée, sur la loi, sur les décisions des tribunaux, sur la monnaie et le pouvoir de battre monnaie, sur les terrains non-utilisés (le "domaine public") sur les rues et les routes, sur les rivières et les eaux territoriales, et sur les moyens de distribuer le courrier". Et encore: "L'impôt est un vol, purement et simplement, même si ce vol est commis à un niveau colossal, auquel les criminels ordinaires n'oseraient prétendre. C'est la confiscation par la violence de la propriété de leurs sujets par les hommes d'État".
Dans une telle société sans État, des contrats librement conclus entre individus égaux devant la loi et rémunérés selon le marché assureront l'atteinte de l'idéal visé. Les inégalités qui en découlent ne posent guère de problème aux libertariens et ils proposent volontiers que la charité individuelle palliera, si elle le veut bien, à ses plus criants excès. Selon eux, l'égalité est impossible et nous sommes, par définition, tous différents. Les anarchistes en conviennent et applaudissent même à cette diversité, qui fait la richesse de la vie. Mais la défense anarchiste de l'égalité va au-delà de ce truisme: elle est une défense de l'équité, prenant en considération les circonstances dans lesquelles la liberté se vit, faute de quoi celle-ci, comme l'égalité, ne signifie pas grand-chose de substantiel. Refusant de prendre tout cela en compte, les libertariens cautionnent toutes les inégalités, y compris celles qui constituent, installent ou perpétuent les plus criantes injustices. Revenant par ailleurs sur l'idée de "contrats" chère à cette école, Chomsky rappelait que : "L'idée d'un contrat libre entre un potentat et son sujet affamé est une farce sordide, qui vaut peut-être qu'on lui consacre un peu d'attention dans un séminaire qui explorerait les conséquences de ces idées (à mon sens absurdes), mais qui ne mérite rien de plus".
La conception de la liberté que promeut un libertarien est une pièce maîtresse de son argumentaire. Or celle-ci est également on ne peut plus éloignée de positions anarchistes. Cette liberté est la liberté individuelle de n'être pas entravé: c'est la liberté dite négative, conçue d'une manière purement individuelle et garantie par un système de protection que certains veulent privé tandis que d'autres reconnaissent qu'un Etat sera nécessaire à son maintien. Or cette liberté, qui ignore tout des circonstances, est d'une confondante pauvreté. Le salarié contraint de se vendre y est présumé libre. C'est la liberté libre du renard dans le poulailler libre, c'est celle de ces villes grillagées derrière lesquelles se réfugient les plus riches citoyens américains pour échapper au chaos qu'ils ont créé, c'est la liberté qui s'accroît avec l'esclavage d'autrui. On est ici bien loin de Bakounine qui disait: "Je ne suis vraiment libre que lorsque tous les êtres humains qui m'entourent, hommes et femmes, sont également libres, de sorte que plus nombreux sont les personnes libres qui m'entourent et plus profonde et plus large est leur liberté, et plus étendue, plus profonde et plus large devient la mienne

Quand on se souvient du refus anarchiste de la conception capitaliste de la propriété, quand on a en tête la multitude d'alternatives à cette conception qu'ils ont cherchés et défendus, on ne peut enfin que convenir que la conception des droits de propriété que la doctrine libertarienne défend est irrecevable pour les anarchistes. Je proposerai la prochaine fois un examen plus exhaustif de cette question, qui semble avoir échappé complètement à M. Masse; mais le fait est que la doctrine anarcho-capitaliste et libertarienne des droits et de la justice est déjà irrecevable pour le sens commun, comme le rappelle Noam Chomsky dans l'exemple suivant. Supposons, dit-il, que par des moyens que cette théorie tient pour légitimes ­ de la chance et des contrats "librement consentis" sous la pression du besoin ­ une personne en vienne à contrôler un élément nécessaire à la vie. Les autres sont contraints soit de se vendre comme esclaves à cette personne, s'il veut bien d'eux, soit de périr. Cette société serait présumée juste!
Notons enfin que les libertariens ont une attitude pour le moins étonnante face à l'État, à cet État qui a joué un rôle crucial dans le développement du capitalisme et dans son expansion. L'État subventionnaire des entreprises à même les fonds publics, l'État garant des droits et privilèges consentis à des tyrannies privées d'une inouïe puissance, tout cela n'amène pas ces supposés ennemis de l'État à en tirer la conséquence que la propriété acquise par ces moyens serait illégitime. Des libertariens ont ainsi récemment, aux État-Unis, pris la défense de Bill Gates dans le procès qui lui a été intenté.

Voilà pour cette entrée en matières. Vous avez lu le texte de M. Masse. Vous savez maintenant d'où il parle et vous pouvez lire des numéros du Québécois Libre pour en savoir plus.

Je vous invite à méditer tout cela. La prochaine fois, je répondrai ici même et en détail au texte de M. Masse.

[Deuxième partie]
[Troisième partie

(1) cliquer ici pour lire l'éditorial de Martin Masse
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13/05/2011

[Le retour de la bande à bon dos]

par et publié par no procès en mai 2011

1. Une affaire qui commence secrètement

Le 12 février 2007, des dizaines de militants communistes, syndicalistes et antifascistes sont arrêtés dans plusieurs villes italiennes. La police italienne enquêtait sur une organisation clandestine, le Parti Communiste Politico-Militaire, qui éditait un journal clandestin, et envisageait des attentats contre une résidence et une chaîne de télévision de Berlusconi. Parmi les milliers de documents en tout genre, la police italienne trouve, enterrées dans le potager d’un des militants italiens arrêtés, les photos de quatre membres du Secours Rouge, une organisation de solidarité avec les prisonniers révolutionnaires.
La police italienne communique secrètement l’information à la police belge. Pendant un an et demi, celle-ci va espionner les 4 et leur entourage avec des moyens inouïs : caméras cachées devant les domiciles, interception des conversations téléphoniques et des mails, filatures, check de tous les voyages à l’étranger par scanning des listes des compagnies aériennes ferroviaires et routières, examen des anciennes communications (remontant jusqu’à 2004 dans un cas !), etc.

2. Les perquisitions, les arrestations

Devant l’absence totale de résultat de cet espionnage (reconnue officiellement dans le dossier), le juge d’instruction opte pour la « fuite en avant » et ordonne une vague de perquisitions et d’arrestations. A l’aube du 5 juin 2008, les commandos antiterroristes, cagoulés et l’arme au poing, défoncent les portes et procèdent aux arrestations. Les membres du Secours Rouge, mais aussi diverses personnes de leur entourage (y compris un mineur d’âge), sont menacés avec des armes. Une membre du SR est perquisitionnée, menacée d’une arme et embarquée alors qu’elle n’est même pas inculpée. En deux jours, 7 personnes seront interpellées (dont 6 membres du SR) et 6 seront incarcérées.
La police tente de révoquer les libérations conditionnelles sous prétexte que les conditions n’ont pas été respectées, mais les Tribunaux d’application des peines lui donneront systématiquement tort. Une campagne médiatique reprend les mensonges énormes distillés par la police (« des explosifs ont été trouvés », « la renaissance des CCC » etc.). Les interrogatoires révèlent que le principal intérêt des policiers est dirigé contre les activités du Secours Rouge. Les 4 sont invités par exemple à identifier, sur photo, des personnes ayant assisté à des meetings publics du SR. Les 4 refusent, comme ils refusent de répondre aux questions des enquêteurs et de décrypter les mails, ce qui est leur droit mais qui sera tout même évoqué comme éléments à charge.

3. La solidarité, les libérations et les suites judiciaires

Le 11 juin, et alors que le mouvement de solidarité prend de l’ampleur, et que les mensonges parus dans la presse les premiers jours sont mis à nu, la Chambre du Conseil décide de trois libérations. Contre l’avis du Parquet fédéral qui a fait appel en vain: le 26 juin, Abdel, Constant et Wahoub sortent de prison. Bertrand sera libéré le 29 juillet 2008.
Mais le parquet fédéral, qui s’est déjà tristement illustré dans l’affaire DHKP-C/Bahar Kimyongur, s’acharne. Il veut un procès et des condamnations. Une chambre du Conseil doit se réunir le 11 mai pour décider si il y a lieu d’organiser un procès contre les 4 du Secours Rouge.



11 mai 2011 - Bruxelles : Chambre du Conseil reportée sine die
C’est ce mercredi 11 mai à 14h, le président de la Chambre du conseil a donné suite à la demande des avocats de la défense à procéder à quelques devoirs d’enquête supplémentaires, l’enquête ayant été réalisée à charge... La juge d’instruction a un mois pour mettre en question ou accepter ces devoirs supplémentaires. Lorsqu’ils seront réalisés, une audience sur le fond sera fixée.
L’audience n’était pas publique mais un rassemblement de solidarité de plus de cent personnes a eu lieu à 13h00 sur les marches du palais de justice.


lire : "La bande à bon dos"
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